Comme chaque année, on les attend aux postes 1 ou 2 lors de notre tour matinal du Parc pour sonder la quiétude des lieux, noter observations et comportements… et faire quelques menus bricolages. On espère retrouver leur miaulement caractéristique en vol, cri de contact indispensable de reconnaissance entre les partenaires. 

La première fut entendue précocement le 17 février, et 8 le 25 de ce mois, toutes en déplacement vers le nord. Potentiellement, l’oiseau hiverne sur toutes les côtes ouest de la France… sauf en baie de Somme ! Mystère que nous essayons toujours d’élucider. Pourtant elle est présente à cette période en baie de Canche ou sur les côtes boulonnaises… Beaucoup d’oiseaux vont aussi hiverner sur les côtes ibériques, jusqu’au Maroc. 

Il faut attendre début mars pour voir des oiseaux se poser sur nos potentiels îlots de nidification préparés cet hiver. Après la prédation par un renard sur la colonie en 2024, les oiseaux – comme c’est souvent le cas après la non production de jeunes – ne sont pas revenus nicher en 2025 sur le site. Il peut s’écouler ainsi plusieurs années avant le retour d’une colonie détruite. Quand ils n’ont pas encore construit de nid, ces mouettes ne sont là que le matin. 

Pour l’instant un maximum de 16 oiseaux a été noté le 20 mars. Et c’est alors l’occasion de revoir de vieilles connaissances… en inspectant leurs pattes à la longue vue pour y découvrir une bague colorée. A l’heure actuelle, c’est Baptiste Mimaud qui gagne le prix « oeil de lynx » avec trois contacts dont deux vieilles copines qui sont passées entre nos mains quand elles étaient poussins à la « crèche » de la colonie de la Maison de la Baie à Lanchères, où a niché avec succès une colonie de 2014 à 2016. 

  • Bague verte RT8K baguée poussin le 28 juin 2016 à la Maison de la Baie. Elle n’est contactée qu’à partir de 2019 où elle hiverne en janvier au Portugal à Azurara près de Porto. Petite escale de 4 jours fin mars 2019 au polder Sebastopol sur l’île de Noirmoutier en Vendée pour être revue au Marquenterre le 9 mai 2019. Elle n’est ensuite de nouveau revue qu’en 2021 (elle a tout le même le droit d’avoir son intimité !) pour hiverner cette fois au Portel près de Boulogne (problème financier probablement empêchant un séjour plus méditerrranéen…). Elle revient au Marquenterre du 29 mars au 16 avril sans y nicher, et est notée le 29 septembre 2021 à Saint Vincent du Jard en Vendée. Pas de nouvelles en 2022, année sabbatique… En 2023 elle reste sur le Parc du 8 au 21 mars. Une seule donnée en 2024 à Noirmoutiers le 27 juin. Absente des radars en 2025 pour un retour d’observations en Zélande hollandaise le 10 mars 2026 pour finalement revenir juste une journée au Marquenterre le 26 mars 2026.

 

  • Bague verte RTH7 baguée poussin le 28 juin 2016 à la Maison de la Baie. Moins cachotière ou plus « people » que la précédente, elle est observée tous les ans . En 2016 elle prend de courtes vacances estivales dans la Manche à Saint Pair sur Mer (les juvéniles ont un petit budget) du 31 août au 26 septembre. Cela a dû être profitable puisqu’en 2017 elle y revient du 21 juin au 7 octobre, tout comme en 2018 du 14 juin au 25 septembre où elle est notamment souvent notée sur la plage du Casino (de là à parler d’addiction…) . Le 22 février 2019, elle est contactée en Galice espagnole à San Ciprian, probablement un lieu de halte migratoire (à moins qu’elle n’ait gagné au casino…). En 2019 elle est notée sur la grande colonie du polder Sébastopol à Noirmoutier du 29 mars au 21 avril. Sa présence dès le 1er juillet jusqu’au 7 septembre peut laisser penser qu’elle n’a peut-être pas réussi sa reproduction. En 2020  un séjour habituel du 19 juillet au 29 septembre à Saint Pair sur Mer. 2021 va nous apporter de nouvelles connaissances : elle est à Saint Pair du 27 août au 14 septembre, le 5 novembre elle est notée plus au sud sur la plage de Binic dans les Côtes d’Armor et le 27 décembre on découvre son site d’hivernage aussi à Azurara près de Porto au Portugal ! En 2022 elle sera dès le 22 juin et jusqu’au 4 octobre à Saint Pair laissant penser à une reproduction non réussie. En 2024 l’observation du 18 mars à Terneuzen en Zélande pourrait supposer une potentielle reproduction aux Pays-Bas.  Le 9 décembre 2025 elle est sur la plage de Dafundo près de Lisbonne au Portugal. Elle est revue une journée au Marquenterre le 25 mars 2026… peut-être en route vers les Pays-Bas ? 

