Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Depuis quelques jours dans la roselière à proximité du poste 12 du Parc du Marquenterre, un couple de Gorgebleues à miroir y a élu domicile. Tous les matins quand il fait beau et que le vent ne souffle pas trop fort, c’est idéal pour l’observer. Ce matin j’ai eu l’occasion de bien la voir. C’est une donnée de nidification précieuse puisqu’a priori il n’y a qu’un couple nicheur sur le site.

Cet oiseau appartenant à la famille des Muscicapidés est une cousine du Rouge-gorge familier. Il est doté d’une gorge bleu foncé avec une tache blanche entourée d’une grande barre rousse sur la poitrine. Le manteau (dessus des ailes) est brun-gris. Un sourcil blanc bien prononcé orne son œil.

La gorgebleue est insectivore et niche aux abords des marais proches de zones buissonnantes pourvues de saules, mais aussi d’une strate herbacée dense comme des roselières par exemple.

Revenant de ses quartiers d’hivernage marocains à partir du mois de mars pour les premiers individus, notamment les mâles, c’est à partir de mi-avril qu’elle commence à nicher. C’est lors de la parade nuptiale qu’elle exhibe les rectrices rousses de sa queue en s’élevant dans le ciel avec son chant flûté. La femelle bâtit son nid à l’aide de feuilles de graminées bien assemblés en coupe. Elle y pondra de quatre à sept œufs couvés pendant treize jours.

Texte et illustration : Foucauld Bouriez

Au détour d’un chemin, d’un poste d’observation ou d’un nichoir, tendez l’oreille : vous entendrez peut-être de petits piaillements ! Car oui, après les parades et la couvaison, il est enfin temps d’entrer dans la période des naissances.

Un moment unique où les parents vont s’occuper avec attention des jeunes de l’année, comme ici avec une Mésange charbonnière nourrissant ses oisillons.

À cette période, les allers-retours se multiplient : bec rempli d’insectes ou de petites chenilles, les adultes ne ménagent pas leurs efforts ! 

Bien cachés dans leur nid, les oisillons grandissent rapidement jusqu’au moment du premier envol… 

Texte et illustrations : Aymeric Calais

En cette matinée ensoleillée de mi-avril, deux Grandes Aigrettes sont en pleine parade nuptiale au cœur de la héronnière, au sommet des grands pins laricios du Parc du Marquenterre. On se croirait au Moulin rouge ou dans une scène du Roi Soleil. Comme de la dentelle, les plumes du dos sont ébouriffées chez les deux oiseaux, offrant un feu d’artifice blanc aux voisins de palier que sont les cigognes, spatules et autres hérons garde-boeufs… mais aussi aux visiteurs humains du Parc depuis le poste d’observation ! En ces moments de séduction, les adultes ont aussi le bec noir (jaune pour les oiseaux immatures et hors saison de nidification). Les lores verts autour des yeux sont un subtil maquillage du plus bel effet !

La Grande Aigrette n’a pas toujours été un oiseau picard ! Les auteurs anciens comme Duchaussoy, Marcotte ou Van Kempen, témoins de l’avifaune picarde du 19ème et début du 20ème siècle, ne la connaissaient pas du tout. La première observation régionale fut celle d’un individu en baie de Somme en janvier 1978, puis un autre le 9 avril 1979 au Parc du Marquenterre. Sa protection en Europe a permis le développement des effectifs dans l’est du continent, notamment dans le delta du Danube, les grandes zones humides de Hongrie et de Pologne… et son extension vers l’ouest de l’Europe.

Elle se reproduit pour la première fois en Picardie en 2007 à Boismont dans une hêtraie. Elle a niché au Parc dans la héronnière en 2021 avec succès (2 petits) mais échoue a priori les années suivantes, notamment à cause de pluies violentes et de vent. Il semble que l’espèce n’apprécie pas les conifères comme site de prédilection pour nidifier, mais s’oriente chez nous vers les saulaies inondées. 

