Parfois rares, souvent drôles, toujours de bon augure : découvrez ici les oiseaux qui nous ont rendu visite

Il y a quelques jours, dans les ourlets dunaires à proximité du chemin des calèches, un passereau coloré à la poitrine jaune citron avec un manteau vert foncé et au bec rouge se fait entendre. C’est son chant qui le caractérise le plus. Il s’agit de l’Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta). Il est capable d’imiter de nombreuses espèces. Quand on l’entend, on reconnaît la trille du Phragmite des joncs et les gazouillements du Moineau friquet.

Quelques jours auparavant, son cousin l’Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina), avait été entendu au même endroit. C’était un nicheur plus répandu en Picardie.  

L’Hypolaïs polyglotte vit dans les milieux xérophiles – habitats où se développe une végétation résistante à la sécheresse. Mais avec le changement climatique, il élargit son aire de répartition, concurrençant petit à petit son cousin l’Hypolaïs l’ictérine. 

Il est insectivore, mais il peut agrémenter son régime alimentaire en été par des fruits, riches en glucides. C’est idéal pour reprendre des forces lors de sa grande migration.

En effet, ce cousin des rousserolles, appartenant à la famille des acrocéphalidés, hiverne depuis le sud du Sénégal jusqu’au Cameroun. Pas mal pour seulement 11 à 12 grammes ! Il arrive sous nos latitudes à partir de fin mai début juin.

L’Hypolaïs polyglotte bâtit un nid à faible hauteur dans des prunelliers ou des ronciers par exemple. Il est fait d’herbes sèches et garni parfois de crins de chevaux. La femelle y pond entre trois et cinq œufs qu’elle couve pendant treize jours. Elle peut faire une seconde couvée.

Texte et illustration : Foucauld Bouriez

En juin, les mâles de Coucou gris continuent de chanter, mais le concert va rapidement toucher à sa fin. De retour début avril, les chants se sont vite intensifiés avec le retour un peu plus tardif des femelles. Les derniers retentiront fin juin et deviendront exceptionnels début juillet. 

La reproduction, qui se limite à la ponte des femelles polyandres, est des plus rapides. Les jeunes sont pris en charge par les parents hôtes, qu’ils soient localement plutôt sédentaires comme les Troglodytes mignons ou les Accenteurs mouchet, ou grands migrateurs transsahariens comme les rousserolles ou les Phragmites des joncs…

Mais pas de répit pour les squatters ! Grâce aux émetteurs posés par les ornithologues britanniques et hollandais, on sait que dès fin juin et l’arrêt du chant, les mâles de Coucou gris sont déjà en marche ailée vers l’Afrique ; certains ont déjà gagné à cette époque l’Afrique du Nord en passant par Gibraltar, ou par la voie orientale par la Corse ou la Sicile ! 

Le coucou voyage seul de nuit, en faisant une longue halte estivale au Sahel, notamment au Sénégal, avant de rejoindre le sud du Cameroun jusqu’au Gabon, l’Angola et la République Démocratique du Congo ! Les jeunes de l’année vont surtout partir dans la dernière décade d’août et début septembre, voyageant aussi seuls pour rejoindre les mêmes zones que leurs parents… qu’ils n’ont jamais connus ! 

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Vincent Caron

La période de reproduction se termine peu à peu au Parc du Marquenterre… Chaque jour, elle nous a apporté son lot de bonnes surprises ! 

Un soir de juin, trois jeunes Pics épeiches ont été observés sur la terrasse par les équipes chargées de la fermeture du site, une jolie façon de terminer la journée !

Mis au courant par mes collègues, j’ai pris soin d’amener mon appareil photo avec moi pour tenter d’immortaliser les tribulations de ces tout nouveaux venus. Au moment de ma pause déjeuner, quelques vols onduleux et groupés ont attiré mon attention. Or il est rare de voir plusieurs Pics épeiches adultes voler aussi bas… Ce sont donc bien les jeunes, aucun doute possible, la calotte rouge vif me saute aux yeux à travers mes jumelles !