 

  • EA22 baguée adulte le 21 mai 2025 sur la grande colonie de Beveren en Flandres belge. Le 20 juillet 2025 il est à Lion sur Mer dans le Calvados, et dans la Manche du 2 au 15 novembre à Omonville (La Hague). Elle est observée une journée au Marquenterre le 12 mars 2026.

 

Nous avons longtemps pensé qu’en migration prénuptiale les multiples rapides déplacements des oiseaux entre les colonies européennes étaient dus à la recherche du site le plus favorable de nidification, notamment les grandes colonies dynamiques. Mais il s’avère que les oiseaux cherchent avant tout à trouver ou retrouver le partenaire idéal, d’où les stationnements très courts et les déplacements  aux multiples directions si l’élu n’est pas au rendez-vous….

Grand merci à Renaud Flamant qui a repris la coordination du groupe Mélanocéphale suite au brusque départ de notre cher ami Camille Duponchel, et à tous ces observateurs et lecteurs de bagues de ces étonnantes mouettes globe-trotteuses qui ont encore bien des surprises et des plaisirs de connaissances à nous dévoiler… pour les partager entre amis naturalistes sans frontières !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Le 18 mars 2026, la météo printanière nous offre une vue dégagée sur le Parc du Marquenterre ; des vents d’Est ont soufflé et voilà que le sol se réchauffe, rendant la migration plus facile pour les oiseaux. Il est 11h quand l’ensemble des oiseaux du Parc se met à fuir dans un fracas d’ailes et de cris d’alerte. Ce comportement ne trompe aucun guide : un prédateur a fait son entrée. Cependant cette fois, c’est différent, les cigognes, les hérons et les spatules cessent leurs parades nuptiales et les cormorans quittent leur colonie. Le prédateur est donc plus gros qu’une buse variable, qu’un busard des roseaux ou un faucon pèlerin.

Soudain le talkie-walkie retentit : « Pygargue à queue blanche ! Très haut au-dessus de la plaine centrale !»

L’oiseau prend de la hauteur et disparaît. Tout est revenu à la normale quand 10 minutes plus tard, le bal des oiseaux recommence. Le pygargue a fait son entrée sur le plan d’eau des postes 7, 8 et 10. C’est un immature : plumage foncé, queue avec quelques tâches blanches et le bec jaune gris présente une tache foncée sur la pointe, bien caractéristique d’un jeune de 2 ans. Il va tenter de pêcher pendant plusieurs minutes, sans succès, avant de poursuivre sa route.

Le 19 mars, mêmes conditions et mêmes scènes de fuites : le Pygargue est revenu ! Dans les pins en face du poste 7, il observe à l’abri des regards, caché des corneilles et des pies, l’ensemble du plan d’eau. Il faudra s’armer de patience et attendre 1 heure avant qu’il ne se mette à pêcher à nouveau. Cependant cet individu semble plus clair. Le blanc de la queue est bien visible mais toujours liseré de marron, une envergue plus grande : une buse passe et semble faire la moitié de sa taille. 

Ce n’est pas le même oiseau que la veille. Il tend ses serres vers l’eau en vol stationnaire et nous dévoile des pattes puissantes sur lesquelles se trouvent 2 bagues : la première sur le tarse gauche est noire et gravée WN79, la seconde à droite est orange.