Le Conservatoire du Littoral vient d’acquérir une superbe héronnière (non accessible au public) dans la vallée de la Somme où une soixante de couples de ces grands échassiers se reproduisent en toute tranquillité, en compagnie là aussi de Spatules blanches et de Hérons garde-boeufs… En Camargue ou en Loire-Atlantique ce sont ainsi jusqu’à 10 espèces de grands échassiers qui nichent en colonie : au-delà de l’envie d’être ensemble, c’est la tranquillité et l’aspect sécurisant de l’emplacement, proche des lieux de gagnage et aux arbres au port favorable pour supporter les nids, qui favorisent ces regroupements éphémères, le temps de donner la vie…

Accouplement de Grandes Aigrettes

Sur les lagunes saumâtres littorales ou les bas-marais d’eau douce en basse vallée des fleuves, des petits échassiers nous font partager de bien tendres et jolis moments printaniers. Les Avocettes élégantes et les échasses blanches nichent : avril est la pleine période de leurs parades nuptiales. Des moments magiques tout en élégance, toujours les pattes dans l’eau ! 

La femelle prend l’initiative et se tient immobile le cou tendu au ras de l’eau. Le mâle tourne autour d’elle dans une activité très stéréotypée : toilettage, coup de bec dans l’eau, allers et retours continuels… et juste avant le moment fatidique de l’accouplement, il passe avec délicatesse son bec sous le cou de la femelle. Toute cette mise en scène romantique se termine par un croisé de bec… comme un bref bisou final (un peu moins bref tout de même chez l’Echasse blanche !) avant de se séparer. 

Accouplement d’Avocettes élégantes

Après bien des parades, dans les jours suivants, les premières pontes auront lieu sur les îlots aménagés à leur attention aux postes 1, 2 ou 3. Là aussi ce sont les femelles qui choisissent l’emplacement du nid sommaire – une cuvette de sable sans fioriture, mais à l’hydrométrie très particulière – après bien des propositions du mâle. Tout est toujours question de choix… et plus si affinité !  

Les échasses sont elles aussi de nouveau venues dans notre région. Cette espèce était observée de manière irrégulière dans notre région au 19ème siècle. Un couple a niché en 1849 dans les dunes de Saint-Quentin-en-Tourmont. Les sécheresses sévères dans le bassin méditerrannéen faisaient “remonter” des couples vers le nord de l’Europe. Enfants, ces “années à échasses” nous faisaient foncer en vélo vers le littoral pour essayer de voir ces élégantes aux pattes roses. Depuis 1997, elle se reproduit maintenant régulièrement sur les marais littoraux mais aussi dans l’Oise et l’Aisne, notamment dans les bassins de décantation des industries agroalimentaires qui font office de lagunes aux faibles niveaux d’eau favorisant les insectes de surface. Lors des inondations de 2001, des couples se sont même installés dans des dépressions inondées en grandes cultures. Comme l’Avocette, c’est une espèce qui recherche les milieux pionniers riches en invertébrés. Les années au printemps froid, les femelles ne déposent même pas de ponte faute de ressources alimentaires disponibles… 

Accouplement d’Echasses blanches

Texte : Philippe Carruette / Vidéos : Antoine Hennion / Illustrations : Alexander Hiley

L’hiver est sans conteste la période des canards. Plusieurs centaines de Canards pilets, souchets, Sarcelles d’hiver… stationnent sur les prairies inondées des postes 7 à 10. Les plans d’eau plus profonds le long de la digue de front de mer accueillent les canards plongeurs comme les fuligules, harles et autres garrots… 

Ce spectacle n’est qu’éphémère car au fil des saisons tous ces oiseaux vont et viennent ; beaucoup nous ont déjà quittés pour aller vers des contrées plus nordiques afin de se reproduire… Peut-être les reverrons-nous à l’automne ? Alors sachons profiter des retardataires printaniers : le couple – ou les deux couples – de Canards pilets qui chaque année tentent de nicher sans jamais avoir de poussins ; les rassemblements de Canards souchets à dominance de mâles, les couples constitués filant aussitôt vers la Baltique ; l’arrivée des Sarcelles d’été africaines qui ne restent qu’une journée, leur potentiel énergétique de masse graisseuse leur permettant d’aller jusqu’aux confins du nord-est de l’Europe, sans quasiment faire de halte migratoire ; les discrets Canards chipeaux qui eux aussi nichent en petit nombre, tout comme les Fuligules morillons et milouins

