Parfois rares, souvent drôles, toujours de bon augure : découvrez ici les oiseaux qui nous ont rendu visite

Au détour d’un chemin, d’un poste d’observation ou d’un nichoir, tendez l’oreille : vous entendrez peut-être de petits piaillements ! Car oui, après les parades et la couvaison, il est enfin temps d’entrer dans la période des naissances.

Un moment unique où les parents vont s’occuper avec attention des jeunes de l’année, comme ici avec une Mésange charbonnière nourrissant ses oisillons.

À cette période, les allers-retours se multiplient : bec rempli d’insectes ou de petites chenilles, les adultes ne ménagent pas leurs efforts ! 

Bien cachés dans leur nid, les oisillons grandissent rapidement jusqu’au moment du premier envol… 

Texte et illustrations : Aymeric Calais

En cette matinée ensoleillée de mi-avril, deux Grandes Aigrettes sont en pleine parade nuptiale au cœur de la héronnière, au sommet des grands pins laricios du Parc du Marquenterre. On se croirait au Moulin rouge ou dans une scène du Roi Soleil. Comme de la dentelle, les plumes du dos sont ébouriffées chez les deux oiseaux, offrant un feu d’artifice blanc aux voisins de palier que sont les cigognes, spatules et autres hérons garde-boeufs… mais aussi aux visiteurs humains du Parc depuis le poste d’observation ! En ces moments de séduction, les adultes ont aussi le bec noir (jaune pour les oiseaux immatures et hors saison de nidification). Les lores verts autour des yeux sont un subtil maquillage du plus bel effet !

La Grande Aigrette n’a pas toujours été un oiseau picard ! Les auteurs anciens comme Duchaussoy, Marcotte ou Van Kempen, témoins de l’avifaune picarde du 19ème et début du 20ème siècle, ne la connaissaient pas du tout. La première observation régionale fut celle d’un individu en baie de Somme en janvier 1978, puis un autre le 9 avril 1979 au Parc du Marquenterre. Sa protection en Europe a permis le développement des effectifs dans l’est du continent, notamment dans le delta du Danube, les grandes zones humides de Hongrie et de Pologne… et son extension vers l’ouest de l’Europe.

Elle se reproduit pour la première fois en Picardie en 2007 à Boismont dans une hêtraie. Elle a niché au Parc dans la héronnière en 2021 avec succès (2 petits) mais échoue a priori les années suivantes, notamment à cause de pluies violentes et de vent. Il semble que l’espèce n’apprécie pas les conifères comme site de prédilection pour nidifier, mais s’oriente chez nous vers les saulaies inondées. 

Le Conservatoire du Littoral vient d’acquérir une superbe héronnière (non accessible au public) dans la vallée de la Somme où une soixante de couples de ces grands échassiers se reproduisent en toute tranquillité, en compagnie là aussi de Spatules blanches et de Hérons garde-boeufs… En Camargue ou en Loire-Atlantique ce sont ainsi jusqu’à 10 espèces de grands échassiers qui nichent en colonie : au-delà de l’envie d’être ensemble, c’est la tranquillité et l’aspect sécurisant de l’emplacement, proche des lieux de gagnage et aux arbres au port favorable pour supporter les nids, qui favorisent ces regroupements éphémères, le temps de donner la vie…

Accouplement de Grandes Aigrettes

Sur les lagunes saumâtres littorales ou les bas-marais d’eau douce en basse vallée des fleuves, des petits échassiers nous font partager de bien tendres et jolis moments printaniers. Les Avocettes élégantes et les échasses blanches nichent : avril est la pleine période de leurs parades nuptiales. Des moments magiques tout en élégance, toujours les pattes dans l’eau ! 

La femelle prend l’initiative et se tient immobile le cou tendu au ras de l’eau. Le mâle tourne autour d’elle dans une activité très stéréotypée : toilettage, coup de bec dans l’eau, allers et retours continuels… et juste avant le moment fatidique de l’accouplement, il passe avec délicatesse son bec sous le cou de la femelle. Toute cette mise en scène romantique se termine par un croisé de bec… comme un bref bisou final (un peu moins bref tout de même chez l’Echasse blanche !) avant de se séparer. 

Accouplement d’Avocettes élégantes

Après bien des parades, dans les jours suivants, les premières pontes auront lieu sur les îlots aménagés à leur attention aux postes 1, 2 ou 3. Là aussi ce sont les femelles qui choisissent l’emplacement du nid sommaire – une cuvette de sable sans fioriture, mais à l’hydrométrie très particulière – après bien des propositions du mâle. Tout est toujours question de choix… et plus si affinité !  