Très vite nous cherchons son CV sur CR-Birding et trouvons une correspondance : il s’agit d’une femelle (chez les rapaces le dimorphisme est marqué, les femelles sont plus imposantes) baguée en 2023 aux Pays-Bas. Ce qui explique pourquoi elle semblait plus grande et plus claire que le premier individu du 18 mars.

Cette combinaison a fait remonter un souvenir de 2024 : un pygargue mâle bagué WN69 a été lui aussi observé au Parc, mais il s’agit bien de la même série de combinaisons. Sont-ils apparentés ou de nids différents ? C’est ce que nous allons tâcher de savoir.

WN79 se distingue donc du premier observé car pas de bagues apparentes et les 20 et 21 un pygargue (les mêmes ou différents) seront observés. Ce record de passage (4 observations) pour le Parc en ce début de printemps est un spectacle nous rappelant les juvéniles (3 individus différents) passés cet automne.

Les populations de pygargues se portent bien dans le Nord (Suède, Norvège, Danemark et Pays-Bas) et l’Est (Allemagne) de l’Europe, ce qui pousse les jeunes à explorer d’autres territoires. Avec 3 couples reproducteurs en France en 2020 (LPO), estimé à 10 aujourd’hui, nous espérons voir son retour après un siècle d’absence sur notre territoire : victime de la chasse, des empoisonnements, des pesticides, de la pollution des eaux, des prélèvements d’œufs et de poussins, de la disparition des zones humides et du dérangement humain. (MNHN)

La fréquence croissante des observations est un signe encourageant, et nous espérons désormais à ces jeunes oiseaux un succès reproducteur dans les années à venir pour ces jeunes aigles pêcheurs qui seront matures sexuellement dès leur 5ème année de vie.

Le Parc du Marquenterre sera peut-être un site de nidification ? Seul l’avenir nous le dira.

Texte : Maurine Lebeau / Illustrations : Stephen Larooze

Le baguage des espèces communes à la mangeoire peut paraître bien inutile. On connaît tout, bien entendu,  sur ces espèces que l’on voit tous les jours, notamment dans le jardin. Ce sont toujours les mêmes, qui ne méritent pas (plus) un regard ! Combien de fois avons-nous entendu ces propos lors de nos visites… 

Et pourtant, bien des Mésanges bleues nous viennent de très loin. En octobre 2025 a eu lieu une irruption exceptionnelle : plus de 70.000 oiseaux (record national !) ont été comptés en migration par les ornithologues du Groupe ornithologique Nord sur les dunes de Lornel en baie de Canche en quatre semaines de véritable exode. Plus de 600 ont été baguées dans un jardin de Rue à la mangeoire du 15 octobre au 17 novembre. Grâce au baguage, on sait que ces oiseaux viennent des pays baltes, de Russie et de Biélorussie. Les contrôles d’oiseaux bagués sur leur trajet migratoire montrent qu’une partie de ces fuyardes en manque de nourriture longe la côte, quand d’autres traversent par le centre de l’Europe.

Les Troglodytes mignons bien gras – oiseaux dits hautement sédentaires vu leur « look » – capturés sur les stations de baguage en novembre, peuvent quant à eux venir de Suède ou de Finlande !
Une Mésange charbonnière baguée comme femelle d’un an le 23 octobre 2021 au Parc du Marquenterre est contrôlée par un bagueur balte le 20 mars 2025 sur la grande station de baguage de Ventes Ragas sur la côte lituanienne, soit à 1442 kilomètres en ligne droite. Le biologiste hollandais Kluijver a montré que 87% des individus de cette espèce n’atteignent pas l’âge d’un an et que par la suite 49% des adultes meurent chaque année. Ce constat est le même dans un jardin de Rue où 53% des adultes  ne sont pas recontactés chaque année, et les mâles semblent avoir une espérance de vie plus importante que les femelles (ça change d’une autre espèce !). Le record en Europe est tout de même de 15 ans et 5 mois et de 11 ans et 3 mois pour un oiseau « français ». C’est chez les populations baltes et russes que la population est la plus migratrice, effectuant notamment des irruptions lors des périodes de disette et de fortes densités d’effectifs, à l’instar de la Mésange bleue,  mais en moins spectaculaire et plus irrégulier.