Un soir ou un matin de juin on verra sortir de la roselière ou d’une saulaie inondée une femelle de Sarcelle d’hiver accompagnée de canetons. On est loin de la multitude bariolée de l’hiver, mais cela nous permet de ne pas oublier nos rencontres hivernales et de patienter jusqu’aux prochaines… L’instant présent est celui qu’il ne faut pas rater !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail

« Coucou coucou ! » Il est revenu sur le Parc le 4 avril, le Coucou gris qui a passé ses « vacances » hivernales… dans les forêts d’ Afrique centrale. On ne se refuse rien malgré la hausse du prix des carburants ! Il a voyagé seul, majoritairement de nuit, traversant forêts, déserts et zones montagneuses à haute altitude, de son vol rectiligne. Si le vol ne semble guère efficace quand il est en Europe sur son site de nidification, les ailes longues et fines trahissent tout de même un grand migrateur habitué aux longues distances. 

Au fil des années précoces ou tardives, la moyenne de retour reste toujours dans la première décade d’avril et régionalement il semble un des rares oiseaux à ne pas accuser nettement, a priori, les influences des changements climatiques. Néanmoins sur les 53 années d’ observation sur le Parc, on constate que de 1973 à 1992, la majorité des premières dates de retour sont notées fin mars. Peut-être est-ce dû à son régime alimentaire très particulier composé de chenilles velues urticantes grâce auquel il n’a pas à subir la concurrence d’autres espèces ? 

Mais cela pose un autre problème : en effet, les espèces qu’il parasite ont avancé la date de leur retour de migration, notamment les espèces à courte distance ou même plutôt sédentaires comme l’Accenteur mouchet ou le Troglodyte mignon. Dès lors, il peut arriver en retard pour effectuer sa ponte dans le nid des autres ! Le Coucou gris doit alors se reporter sur des espèces arrivant encore assez tardivement comme les rousserolles, qui subissent par conséquent un parasitisme beaucoup plus important. 

Du fait de sa discrétion, surtout lors de son retour de migration, ces dates d’arrivée sont notées en fonction du chant. Mais celui-ci dépend des conditions physiques de l’oiseau, de la nourriture disponible et de la météo ! Ainsi on se souvient de l’année 2010 où le premier chant est notée le 2 avril, mais il ne fut pas réentendu avant le… 24 avril, du fait d’un gel nocturne et matinal quotidien du 6 au 24 avril ! Le choc de quoi vous couper la voix après les chaleurs tropicales…

Le chant du mâle reste d’abord discret, comme si l’oiseau se faisait la voix. Pas trop de temps de préparation et de vocalises néanmoins, car le territoire occupé doit être défendu contre nombre de mâles qui arrivent progressivement. Le chant sert en effet d’efficace force de dissuasion contre les concurrents de la même espèce, mais aussi de douce ritournelle pour séduire les femelles. Ces dernières s’accouplent avec le ou les premiers venus ; elles n’ont aucun autre « intérêt » à pérenniser cette idylle, car nid et jeunes seront élevés par d’autres espèces de passereaux insectivores. 

…. Comment ça va chez vous ? (Michel Polnareff, 1978).

Texte et illustration : Philippe Carruette 

Comme chaque année, on les attend aux postes 1 ou 2 lors de notre tour matinal du Parc pour sonder la quiétude des lieux, noter observations et comportements… et faire quelques menus bricolages. On espère retrouver leur miaulement caractéristique en vol, cri de contact indispensable de reconnaissance entre les partenaires. 