Les échasses sont elles aussi de nouveau venues dans notre région. Cette espèce était observée de manière irrégulière dans notre région au 19ème siècle. Un couple a niché en 1849 dans les dunes de Saint-Quentin-en-Tourmont. Les sécheresses sévères dans le bassin méditerrannéen faisaient “remonter” des couples vers le nord de l’Europe. Enfants, ces “années à échasses” nous faisaient foncer en vélo vers le littoral pour essayer de voir ces élégantes aux pattes roses. Depuis 1997, elle se reproduit maintenant régulièrement sur les marais littoraux mais aussi dans l’Oise et l’Aisne, notamment dans les bassins de décantation des industries agroalimentaires qui font office de lagunes aux faibles niveaux d’eau favorisant les insectes de surface. Lors des inondations de 2001, des couples se sont même installés dans des dépressions inondées en grandes cultures. Comme l’Avocette, c’est une espèce qui recherche les milieux pionniers riches en invertébrés. Les années au printemps froid, les femelles ne déposent même pas de ponte faute de ressources alimentaires disponibles… 

Accouplement d’Echasses blanches

Texte : Philippe Carruette / Vidéos : Antoine Hennion / Illustrations : Alexander Hiley

L’hiver est sans conteste la période des canards. Plusieurs centaines de Canards pilets, souchets, Sarcelles d’hiver… stationnent sur les prairies inondées des postes 7 à 10. Les plans d’eau plus profonds le long de la digue de front de mer accueillent les canards plongeurs comme les fuligules, harles et autres garrots… 

Ce spectacle n’est qu’éphémère car au fil des saisons tous ces oiseaux vont et viennent ; beaucoup nous ont déjà quittés pour aller vers des contrées plus nordiques afin de se reproduire… Peut-être les reverrons-nous à l’automne ? Alors sachons profiter des retardataires printaniers : le couple – ou les deux couples – de Canards pilets qui chaque année tentent de nicher sans jamais avoir de poussins ; les rassemblements de Canards souchets à dominance de mâles, les couples constitués filant aussitôt vers la Baltique ; l’arrivée des Sarcelles d’été africaines qui ne restent qu’une journée, leur potentiel énergétique de masse graisseuse leur permettant d’aller jusqu’aux confins du nord-est de l’Europe, sans quasiment faire de halte migratoire ; les discrets Canards chipeaux qui eux aussi nichent en petit nombre, tout comme les Fuligules morillons et milouins

Un soir ou un matin de juin on verra sortir de la roselière ou d’une saulaie inondée une femelle de Sarcelle d’hiver accompagnée de canetons. On est loin de la multitude bariolée de l’hiver, mais cela nous permet de ne pas oublier nos rencontres hivernales et de patienter jusqu’aux prochaines… L’instant présent est celui qu’il ne faut pas rater !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail

« Coucou coucou ! » Il est revenu sur le Parc le 4 avril, le Coucou gris qui a passé ses « vacances » hivernales… dans les forêts d’ Afrique centrale. On ne se refuse rien malgré la hausse du prix des carburants ! Il a voyagé seul, majoritairement de nuit, traversant forêts, déserts et zones montagneuses à haute altitude, de son vol rectiligne. Si le vol ne semble guère efficace quand il est en Europe sur son site de nidification, les ailes longues et fines trahissent tout de même un grand migrateur habitué aux longues distances. 

Au fil des années précoces ou tardives, la moyenne de retour reste toujours dans la première décade d’avril et régionalement il semble un des rares oiseaux à ne pas accuser nettement, a priori, les influences des changements climatiques. Néanmoins sur les 53 années d’ observation sur le Parc, on constate que de 1973 à 1992, la majorité des premières dates de retour sont notées fin mars. Peut-être est-ce dû à son régime alimentaire très particulier composé de chenilles velues urticantes grâce auquel il n’a pas à subir la concurrence d’autres espèces ? 

Mais cela pose un autre problème : en effet, les espèces qu’il parasite ont avancé la date de leur retour de migration, notamment les espèces à courte distance ou même plutôt sédentaires comme l’Accenteur mouchet ou le Troglodyte mignon. Dès lors, il peut arriver en retard pour effectuer sa ponte dans le nid des autres ! Le Coucou gris doit alors se reporter sur des espèces arrivant encore assez tardivement comme les rousserolles, qui subissent par conséquent un parasitisme beaucoup plus important. 

Du fait de sa discrétion, surtout lors de son retour de migration, ces dates d’arrivée sont notées en fonction du chant. Mais celui-ci dépend des conditions physiques de l’oiseau, de la nourriture disponible et de la météo ! Ainsi on se souvient de l’année 2010 où le premier chant est notée le 2 avril, mais il ne fut pas réentendu avant le… 24 avril, du fait d’un gel nocturne et matinal quotidien du 6 au 24 avril ! Le choc de quoi vous couper la voix après les chaleurs tropicales…

Le chant du mâle reste d’abord discret, comme si l’oiseau se faisait la voix. Pas trop de temps de préparation et de vocalises néanmoins, car le territoire occupé doit être défendu contre nombre de mâles qui arrivent progressivement. Le chant sert en effet d’efficace force de dissuasion contre les concurrents de la même espèce, mais aussi de douce ritournelle pour séduire les femelles. Ces dernières s’accouplent avec le ou les premiers venus ; elles n’ont aucun autre « intérêt » à pérenniser cette idylle, car nid et jeunes seront élevés par d’autres espèces de passereaux insectivores. 

…. Comment ça va chez vous ? (Michel Polnareff, 1978).

Texte et illustration : Philippe Carruette 

Bariolé, hyper visible et démonstratif, le Tadorne de Belon est bien présent toute l’année sur le Parc. En cette toute fin d’hiver, il passe encore moins inaperçu. Dès janvier, par une belle journée ensoleillée, les parades nuptiales ont lieu – les couples de canards et d’oies se forment en hiver – et les partenaires se rencontrent ou se retrouvent. 

Sur notre littoral, le sexe ratio est déséquilibré, avec une faible présence de femelles et une omniprésence de mâles adultes. Ces derniers ont une protubérance au bec particulièrement développée à cette période. Elle représente un caractère sexuel secondaire et est constituée de sang et de graisse se résorbant dès la nidification terminée. 

Les conflits entre couples, ou entre mâles célibataires en surnombre, sont nombreux. Les cris rauques et rapides des femelles retentissent « rror rror… kor kor kor… » surtout lors de leur posture incitative tête baissée auprès du partenaire.  Les mâles émettent des sifflements limpides et des mouvements de flexion et de pompage du cou – le rotary pumping des éthologues anglais – mettant en valeur le bec rouge flashy. Les affrontements ne sont le plus souvent guère violents, avec plus de gerbes d’eau que de contacts, et de courtes poursuites en vol.

Le choix du site de nidification se fait généralement en ce mois de mars (au plus tôt les 18 mars 2000 et 2019), mais cette année avec la douceur sur plusieurs jours et des vents de sud, des groupes d’oiseaux étaient sur les dunes du point de vue et de la héronnière dès le 2 mars. Sur le Parc, les pontes restent tardives, à partir de la mi-avril. Au plus tôt, les premiers adorables poussins seront de sortie du terrier le 8 mai (2025) et 10 mai (1998) jusque fin juillet.

Mais au fait, qui était Belon ? Rien à voir avec les huîtres et la rivière bretonnes. Pierre Belon (1517-1565) était un pharmacien et explorateur naturaliste sarthois. En 1555, il publie « L’Histoire de la nature des oyseaux avec leur description et naïfs portraicts retirez du naturel » comprenant la description de 200 espèces, dont un canard coloré qui portera ensuite son nom ! Il fut le premier à faire une esquisse simple de classement des oiseaux !

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley, Jean Bail

En hiver, le Busard des roseaux est omniprésent sur le Parc. Cela n’a pas été toujours le cas : il n’est régulier en hivernage complet sur le site que depuis 1994

Identifiable grâce à leur plumage, au moins quatre oiseaux différents sont présents sur le site (deux femelles adultes et deux immatures). Les mâles adultes en plumage complet de « veston » gris et marron sont plus rarement observés. 

C’est le rapace que l’on observe le plus souvent sur tous les postes. Il louvoie au-dessus des plans d’eau, dunes, prairies. Il insiste surtout dans son vol en sur-place pour inspecter les roselières, son habitat de prédilection.

Ces vols réguliers, tout en plané pour dépenser le moins d’énergie possible,  lui permettent de repérer un oiseau blessé ou en difficulté. Son vol lent ne lui permet guère de capturer des proies en plein vol comme peut le faire l’Épervier ou le Faucon pèlerin. Il lui arrive aussi à l’image de la Buse variable d’être charognard.

2025 fut la première année où le Busard des roseaux a niché au fond du Parc avec probablement au moins un jeune à l’envol. 

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Gel à 80% du Parc pendant quelques jours cet hiver, tempête et vents forts créant du clapot à la surface de l’eau ne facilitant pas le repérage des proies : les Martins-pêcheurs ont passé une période bien délicate. Heureusement des eaux libres et calmes sans mouvement ont toujours été préservées.

Le Martin-pêcheur a toujours été la star des photographes et bien entendu aussi de tous les visiteurs. Au moins trois, peut être quatre individus (deux adultes, et un ou deux juvéniles) fréquentent cet hiver tous les postes et le début du parcours, se posant sur les supports mis spécialement à leur disposition, mais aussi les clôtures (poste 1) ou les saulaies aux branches en bordure de plan d’eau. 

En période de basses eaux, ils cherchent à pêcher sur les zones les plus profondes (et donc pas au plus près des postes) pour pouvoir capturer les petits poissons… sans risquer de toucher le fond lors de la plongée ! L’”aquadynamisme” à ses limites ! Les poissons cherchent aussi ces zones aux eaux moins chaudes et encore chargées en oxygène. C’est pour cela qu’on le voit souvent varier et changer de poste de pêche pour apprécier la profondeur et la disponibilité des proies. 

Et quand, notamment en hiver, rien n’est vraiment favorable, on utilise une autre technique : celle du vol sur place. Notre flèche bleue se transforme alors en colibri ou en Faucon crécerelle pour faire un “vol en Saint-Esprit” au milieu du plan d’eau tête, yeux et bec en poignard tourné vers le bas. La descente est rapide, mais le succès n’est pas toujours au rendez-vous par rapport à la pêche en poste fixe, plus précise et efficace, et surtout moins énergivore… 

Car cette technique est épuisante, avec ces rapides battements des ailes courtes, peu adaptées pour la pêche… Et au prix où est l’énergie, il vaut mieux trouver un bon piquet bien stable ! Et puis il faut bien faire comme les “grands” quand au poste 1 au premier plan un martin fait du sur-place au milieu du plan d’eau salé, au pied d’une Grande aigrette, ou lors d’une pêche collective de Grands cormorans… Petit, coloré, mais aussi finaud…! 

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Les prairies humides de l’ouest du Parc ont été bien animées cet hiver. Un maximum de 2320 Pluviers dorés y ont été comptés le 10 décembre 2025, et 1300 le 2 février. Les jours de fort gel de début janvier ont fait varier les effectifs quotidiennement de 615 à 300. 

Ces petits limicoles rondouillards au magnifique dos mordoré (surtout quand il y a un rayon de soleil !) nous viennent aussi bien de Scandinavie que du nord- ouest de la Russie pour hiverner chez nous. Ils sont souvent en compagnie des Vanneaux huppés en stationnement au sol, même si en vol ils restent généralement entre eux. Il faut dire que leurs ailes longues et étroites leur donnent un vol bien plus direct et rapide que celui de leur cousin huppé. Au loin, ils font alors penser à des déplacements aériens d’Etourneaux sansonnets. Lors des attaques du Faucon pèlerin, ils augmentent les arabesques et resserrent les rangs pour désorienter le prédateur dans sa capacité de déceler visuellement la proie idéale. On retrouve ce phénomène chez les petits poissons avec la tactique du banc face à la prédation du thon, dauphin ou requin…

Avec ces chiffres importants pour le site on revient aux stationnements dans ces mêmes prairies dans les années 2006 à 2011 : maximum de 2950 le 23 décembre 2006 et 2344 le 21 janvier 2007. A partir de 2012, on constate une baisse croissante des effectifs voire une totale absence de l’espèce. Cela est lié certaines années probablement aux absences de coups de froid plus au nord, l’espèce étant sensible au gel et à la neige, se déplaçant encore plus que le vanneau en plein hiver au gré des conditions atmosphériques. 

Avec entre 740.000 et 1.300.000 oiseaux, la France accueille, surtout sur les grandes terres agricoles intérieures au nord de la Loire, plus de la moitié de la population européenne hivernante de Pluviers dorés ! Un vrai enjeu et défi naturaliste pour notre pays. Mais sachons profiter de ces superbes grands migrateurs qui vont nous quitter bientôt, la majorité de la migration prénuptiale se faisant de fin février à mi-mars chez cette espèce.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail