Parfois rares, souvent drôles, toujours de bon augure : découvrez ici les oiseaux qui nous ont rendu visite

Plusieurs espèces de passereaux attaquant ensemble un prédateur, ça vous étonne ? Et pourtant, ce comportement étonnant existe bel et bien. Nous savons depuis peu que les passereaux sont capables de comprendre des cris entre les espèces. Cela vaut notamment pour les cris de harcèlement, qui visent à rallier ses congénères pour houspiller le prédateur et le faire fuir. 

C’est ainsi que des Mésanges charbonnières peuvent rallier des Mésanges bleues ou encore des Chardonnerets élégants pour repousser un Epervier d’Europe. Encore plus extraordinaire, il a récemment été prouvé que la Mésange charbonnière pouvait répondre à une Mésange à tête noire nord-américaine (Poecile atricapillus) qu’elle n’a pourtant jamais rencontrée !

Texte : Jean Capelle / Illustration : Alexander Hiley

Le suivi régulier de la migration au point de vue permet – par beau temps et vent favorable – d’observer la migration active de nombreux passereaux. A cette période, les vacances vers l’Afrique ne sont plus vraiment d’actualité, mais plutôt des séjours à moindre frais (sobriété énergétique oblige…) vers la France et la péninsule ibérique, pour des oiseaux venant du Benelux à la Scandinavie en passant par les pays de la Baltique. Mais c’est aussi l’occasion de voir que toutes les espèces sont potentiellement migratrices (sauf notre cher Faisan, chargé de l’accueil au point de vue ou devant le pavillon d’accueil, qui ne doit pas se sentir concerné… fut- il de Colchide !).

Cette année sera celle des Tarins des aulnes. Les premiers groupes migrateurs sont observés le 23 septembre. Ensuite, chaque matinée, de petites bandes bruyantes en vol compact et chaloupé ont survolé le Parc par tous les temps et tous les vents, même défavorables. Leur stratégie de migration diurne est plutôt basée sur des distances courtes avec des haltes fréquentes. On peut ainsi les voir sur les aulnaies heureusement préservées avant le poste-mangeoire en fin de parcours. 

Ces petits saltimbanques joyeux sont à cette période granivores et cherchent les petites graines de strobiles d’aulnes. Les comptages donnent un record de 2620 observés en une matinée au point au point de vue le 13 octobre ; plusieurs milliers ont été dénombrés aussi les matinées d’octobre au banc de l’Ilette, à la pointe de Routhiauville en baie d’Authie ou en baie de Canche. 

Les dernières irruptions récentes datent des années 2007, 2010, 2017, et 2019. Ces phénomènes sont liés à des conditions de reproduction favorables en Scandinavie et dans le nord de l’Europe, augmentant les effectifs qui peuvent se voir en fin d’été confrontés à une année de disette (faible productivité en graines de conifères et de bouleaux) obligeant à un véritable exode alimentaire vers le sud-ouest de l’Europe, particulièrement pour les juvéniles. Ce sera l’occasion de pouvoir baguer des oiseaux à la mangeoire ou à la station de baguage pour le suivi de la migration postnuptiale. Le 16 mars 2013, un oiseau âgé de 3 ans, bagué à Trondheim en Norvège, avait été contrôlé sur le Parc. Il semble que chaque année, quelques couples nichent également dans le massif dunaire du Marquenterre.

Texte et illustration : Philippe Carruette

Le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) est un grand rapace diurne et piscivore doté d’un fort contraste entre le dos brun et le ventre blanc, visible chez aucun autre rapace. Sa queue est munie de barres noires, et sa tête blanche possède un masque facial noir qui lui donne des airs de bandit de grands chemins. Son envergure importante va de 127 à 174 cm malgré ses ailes étroites. Ses serres sont très crochues afin de retenir les proies les plus glissantes. 

Avec son régime alimentaire quasi exclusivement constitué de poissons, le balbuzard est inféodé aux grandes zones humides comme les ripisylves des fleuves, lacs et étangs, mais également les côtes rocheuses. Son aire de répartition est très large. Elle couvre presque tous les continents excepté l’Antarctique. Les balbuzards européens rejoignent leurs zones d’hivernage en Afrique subsaharienne, et les nord-américains en Amérique centrale et du sud, tandis que les oiseaux du nord de l’Asie vont hiverner en Asie du Sud-est.

En baie de Somme, les balbuzards sont uniquement de passage. Au printemps, ils vont rejoindre les colonies danoises ou écossaises. Néanmoins, en été et au début de l’automne, on les voit souvent pêcher dans la baie, voire sur le Parc, à la surprise des visiteurs et à la joie des guides qui ne se lassent pas de ce spectacle.