La première fut entendue précocement le 17 février, et 8 le 25 de ce mois, toutes en déplacement vers le nord. Potentiellement, l’oiseau hiverne sur toutes les côtes ouest de la France… sauf en baie de Somme ! Mystère que nous essayons toujours d’élucider. Pourtant elle est présente à cette période en baie de Canche ou sur les côtes boulonnaises… Beaucoup d’oiseaux vont aussi hiverner sur les côtes ibériques, jusqu’au Maroc. 

Il faut attendre début mars pour voir des oiseaux se poser sur nos potentiels îlots de nidification préparés cet hiver. Après la prédation par un renard sur la colonie en 2024, les oiseaux – comme c’est souvent le cas après la non production de jeunes – ne sont pas revenus nicher en 2025 sur le site. Il peut s’écouler ainsi plusieurs années avant le retour d’une colonie détruite. Quand ils n’ont pas encore construit de nid, ces mouettes ne sont là que le matin. 

Pour l’instant un maximum de 16 oiseaux a été noté le 20 mars. Et c’est alors l’occasion de revoir de vieilles connaissances… en inspectant leurs pattes à la longue vue pour y découvrir une bague colorée. A l’heure actuelle, c’est Baptiste Mimaud qui gagne le prix « oeil de lynx » avec trois contacts dont deux vieilles copines qui sont passées entre nos mains quand elles étaient poussins à la « crèche » de la colonie de la Maison de la Baie à Lanchères, où a niché avec succès une colonie de 2014 à 2016. 

  • Bague verte RT8K baguée poussin le 28 juin 2016 à la Maison de la Baie. Elle n’est contactée qu’à partir de 2019 où elle hiverne en janvier au Portugal à Azurara près de Porto. Petite escale de 4 jours fin mars 2019 au polder Sebastopol sur l’île de Noirmoutier en Vendée pour être revue au Marquenterre le 9 mai 2019. Elle n’est ensuite de nouveau revue qu’en 2021 (elle a tout le même le droit d’avoir son intimité !) pour hiverner cette fois au Portel près de Boulogne (problème financier probablement empêchant un séjour plus méditerrranéen…). Elle revient au Marquenterre du 29 mars au 16 avril sans y nicher, et est notée le 29 septembre 2021 à Saint Vincent du Jard en Vendée. Pas de nouvelles en 2022, année sabbatique… En 2023 elle reste sur le Parc du 8 au 21 mars. Une seule donnée en 2024 à Noirmoutiers le 27 juin. Absente des radars en 2025 pour un retour d’observations en Zélande hollandaise le 10 mars 2026 pour finalement revenir juste une journée au Marquenterre le 26 mars 2026.

 

  • Bague verte RTH7 baguée poussin le 28 juin 2016 à la Maison de la Baie. Moins cachotière ou plus « people » que la précédente, elle est observée tous les ans . En 2016 elle prend de courtes vacances estivales dans la Manche à Saint Pair sur Mer (les juvéniles ont un petit budget) du 31 août au 26 septembre. Cela a dû être profitable puisqu’en 2017 elle y revient du 21 juin au 7 octobre, tout comme en 2018 du 14 juin au 25 septembre où elle est notamment souvent notée sur la plage du Casino (de là à parler d’addiction…) . Le 22 février 2019, elle est contactée en Galice espagnole à San Ciprian, probablement un lieu de halte migratoire (à moins qu’elle n’ait gagné au casino…). En 2019 elle est notée sur la grande colonie du polder Sébastopol à Noirmoutier du 29 mars au 21 avril. Sa présence dès le 1er juillet jusqu’au 7 septembre peut laisser penser qu’elle n’a peut-être pas réussi sa reproduction. En 2020  un séjour habituel du 19 juillet au 29 septembre à Saint Pair sur Mer. 2021 va nous apporter de nouvelles connaissances : elle est à Saint Pair du 27 août au 14 septembre, le 5 novembre elle est notée plus au sud sur la plage de Binic dans les Côtes d’Armor et le 27 décembre on découvre son site d’hivernage aussi à Azurara près de Porto au Portugal ! En 2022 elle sera dès le 22 juin et jusqu’au 4 octobre à Saint Pair laissant penser à une reproduction non réussie. En 2024 l’observation du 18 mars à Terneuzen en Zélande pourrait supposer une potentielle reproduction aux Pays-Bas.  Le 9 décembre 2025 elle est sur la plage de Dafundo près de Lisbonne au Portugal. Elle est revue une journée au Marquenterre le 25 mars 2026… peut-être en route vers les Pays-Bas ? 