Depuis 2018 sur la mangeoire du Parc, de novembre à mars, nous avons bagué 1417 oiseaux de 32 espèces et fait 482 contrôles – en très grande majorité des auto-contrôles. L’espèce la plus baguée est de loin la Mésange bleue (452 individus) suivie de la Mésange charbonnière et du Verdier d’Europe. Mais des surprises ont lieu chaque année comme un Épervier, un Sizerin flammé, une Grive mauvis ou un Martin pêcheur…

En février 2026, Chardonnerets élégants – originaires d’Angleterre et d’Ecosse : changement climatique oblige, ces oiseaux descendent moins jusqu’à la péninsule ibérique – et Verdiers sont nombreux, ainsi que dans une moindre mesure des Pinsons du Nord originaires de Norvège.

Alors prenons le temps d’observer toutes les espèces : chaque individu est différent, les comportements ne sont pas seulement innés, et nous avons tant encore à apprendre ! 

Si vous pensez encore que ces Mésanges sont vraiment bien trop « banales »… lisez le remarquable et très pédagogique livre du chercheur Jean-Marc Blondel : La Mésange et la chenille aux éditions Actes Sud. Il a consacré sa vie à cette espèce étonnante dans ses comportements et sa capacité évolutive.

Texte et illustrations : Philippe Carruette

Brève de voyage…

Il est arrivé en rase-motte sur l’îlot du poste 6, revêtu de son manteau brun et de son bedon blanc à bretelles : un Chevalier guignette bagué l’année dernière à Farsund, commune lovée dans un fjord du sud-ouest de la Norvège, le long de la mer du Nord, a fait escale quelques heures seulement au Parc du Marquenterre, profitant des niveaux d’eau bas pour glaner deci delà quelques insectes sur les berges. Farsund… Un nom qui sonne comme une promesse d’évasion, far signifiant “voyage” en norvégien, et sund, “détroit”. 

Quel plaisir de retrouver son petit hochement de queue caractéristique, et ses courses-poursuites trépidantes : car ce limicole si mignon est un vrai solitaire, qui chasse tout intrus de son espèce osant s’approcher de son garde-manger ! 

Ce petit individu, que nous nommerons R-a/Yf(NAV) – un sobriquet un peu barbare, mais qui correspond tout simplement aux codes et couleurs de ses bagues – n’est pas resté bien longtemps : juste de quoi recharger les batteries, et hop ! Le voici reparti. 

Venu probablement de Scandinavie où, espérons-le, il a élevé une joyeuse nichée au printemps, il rejoindra dans une poignée de semaines quelque point d’eau d’Afrique subsaharienne. Souhaitons que là-bas, un observateur chanceux scrutera attentivement ses jolies pattes, et qu’il nous donnera de ses nouvelles ; pour que nous aussi, nous voyagions à travers lui…

Pour consulter son chemin de vie, cliquez juste ici !  

Texte : Cécile Carbonnier / Illustrations : Pierre Aghetti, Cécile Carbonnier

On vous a souvent parlé des Mouettes mélanocéphales et de leurs voyages de globe-trotteuses. Cette année, elles n’ont pas niché au Parc, probablement à cause du manque d’individus sur la classe d’âge 2022 (grippe aviaire) et de la forte prédation sur la colonie l’année dernière. La reproduction ne fut pas reluisante non plus sur les grandes colonies belges et au nord des Pays-Bas, avec la prédation par le renard et des pluies violentes en juin. Cela a fait descendre de nombreux adultes encore en couple, qui se sont arrêtés quelques instants au Marquenterre, avant de continuer vers la Bretagne, la côte atlantique ou… ailleurs ! Cela fut l’occasion de noter quelques bagues et de voyager avec elles…

  • Bague blanche 3200 : Baguée adulte le 13 mai 2018 sur la colonie du port d’Anvers (usine Total) en Belgique, c’est une adepte de l’estivage ou de l’hivernage en Angleterre dès sa prime jeunesse. Et elle choisit l’île de Wight (le Deauville britannique !) dès le 8 novembre 2018. Elle revient sur la colonie d’Anvers dès le 3 mars 2019. Elle est en Angleterre sur Wight du 14 au 31 juillet et le 25 septembre sur le port de Pagham dans le West Sussex. Elle revient le 2 mars 2021 à Anvers (ponctualité belge !) et elle réveillonne à Portland dans le Dorset  du 24 décembre 2021 au 6 janvier 2022, puis retour sur l’île de Wight du 18 juillet au 17 novembre. En 2023, elle est sur la colonie de Beveren du 21 au 27 mars puis sur la colonie de Terneuzen aux Pays-Bas du 10 avril au 15 avril. Hivernage en janvier 2025 sur Wight. Elle est nicheuse sur Terneuzen jusqu’au 10 juin, et le 14  juin 2025 elle est Marquenterre en couple, laissant supposer un échec de reproduction.
  • Bague blanche 3841 : Bagué poussin le 9 juin 2018, également à l’usine Total à Anvers. Escapade anglaise aussi pour lui sur la superbe réserve  RSPB de Mismere dans le Suffolk les 28 et 29 mai 2019. Le 29 octobre 2019, il est sur l’île d’Oléron en Charente-maritime. Hivernage en Espagne le 3 février 2020 en Galice à la Corogne. Du 26 juillet au 11 août 2020, de nouveau un court séjour outre Manche à Folkestone dans le Kent. Hivernage à Gijon dans les Asturies espagnoles le 6 février 2021, le 19 mars 2021 il passe en France à Ciboure dans les Pyrénées-Atlantiques. Le 29 novembre 2021, retour à Gijon. En 2022, un seul contact toujours à Gijon. Puis il disparaît des longues-vues jusqu’au 12 au 16 mars 2025, où il est observé sur la colonie de Blois dans le Loire-et-Cher. Il est noté au Parc du Marquenterre le 14 juin 2025 ; là aussi cela laisse penser à un échec de reproduction.
  • Bague blanche 3JJL alias JiJi : Bagué lui aussi à Anvers adulte le 14 mai 2015. Il hiverne dès sa première année dans le Finistère (Plovan, île de Molène, Le Conquet, Douarnenez…) et en 2016 où il arrive dès le 29 juillet. En 2017, il est le 31 janvier à Ploumoguer (Finistère) et le 8 avril il revient à Anvers pour nicher. Il retrouve le Finistère à Plouénan dès le 30 juillet 2017 pour hiverner (Saint Nic,) comme en 2019 (Ploumoguer, Le Conquet). Petite et courte escapade anglaise le 11 avril au port de Langstone. En 2020, même halte en Angleterre sur l’île de Wight le 17 mars et le 09 juillet sur la plage de Zeebruges, laissant supposer que l’oiseau a peut-être niché en Belgique. Et le traditionnel hivernage breton à partir du 9 juillet  jusqu’au 1er février 2021 au Conquet. Le 26 février, il est au port de Langstone dans le Hampshire. Ce passage par l’Angleterre laisse supposer un trajet direct au-dessus de la Manche depuis la Bretagne, avant de regagner ensuite peut-être les colonies belges ou hollandaises en vol ouest est par le détroit ? Le 24 août 2021, nouveau passage par l’Angleterre au port de Chichester dans le West Sussex, et hivernage à Saint Nic dans le Finistère. Hivernage au Conquet en 2022 et toujours la même stratégie migratoire : le 8 mars 2022 il est au port de Langstone, puis hivernage au Conquet jusqu’au janvier 2023 où le séjour anglais est un peu plus long, du 27 mars au 3 avril 2023 au port de Langstone, pour un retour dans le Finistère à partir du 19 octobre 2023. Une seule donnée en 2024, le 6 novembre à Saint Nic (Finistère) tout comme en 2025 où il est au Parc du Marquenterre le 13 juin, dans la vague d’oiseaux qui arrive en lien avec les échecs sur les colonies du Benelux.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Il est des oiseaux que l’on prend bien du plaisir à revoir. Pas en tant qu’espèce rare et exceptionnelle, mais en tant qu’individu. Un peu comme une vieille connaissance que l’on ne voit qu’une fois par an, lors d’une fête de famille ou d’une réunion de club… naturaliste, bien entendu. 