En période de reproduction, ce rapace effectue une parade nuptiale spectaculaire afin de séduire une femelle ou de renforcer les liens d’un couple déjà formé. Le procédé est simple : plusieurs piqués vertigineux en s’élevant jusqu’à 300 mètres de haut avec un poisson dans les serres. Le mâle l’offrira en offrande à la femelle. 

Le nid est construit sur un pylône électrique, une paroi rocheuse ou de grands arbres. Il est rechargé chaque année en branchage. En avril-mai, la femelle pond 3 œufs blanc-crème tachés de brun-roux qui sont couvés pendant une durée de 34 à 40 jours. Les jeunes sont volants à partir de 51 à 54 jours après l’éclosion.

Le balbuzard pêcheur attrape les poissons en surface aussi bien en mer que dans les grands plans d’eau. Il plane assez haut au-dessus de l’eau. Lorsqu’il repère une proie, il se met à voler sur place et fond en piqué jusqu’à s’immerger complètement. En moyenne ses prises pèsent entre 150 et 350 grammes. Néanmoins, il est capable de pêcher des poissons pesant jusqu’à 1 kg et mesurant de 20 à 35 cm.

Texte et illustration : Foucauld Bouriez 

L’automne approche, tout comme les canards venant passer l’hiver chez nous. Ils sont de plus en plus nombreux au fil des semaines, et de nouvelles espèces commencent à être revues. Malgré tout, certains ont su sortir du lot. 

Vous connaissez certainement le Canard souchet, reconnaissable notamment avec son large bec. Il est apparenté au groupe dit des canards de surface. Ces derniers cherchent leur nourriture depuis la surface, laissant leur arrière-train ressortir de l’eau. Les canards plongeurs, eux, plongent complètement. D’autres critères permettent de différencier ces deux groupes, mais leur façon de se nourrir reste la plus évidente… Vraiment ? Car on a pu observer des Canards souchets plonger !

Ce comportement rare mais déjà connu est certainement lié à la montée récente des niveaux d’eau de certains plans d’eau du Parc. Comme il leur est plus difficile d’accéder à leur nourriture, ils changent de stratégie.

À noter que le Canard souchet est aussi connu pour une autre technique de nourrissage particulière. Un groupe d’oiseaux peut s’associer et nager en cercle. Cela crée des tourbillons dans l’eau qui fait remonter la nourriture à la surface.

Ce canard à plus d’un tour dans son sac ! 

Texte et vidéo : Quentin Libert / Illustration : Alexander Hiley

Chaque année, entre 3 et 5 couples de Grèbes huppés nichent sur le Parc. Leur productivité reste faible, avec une moyenne de 2,1 jeune par couple ayant des poussins, faute probablement de nourriture suffisante au printemps, constituée en majorité de poissons. Mais cet automne, au vu des nombreuses pêches collectives entre grands échassiers et Grands Cormorans, la nourriture semble abondante aux postes 9 et 10.

Le 20 août, un Grèbe huppé est repéré tout au fond du poste 7 couvant sur un nid flottant. Le 22 août, deux jeunes sont sur le dos des adultes. L’émancipation est relativement longue pour cette espèce – souvent plus de 70 jours. Le 10 octobre, les deux gros poussins sont encore nourris par les parents qui ont été particulièrement efficaces. En effet, à plusieurs reprises lors de l’élevage de la progéniture, nous les avons vu tendre un poisson aux petits qui, trop gavés, ne le prenaient même pas ! On est loin des comportements habituels de jeunes sans cesse en train de réclamer avec force pépiements ! 

Cette couvée tardive est sûrement due à l’échec d’une première ponte. Toutefois, ne serait-ce pas une adaptation de certains couples pour profiter de l’abondance habituelle de poissons en fin de saison ? Au poste 9, également riche en alevins cette année, 3 jeunes sont aussi nés assez tardivement le 19 juillet et sont encore nourris le 22 septembre. Nous verrons au fil des années si ces reproductions tardives deviennent plus fréquentes.

Texte ; Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail

Que ce soit au point de vue ou au-dessus des grandes prairies des parcours, en septembre nous avons quotidiennement pu observer des rapaces en migration ou en chasse

Le plus fréquent est sans nul doute le Busard des roseaux. Ses couleurs sont diversifiées : les juvéniles ont un plumage sombre tout neuf, sans trace de mue ; les femelles adultes sont plus claires aux épaules. Tous les deux ont normalement le dessus de la tête crème, « casquette claire » qui est bien visible de loin. Les mâles, bicolores, sont quant à eux bien moins fréquents. Le vol en V souvent pratiqué au ras du sol, ailes bien relevées, est caractéristique. Si quelques individus passent l’hiver sur le site depuis 1995, nombre d’oiseaux vont hiverner dans le bassin méditerranéen et en Afrique de l’Ouest, dans le delta intérieur du fleuve Niger. 

Posées sur un piquet de clôture, ou en vol au-dessus des massifs forestiers, les Buses variables ont profité des belles journées chaudes pour « jouer les cerfs-volants ». Si nos couples nicheurs sont sédentaires, plus on va vers le nord de leur aire de répartition plus les oiseaux sont migrateurs, notamment les juvéniles. 

Pas le temps de s’arrêter pour les Bondrées apivores qui filent plein sud de leur « vol flotté » qui ne semble pas très dynamique. Et pourtant elles mettent le cap vers l’Afrique de l’Ouest et centrale où elles retrouveront leur nourriture principale : les insectes

Chaque jour les Balbuzards ont pêché aux postes 1 ou 9 avec plus ou moins de succès… allant même tenter de pêcher sur le petit parcours sans que cela n’affole le moins du monde foulques et colverts ! D’autres individus n’ont fait que passer, en route eux aussi pour le Niger, le Sénégal ou le Mali depuis l’Allemagne ou l’Ecosse. 

Faucons hobereaux et Éperviers n’ont pas à choisir entre chasse de libellules ou d’hirondelles et migration, puisqu’ils se déplacent en même temps que leur repas ailé ! L’invention du ravitaillement en vol !

Ce qui est aussi plaisant, c’est de penser que bien des collègues de toute nationalité (dont des anciens guides !) vont aussi « porter leurs yeux » sur ces oiseaux en Baie de l’Aiguillon (Vendée), à Orgambideska dans les Pyrénées, au détroit de Gibraltar, dans l’Atlas marocain ou le long du fleuve Sénégal… dans un même regard de passion sans frontières.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail, Maëlle Hello

Dans le royaume des oiseaux, il existe un véritable pilote de chasse à plumes : le Faucon pèlerin (Falco peregrinus). Lors de ses descentes en piqué qui peuvent faire pâlir les aviateurs les plus téméraires, ce rapace peut atteindre des vitesses supérieures à 300 km/h ! Ses yeux dignes d’une caméra haute résolution lui permettent de repérer sa proie à des kilomètres de distance, qui ignore alors son destin imminent.

Un jeune individu, reconnaissable par son plumage brunâtre et son poitrail fortement marqué (semblable à des tâches de rousseurs), nous a agréablement surpris à s’installer à proximité du poste 7, dans le but évident de nous démontrer les subtilités de son rituel d’hygiène aviaire.

Ce toilettage au bord de l’eau nous rappelle que même le plus féroce des prédateurs a ses moments de tranquillité et de soin personnel. Des plumes bien entretenues ne sont pas seulement une affaire de superflu, mais aussi une nécessité pour maintenir les performances de vol au plus haut niveau. Ainsi, le Faucon pèlerin nous enseigne que l’élégance et l’efficacité peuvent se rejoindre, même au milieu d’un monde sauvage et dynamique.

Texte et illustration : Estelle Porrès

Samedi 16 septembre, un faucon est signalé sur la prairie centrale du Parc par Quentin Libert, guide naturaliste. De la taille d’un crécerelle aux ailes plus longues, son vol est particulièrement fougueux, alternant piqués fulgurants et vol stationnaire en surplace, ne laissant pas penser à un Faucon hobereau bien présent à cette période. Il capture des libellules, nombreuses en migration à cette époque. Posé, on remarque tout de suite ces taches noires aux yeux, sans moustaches. 

C’est un Faucon kobez, probablement un jeune mâle. Cette espèce niche en colonie dans les steppes d’Europe de l’Est (Roumanie, Hongrie, et surtout Ukraine et Russie). Il a la particularité de faire une grande migration en boucle, hivernant en Afrique australe (Namibie) en passant à l’automne par le Bosphore et la péninsule arabique (9000 km de trajet !) et remontant par l’Afrique de l’Ouest, en gagnant la Libye, l’Italie, la Grèce ou l’Espagne pour son retour printanier tardif. 

La France est aussi fréquentée dans sa moitié est par quelques dizaines à centaines d’oiseaux au printemps, avec un afflux remarquable en 2008 (plus de 4000 individus). Cinq observations ont eu lieu sur le Parc en 50 ans au printemps ; la dernière étant le 2 juin 2009. On compte également cinq observations à l’automne, la dernière remontant au 7 septembre 2013.

Le Faucon kobez est une espèce rare au niveau européen avec 30 à 60 000 couples dont la grande majorité en Russie.

Merci à Patrick Jollain et son épouse pour l’envoi de ces photos, et à l’équipe de Swarovski optique qui exposait son matériel ce jour au point de vue (tout était bien organisé… merci Nathanaël !) nous permettant de voir parfaitement cet oiseau rare et de le partager avec le public !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Patrick Jollain