 

  • EA22 baguée adulte le 21 mai 2025 sur la grande colonie de Beveren en Flandres belge. Le 20 juillet 2025 il est à Lion sur Mer dans le Calvados, et dans la Manche du 2 au 15 novembre à Omonville (La Hague). Elle est observée une journée au Marquenterre le 12 mars 2026.

 

Nous avons longtemps pensé qu’en migration prénuptiale les multiples rapides déplacements des oiseaux entre les colonies européennes étaient dus à la recherche du site le plus favorable de nidification, notamment les grandes colonies dynamiques. Mais il s’avère que les oiseaux cherchent avant tout à trouver ou retrouver le partenaire idéal, d’où les stationnements très courts et les déplacements  aux multiples directions si l’élu n’est pas au rendez-vous….

Grand merci à Renaud Flamant qui a repris la coordination du groupe Mélanocéphale suite au brusque départ de notre cher ami Camille Duponchel, et à tous ces observateurs et lecteurs de bagues de ces étonnantes mouettes globe-trotteuses qui ont encore bien des surprises et des plaisirs de connaissances à nous dévoiler… pour les partager entre amis naturalistes sans frontières !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Le 18 mars 2026, la météo printanière nous offre une vue dégagée sur le Parc du Marquenterre ; des vents d’Est ont soufflé et voilà que le sol se réchauffe, rendant la migration plus facile pour les oiseaux. Il est 11h quand l’ensemble des oiseaux du Parc se met à fuir dans un fracas d’ailes et de cris d’alerte. Ce comportement ne trompe aucun guide : un prédateur a fait son entrée. Cependant cette fois, c’est différent, les cigognes, les hérons et les spatules cessent leurs parades nuptiales et les cormorans quittent leur colonie. Le prédateur est donc plus gros qu’une buse variable, qu’un busard des roseaux ou un faucon pèlerin.

Soudain le talkie-walkie retentit : « Pygargue à queue blanche ! Très haut au-dessus de la plaine centrale !»

L’oiseau prend de la hauteur et disparaît. Tout est revenu à la normale quand 10 minutes plus tard, le bal des oiseaux recommence. Le pygargue a fait son entrée sur le plan d’eau des postes 7, 8 et 10. C’est un immature : plumage foncé, queue avec quelques tâches blanches et le bec jaune gris présente une tache foncée sur la pointe, bien caractéristique d’un jeune de 2 ans. Il va tenter de pêcher pendant plusieurs minutes, sans succès, avant de poursuivre sa route.

Le 19 mars, mêmes conditions et mêmes scènes de fuites : le Pygargue est revenu ! Dans les pins en face du poste 7, il observe à l’abri des regards, caché des corneilles et des pies, l’ensemble du plan d’eau. Il faudra s’armer de patience et attendre 1 heure avant qu’il ne se mette à pêcher à nouveau. Cependant cet individu semble plus clair. Le blanc de la queue est bien visible mais toujours liseré de marron, une envergue plus grande : une buse passe et semble faire la moitié de sa taille. 

Ce n’est pas le même oiseau que la veille. Il tend ses serres vers l’eau en vol stationnaire et nous dévoile des pattes puissantes sur lesquelles se trouvent 2 bagues : la première sur le tarse gauche est noire et gravée WN79, la seconde à droite est orange.