Grâce à son cortège de bagues couleur RW-LO (bagues rouge et blanche à la patte gauche et vert pistache et orange à la patte droite, bague métal Muséum sur le tarse) on reconnaît bien “notre” Barge à queue noire, grande habituée du Parc en migration postnuptiale. C’est un superbe mâle bagué adulte sur son site de reproduction, dans le comté de Arnessysla à Grimsnes, au sud de l’Islande, le 13 juillet 2011 ; lieu grandiose de chutes d’eau, volcans et landes au sud-est de Reykjavik…  

Chaque année, sans aucune exception, elle revient au Parc du Marquenterre en migration postnuptiale. Elle est contactée généralement en juillet (le 11 en 2022, le 12 en 2017 et 2023, le 19 en 2014, le 25 en 2021, le 27 en 2016, le 29 en 2020), en août (le 3 en 2018, le 10 en 2019, le 20 en 2011, le 18 en 2013, le 30 en 2015),  voire septembre (2 septembre 2012). En 2024, nous la retrouvons pour la première fois le 8 juillet, date la plus précoce de retour : a-t-il échoué dans sa reproduction ? Mais cette précocité se retrouve d’ailleurs ces toutes dernières années : conséquence des changements climatiques qui font migrer l’oiseau plus tôt pour la nidification ? 

Son séjour estival sur le parc se prolonge jusqu’à la fin de l’automne, montrant la qualité nutritionnelle du lieu pour l’espèce. Elle nous quitte au plus tard le 26 novembre 2011 et le 17 novembre 2013, mais le plus souvent début octobre.

On ignore totalement où elle passe l’hiver, sauf dans deux cas : le 31 décembre 2015 elle est présente sur le Parc, et le 9 janvier 2023 dans la baie du Mont-Saint-Michel dans la Manche.

En migration pré-nuptiale, l’oiseau est observé uniquement aux Pays-Bas, surtout dans la région d’Ouderkerk (Noord Holland). Ce trajet est le plus fréquenté en matière de haltes migratoires avant de gagner l’Angleterre, l’Ecosse puis l’Islande. Il arrive aux Pays-Bas au plus tôt le 1er février 2023, et repart au plus tard le 8 avril 2023, soit deux mois de halte nourricière indispensable pour gagner le site de reproduction en pleine forme. 

On constate que plus cet oiseau arrive tôt aux Pays-Bas, plus il repart tard. Les dates de retour de printemps en Islande sont peu nombreuses, mais montrent tout de même une grande régularité : 21 avril 2012, 15 avril 2018 et 2019, 14 avril 2022. 2013 fait exception avec un contact le 5 juin, mais cette année-là, le printemps fut particulièrement froid et pluvieux dans toute l’Europe ! 

Au-delà de tout l’intérêt scientifique remarquable du baguage, il y a aussi ce fort côté émotionnel de connaître et reconnaître un individu, et de partager ce plaisir des yeux humains avec tant d’autres Européens qui partagent cette passion du vivant migrateur, par delà les frontières ; enfin, il nous offre une image de l’Islande que je ne connaîtrai sûrement jamais. Alors à bientôt LO, ici ou ailleurs ! 