En effet, chez le Pic épeiche, les adultes des deux sexes ont un plumage identique, à l’exception de cette petite tache rouge à l’arrière de la calotte dont les femelles sont dépourvues. Mais chez les juvéniles, c’est l’entièreté de la calotte qui est rouge vif.

Ne connaissant pas encore bien leur milieu, les jeunes pics restent parfois assez près du sol, mais il faut en profiter : une fois adulte, les Pics épeiches sont le plus souvent très haut dans les arbres, et relativement farouches.

J’ai pris beaucoup de plaisir à les observer, essayant tant bien que mal de trouver leur nourriture tout seuls sur les arbustes, ou s’entraînant à bien utiliser leurs griffes si particulières qui, tout au long de leur vie, leur permettront de grimper le long des troncs. Qui sait quels délicieux insectes se cachent sous l’écorce ? Ils le découvriront bien assez vite grâce à leur bec taillé pour… tailler justement ! 

Texte et illustrations : Antoine Hennion

Un passereau de la taille d’un merle, en provenance d’Afrique du sud, a fait son apparition depuis quelques semaines sur le Parc : plumage jaune d’or, manteau noir, bec et pattes rouges… Avez-vous deviné de quelle espèce il s’agit ? C’est le Loriot d’Europe (Oriolus oriolus) !

Cet oiseau insectivore fait partie des passereaux les plus beaux d’Europe. Depuis quelques jours, on l’entend bien chanter dans les dunes du Marquenterre. C’est une onomatopée pouvant se traduire par un « tiluo » assez flûté et mélodieux. En effet, les loriots commencent souvent à se faire entendre à partir de fin avril.

Ces derniers temps, il daigne se montrer à la héronnière du Parc. Quelle chance ! C’est LE poste en or ! Sur le site, seulement deux couples nicheurs sont présents. Nous sommes situés très au nord de son aire de répartition, il est donc rare en Picardie. Par contre plus vous descendez vers le sud de la Loire, plus cet oiseau sera abondant.

Le loriot aime bien les biotopes forestiers avec une présence dominante d’essences de feuillus de haut-jet caduques, comme les bouleaux ou les trembles par exemple. Un sous-bois dense lui est également nécessaire. Les milieux ouverts comme les vergers sont aussi sélectionnés pour nicher.

Le nid sous forme de coupe est une petite nacelle remplie de divers matériaux, notamment du crin de cheval, des écorces et des herbes. La femelle y pondra entre 3 et 4 œufs couvés pendant une quinzaine de jours. Les juvéniles resteront à proximité du nid pendant deux semaines.

Cet oiseau principalement insectivore apprécie la proximité des cours d’eau. Il agrémente ce menu avec quelques araignées et mollusques. Pendant la saison estivale, il complète son régime alimentaire avec des framboises et autres petits fruits.

Texte et illustration : Foucauld Bouriez

… De jour comme de nuit !

Le Rossignol philomèle est un oiseau appartenant au grand ordre des passereaux. Comme toutes les espèces de ce groupe, son organe vocal, la syrinx, est très développé, avec une grande variété de petits muscles, davantage que pour les autres oiseaux. Ceci moyenne donc l’aptitude, parfois spectaculaire, à émettre des vocalises prodigieusement complexes.

Lorsqu’il revient de sa migration, le rossignol doit chanter dès son arrivée, pour délimiter son territoire et séduire une femelle. Chez cette espèce, le repos nocturne ou la sieste d’après-midi ne sont pas une option ! Les mâles chantent donc de jour comme de nuit, et ce avec un volume sonore semblant disproportionné au regard de leur modeste envergure.

A ce jour, entre neuf et dix mâles chanteurs ont été répertoriés cette année, sur les 200 hectares du Parc : de quoi ajouter de la festivité au paysage sonore ! Leur chant est très dynamique, varié, parfois évoquant des ambiances acoustiques tropicales. Autant pour les grands connaisseurs que pour les admirateurs curieux, ils produisent des sonorités qui souvent interpellent !

En revanche, ne comptez pas sur lui pour l’originalité graphique. En effet, il veut à tout prix être écouté, mais certainement pas observé. Cela explique aussi son attrait particulier pour les arbres et buissons bien touffus.

Si vous aussi, vous voulez profiter de sa présence, l’écoute et la patience seront donc de rigueur ! 

Texte et illustrations : Fabian Many

Lundi 11 mai, un coup de talkie-walkie résonne dans le Parc du Marquenterre, signalant la présence d’un canard peu commun au poste 6. Il s’agit de la Nette rousse (Netta rufina),  un bel anatidé plongeur au bec rouge et, comme son nom l’indique, une tête bien rousse. Sa poitrine noire a une démarcation bien nette (c’est le cas de le dire !) avec le haut du manteau roux. Quelle superbe observation de ce mâle en plumage nuptial ! 

Dans les marais de Longpré-Les-Corps-Saints, un couple est cantonné depuis le 10 mai. Quand la cane fait sa fiente en vol, c’est un comportement typique d’un oiseau nicheur, car sur son nid, elle se retient…

Depuis 2023, il y a eu 6 données de cette espèce sur le parc. A la Réserve de Chasse et de Faune Sauvage du Hâble d’Ault située à côté de Cayeux, quelques couples de ce canard ont également niché et donné naissance à des canetons.

Présente partout en été jusqu’au Danemark, la Nette rousse passe l’hiver sur le pourtour du bassin méditerranéen et proche de la Mer noire. Jusqu’à 200 000 individus hivernent également sur la mer Caspienne.

En Europe, elle apprécie particulièrement les grands plans d’eau entourés de roselières ou les étangs riches en plantes hélophytes (plantes dont la partie racinaire est dans l’eau et la partie aérienne tombe à l’automne).

Ce canard plongeur se propulse avec ses pattes sous l’eau et décolle en courant sur l’onde, à l’instar de ses cousins plus communs que sont le Fuligule morillon (Aythya fuligula) et le Fuligule milouin (Aythya ferina). Son régime alimentaire est constitué de Potamots et Characées (plantes aquatiques présentes sur le Parc), mais aussi des petits poissons, têtards, ou Limnées des étangs.

Elle niche à proximité de l’eau dans les roselières en mai-juin, où entre 8 et 12 œufs sont couvés pendant une période d’incubation s’échelonnant entre 26 et 28 jours. Les canetons seront volants au bout d’une cinquantaine de jours et seront émancipés quarante jours plus tard.

Texte et illustrations : Foucauld Bouriez

En cette fin mai début juin, profitons des derniers passages d’oiseaux de la migration printanière prénuptiale. Au poste 2, on se délecte du petit peuple des vasières des deux continents…. Au plus fort du passage, ce sont plus de 500 Chevaliers gambettes, 230 Grands gravelots et nombre de Chevaliers aboyeurs, Bécasseaux cocorlis et minutes ou encore Pluviers argentés qui font halte. La plupart nous arrivent des côtes d’Afrique de l’ouest ou du vaste delta intérieur du fleuve Niger. 

Mais pourquoi passer si tard alors que bien des individus sont arrivés en Europe en mars avril ? Ce sont peut-être des immatures de deux ans qui vont estiver en Europe sans nicher. Mais la majorité va remonter très au nord de la Scandinavie et de la Russie pour se reproduire dans l’immensité de la toundra boréale. Arriver trop tôt, c’est risquer d’y trouver de la neige et du gel ! 

Et puis il y a les forcenés du voyage à l’extrême malgré le prix des carburants, les nomades des trois continents. Ces Grands gravelots de 70 grammes, regardez-les bien : la majorité fait partie de la population de la sous-espèce psammodroma qui hiverne en Europe de l’ouest jusqu’en Afrique du Sud, et va nicher dans l’Arctique canadien et américain, en baie d’Hudson voire au-delà, en passant par l’Angleterre, l’Ecosse, l’Islande, le Groenland ! Là-bas, ils profiteront de 20 heures de jour sur 24 heures ! 

Mais finalement, pourquoi accumuler tant de kilomètres par l’Europe… et ne pas aller au plus court comme le font bien des limicoles du Nouveau Monde qui partent hiverner en Amérique du sud ou centrale ? Quelques rares populations d’oiseaux au vol puissant font aussi de même, comme le Tournepierre à collier, le Bécasseau sanderling (qui court innocemment à vos pieds sur les plages de Quend en hiver) ou le Bécasseau maubèche ; et même un petit passereau, le Traquet motteux de la sous-espèce leucorhoa nichant au Groenland et au Canada. On pense que ces espèces ont gardé la mémoire des lieux de passage “directs” vers l’Europe datant de l’époque où les continents étaient rattachés, et donc plus proches. De là à penser qu’un président connu souhaite acheter le Groenland pour protéger une halte migratoire majeure de ces oiseaux nicheurs américains… Nos collègues des parcs nationaux d’outre-Atlantique ont actuellement légitimement des doutes…!

Alors posons vite un œil émerveillé dans le télescope des guides sur ces petits limicoles aux prouesses kilométriques magiques… Leur halte au Marquenterre sera de très courte durée. Déjà début juillet, avec la baisse de la durée du jour, il leur faudra penser à repartir, en laissant les poussins à peine volants divaguer seuls dans ces vastes terres du Grand Nord…

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley

Le Bécasseau de Temminck est certainement le bécasseau régulier sur le Parc le moins connu. Discret, souvent isolé, il ne paye pas de mine avec sa petite taille (17 à 32 grammes, la masse d’un Moineau domestique !) et ses couleurs ternes. On peut le confondre avec le Bécasseau minute bien plus énorme (20 à 40 grammes !) mais le Temminck est plus allongé et semble plus bas sur pattes – il a un peu un « look » de Chevalier guignette – qui sont elles jaune verdâtre (noires chez le minute) et il a une large bavette grise avec un dos terne sans teinte roussâtre. 

En migration prénuptiale, chez nous il nous vient d’Afrique de l’ouest et centrale et remonte vers les Alpes scandinaves, la Finlande du nord et la Russie dans la taïga d’altitude et la toundra de la Sibérie côtière ; quelques couples nichent à l’extrême nord de l’Ecosse. Il migre généralement en plus petits groupes que les autres bécasseaux et n’hiverne pas en France et uniquement en petit nombre en Europe.

Au Parc, il est observé chaque année de mi-avril au 1er juin en migration de printemps, et du 12 juillet au 12 octobre en migration postnuptiale où il est vu en moins grand nombre, avec surtout des juvéniles isolés qui stationnent plus longtemps. Le 8 mai 2026, 3 oiseaux sont observables au poste 2. Les records en effectif du site sont de 7 oiseaux ensemble le 11 mai 1995, 6 les 11 mai 2001 et 14 mai 1994. La plupart des observations concernent souvent des oiseaux isolés, très discrets et qui restent peu de temps sur le Parc, passant souvent incognito avec leur plumage terne.

Mais qui était Temminck ? Coenraad Jacob Temminck (1778-1858) est un naturaliste et taxidermiste hollandais qui n’a fait aucune études scientifiques au départ. En 1815, il publie le Tableau systématique des oiseaux qui se trouvent en Europe avec une classification des oiseaux qui fera référence. A cette époque les ouvrages étaient publiés en français, langue majeure pour la pratique des sciences naturelles ! Son nom fut aussi donné à l’Alouette bilophe venant de Jordanie et aussi à un pouillot sibérien.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Foucauld Bouriez

Aller au contenu principal