Très vite nous cherchons son CV sur CR-Birding et trouvons une correspondance : il s’agit d’une femelle (chez les rapaces le dimorphisme est marqué, les femelles sont plus imposantes) baguée en 2023 aux Pays-Bas. Ce qui explique pourquoi elle semblait plus grande et plus claire que le premier individu du 18 mars.

Cette combinaison a fait remonter un souvenir de 2024 : un pygargue mâle bagué WN69 a été lui aussi observé au Parc, mais il s’agit bien de la même série de combinaisons. Sont-ils apparentés ou de nids différents ? C’est ce que nous allons tâcher de savoir.

WN79 se distingue donc du premier observé car pas de bagues apparentes et les 20 et 21 un pygargue (les mêmes ou différents) seront observés. Ce record de passage (4 observations) pour le Parc en ce début de printemps est un spectacle nous rappelant les juvéniles (3 individus différents) passés cet automne.

Les populations de pygargues se portent bien dans le Nord (Suède, Norvège, Danemark et Pays-Bas) et l’Est (Allemagne) de l’Europe, ce qui pousse les jeunes à explorer d’autres territoires. Avec 3 couples reproducteurs en France en 2020 (LPO), estimé à 10 aujourd’hui, nous espérons voir son retour après un siècle d’absence sur notre territoire : victime de la chasse, des empoisonnements, des pesticides, de la pollution des eaux, des prélèvements d’œufs et de poussins, de la disparition des zones humides et du dérangement humain. (MNHN)

La fréquence croissante des observations est un signe encourageant, et nous espérons désormais à ces jeunes oiseaux un succès reproducteur dans les années à venir pour ces jeunes aigles pêcheurs qui seront matures sexuellement dès leur 5ème année de vie.

Le Parc du Marquenterre sera peut-être un site de nidification ? Seul l’avenir nous le dira.

Texte : Maurine Lebeau / Illustrations : Stephen Larooze

Bariolé, hyper visible et démonstratif, le Tadorne de Belon est bien présent toute l’année sur le Parc. En cette toute fin d’hiver, il passe encore moins inaperçu. Dès janvier, par une belle journée ensoleillée, les parades nuptiales ont lieu – les couples de canards et d’oies se forment en hiver – et les partenaires se rencontrent ou se retrouvent. 

Sur notre littoral, le sexe ratio est déséquilibré, avec une faible présence de femelles et une omniprésence de mâles adultes. Ces derniers ont une protubérance au bec particulièrement développée à cette période. Elle représente un caractère sexuel secondaire et est constituée de sang et de graisse se résorbant dès la nidification terminée. 

Les conflits entre couples, ou entre mâles célibataires en surnombre, sont nombreux. Les cris rauques et rapides des femelles retentissent « rror rror… kor kor kor… » surtout lors de leur posture incitative tête baissée auprès du partenaire.  Les mâles émettent des sifflements limpides et des mouvements de flexion et de pompage du cou – le rotary pumping des éthologues anglais – mettant en valeur le bec rouge flashy. Les affrontements ne sont le plus souvent guère violents, avec plus de gerbes d’eau que de contacts, et de courtes poursuites en vol.

Le choix du site de nidification se fait généralement en ce mois de mars (au plus tôt les 18 mars 2000 et 2019), mais cette année avec la douceur sur plusieurs jours et des vents de sud, des groupes d’oiseaux étaient sur les dunes du point de vue et de la héronnière dès le 2 mars. Sur le Parc, les pontes restent tardives, à partir de la mi-avril. Au plus tôt, les premiers adorables poussins seront de sortie du terrier le 8 mai (2025) et 10 mai (1998) jusque fin juillet.

Mais au fait, qui était Belon ? Rien à voir avec les huîtres et la rivière bretonnes. Pierre Belon (1517-1565) était un pharmacien et explorateur naturaliste sarthois. En 1555, il publie « L’Histoire de la nature des oyseaux avec leur description et naïfs portraicts retirez du naturel » comprenant la description de 200 espèces, dont un canard coloré qui portera ensuite son nom ! Il fut le premier à faire une esquisse simple de classement des oiseaux !

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley, Jean Bail