 *Clin d’œil au grand Jacques Brel avec sa chanson « Mathide » parue en 1964.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Fin juin, la campagne de baguage au nid des poussins de Cigogne blanche bat son plein en Picardie et dans le Pas-de-Calais, le Nord et la Seine-Maritime. Un programme personnel dirigé par Christophe Hildebrand a été obtenu auprès du Muséum de Paris pour continuer à baguer ces grands échassiers qui ne le sont plus ailleurs en France. La population du Nord de la France est en pleine expansion, et mérite encore d’être suivie dans son évolution et ses déplacements, tant pour les juvéniles que pour les adultes. La majorité des nids concernés sont sur des plateformes construites par l’homme pour pouvoir accéder aux poussins et les baguer, comme le font chaque année les guides naturalistes du Parc du Marquenterre, depuis près de 50 ans.

Une petite partie de la centaine de nids connus dans notre région des Hauts-de-France est visitée par les naturalistes bagueurs régionaux. Certains poussins dont les nids sont inaccessibles, trop hauts, dans des arbres morts ou situés dans des héronnières ne peuvent être bagués pour la sécurité des oiseaux… et du bagueur ! Les cigogneaux sont pesés, mesurés. Le bagueur leur pose une bague métal numérotée gravée du Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux. Une bague plastique de couleur verte avec 4 lettres blanche est rajoutée à l’autre patte pour permettre l’identification à distance des individus. 

Les jeunes sont bagués à 6 ou 7 semaines, quand la patte est bien développée et qu’ils commencent à se mettre régulièrement debout sur le nid. Quatre plumes sont récoltées pour permettre d’effectuer des analyses ADN. On ignore s’ il y a une réelle différence de sites d’hivernage entre jeunes mâles et jeunes femelles, et s’ il y a une colonisation des sites différente entre mâle et femelle. On sait par contre que la majorité de « nos » jeunes cigognes « picardes » hivernent dans le sud de l’Espagne et du Portugal (région de Faro). Récemment, un jeune bagué en 2023 à Boismont a été contacté au Maroc à Kenitra. D’autres vont plus rarement jusqu’au au Mali, en Mauritanie ou au Niger. Pour cela, ils longent les côtes françaises ou passent à l’intérieur des terres par la Mayenne, l’Indre et Loire, Les Deux Sèvres, l’Allier. 

Relativement peu de jeunes nés en Picardie reviennent nicher chez nous après avoir hiverné théoriquement deux ans plus au sud. Toutefois, de plus en plus de jeunes retournent au bout d’un an seulement en Europe. Est-ce le fait d’une détérioration des sites d’hivernage plus méridionaux ? À l’inverse, des jeunes nés et bagués en Picardie nichent maintenant en Belgique, aux Pays-Bas, en Vendée, en Loire-Atlantique et même à Colmar en Alsace !

Les nouveaux nicheurs des Hauts-de-France viennent aussi bien de Belgique et des Pays-Bas, que de Loire-Atlantique. La disparition des centres d’enfouissement, source de nourriture facile, fait que les oiseaux hivernent maintenant en moins grand nombre sur la côte picarde. Grâce aux bagues, on sait que les oiseaux se sont reportés sur les décharges du Calvados, d’Espagne autour de Madrid ou beaucoup plus près, sur celles de Dannes ou d’Avesne dans le Pas-de-Calais.

La mortalité, notamment chez les juvéniles, peu expérimentés, reste néanmoins toujours très forte, entre électrocution, sécheresses sahéliennes et multiples autres causes. Avec  le printemps doux, la nidification reste correcte cette année mais la sécheresse semble avoir fortement impacté la nidification en Alsace, en Belgique sur des milieux plus anthropisés et banalisés. 

Le nombre de poussins est totalement tributaire des ressources en nourriture. La base du régime alimentaire est composée de rongeurs, batraciens et insectes, mais tout ce qui circule sur le sol ou dans l’eau à proximité du bec est une proie potentielle. Tout comme pour le Héron cendré, les cigognes se nourrissent beaucoup dans les prairies, hauts lieux de la biodiversité, qui ne peuvent être maintenues que par la présence des agriculteurs éleveurs.

Tous ces poussins partiront en migration dans quelques jours, sans les adultes, généralement après le 20 juillet. Une partie de ces adultes partira à partir de la mi-août, après avoir effectué la mue. Tous ont impérativement besoin des courants d’air chaud pour pouvoir utiliser leur économique vol plané.

La Cigogne blanche revient de très loin. En 1979, il ne restait plus que 11 couples dans toute la France dont 9 en Alsace. Entre réintroductions, poses de plateforme de nidification, extension des populations espagnoles, hivernage de plus en plus important en Europe, les effectifs se sont progressivement bien étoffés, atteignant maintenant plus de 3200 couples. Les régions phares pour l’espèce sont la Charente-Maritime, les Landes, La Manche, et bien entendu… l’Alsace !

L’espèce a toujours niché en Picardie, certes en petit nombre, mais un nid était connu en 1837 au Crotoy. En 1944, les troupes allemandes en retraite ont mitraillé un nid à Becquerel près de Rue. Liée à la présence humaine, notamment aux prairies de fauche et d’élevage, la Cigogne blanche sauvage reste le garant de milieux ruraux diversifiés et à la biodiversité importante. Point de tradition de nidification sur le toit des maisons dans notre région où les couples installent leur gros nid en branchages surtout sur de gros arbres morts, en marais ou en pinède sur le littoral. Au Parc du Marquenterre, l’essentiel des nids est dans la forêt de pins. L’extension des effectifs continue, avec de nouveaux couples en vallée de l’Oise et dans le nord l’Aisne, et dans l’est de la Somme jusqu’à Amiens, avec un nid récent près de Conty. 

Texte et illustrations : Philippe Carruette

De 2010 à 2017, des opérations de baguage de poussins de Mouettes mélanocéphales et de Mouettes rieuses ont eu lieu sur les colonies du Parc et de la Maison de la baie de Somme (programme du Centre de Recherches sur le Baguage des Populations d’Oiseaux – Muséum Paris). Et des oiseaux porteurs de ces bagues couleur vertes nous apportent toujours de précieuses informations ! 

Durant 5 jours, Jean Roger Perrot et Alain le Dreff ont effectué une opération de contrôle des bagues à la longue-vue sur la grande colonie du polder de Sebastopol à Noirmoutiers (Vendée). 252 bagues ont été lues dont 218 oiseaux bagués en France… et deux “Picardes” dont nous n’avions plus de nouvelles depuis bien longtemps !

  • Bague verte RE60 : Baguée à la Maison de la Baie de Somme le 24 juin 2014, elle est notée les 21 et 22 avril 2025 sur la colonie de Noirmoutiers. Elle n’avait donné lieu à aucun contrôle depuis plus de 10 ans, ce qui est étonnant vue la pression de lecture de bagues sur cette espèce “populaire”. Elle a su se faire bien discrète, probablement sur des lieux à faibles densités d’observateurs.
  • Bague verte RR4U : Baguée poussin à la Maison de la Baie de Somme le 28 juin 2016., elle est notée le 17 septembre 2016 à Lampaul Ploudalnézeau (Finistère) et le  19 avril 2025 à Noirmoutiers.
  • Un oiseau bagué poussin le 23 juin 2018 au polder Sébastopol, a été observé au Parc du Marquenterre le 18 avril 2022 ; il est le 26 avril 2022 sur la colonie de Blois sur la Loire et retour à Noirmoutiers le 29 avril 2022 et le 19 avril 2025. 

La colonie de Mouette rieuse étant faible (maximum de 242 couples au poste 1 pour l’instant), il est peu probable que des Mouettes mélanocéphales nichent cette année sur le Parc. On sait dès son arrivée en Europe de l’ouest depuis l’Ukraine que encore aujourd’hui seules les grandes colonies de Mouettes rieuses – plus de 300 couples – sont attractives pour l’installation de cette espèce. Espérons que lors des dispersions post-nuptiales, nous ayons des stationnements pour contrôler des oiseaux bagués et vous (nous) raconter de belles histoires…

Merci à Jean Roger Perrot, Alain Le Dreff et à tous les observateurs de cette passionnante espèce  de jouer le facteur de la Poste, apportant les nouvelles de cette incroyable globe-trotteuse ailée !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley