Chaque printemps, c’est un nouveau ballet qui commence, aux multiples couleurs et motifs. Ils nous enchantent par leurs virevoltes parfois acrobatiques, et leurs parades amoureuses. Qui ne s’est pas émerveillé étant petit (j’avoue même encore maintenant étant adulte !) devant une chenille aux couleurs chatoyantes ou devant un papillon butinant une fleur ?

Mais les connaît-on vraiment ? 

Dans notre belle région qu’est la Picardie, plus de 1000 espèces de papillons – ou Lépidoptères – ont été recensées. Vous imaginiez qu’il en existait autant ici ? Moi non ! Mais allons découvrir ensemble ce fabuleux insecte…

Il commence sa vie dans un petit œuf duquel va éclore une chenille qui passe son temps à manger, et encore manger. Son but : grandir le plus vite possible. 

La chenille subit alors une première transformation, la nymphose : elle cesse de manger, s’immobilise et devient toute rigide. On parle alors de chrysalide

Avant ce stade, certaines chenilles se fabriquent un cocon avec de la soie pour être isolées du froid, à l’intérieur duquel on retrouve la chrysalide ! Le plus souvent ce sont les papillons de nuit – ou Hétérocères, dans le jargon scientifique – qui fabriquent ces cocons. 

Puis après un certain temps, le papillon adulte, appelé imago, émerge de sa chrysalide, prêt à se reproduire afin de perpétuer le cycle.  

Mais d’ailleurs comment reconnaît-on les papillons de nuit (les Hétérocères) des papillons de jour (les Rhopalocères) ? Vous allez me dire la journée, on voit les papillons de jour et la nuit ceux de nuit, mais ce serait trop simple, n’est-ce pas ! Alors la nuit, effectivement, on ne voit quasiment que des papillons de nuit. Par contre, la journée, on peut voir les deux. 

Deux critères simples à regarder : les antennes et la manière dont le papillon positionne ses ailes lorsqu’il se pose. 

Les papillons de jour ont des antennes fines avec un petit renflement au bout. C’est de là que provient leur nom d’origine grecque Rhopalocère, signifiant “antennes en massue”. Quant aux papillons de nuit, ils possèdent tous les autres types d’antennes – Hétérocère signifiant “antennes différentes”. 

Concernant le positionnement des ailes, les Rhopalocères les positionnent généralement à la verticale l’une contre l’autre, tandis que les Hétérocères les positionnent à plat ou bien en forme de toit.

Voilà, j’espère que je vous ai aidé à en apprendre un peu plus sur nos amis les papillons, même si bien sûr il serait impossible de résumer tous leurs mystères à travers ces quelques lignes !

Texte et illustrations : Anaëlle Bouloy

* Attention, titre mensonger *

Pour ce troisième volet de notre Little Five made in Marquenterre, nous avons suivi la trace des Hérons garde-boeufs, espérant qu’ils nous mènent jusqu’aux Buffles de la baie de Somme. Nous avons scruté les prairies, cherché les bouses, tendu l’oreille pour détecter le moindre beuglement… Hélas, point de bovin à l’horizon, sinon nos braves vaches Highland, ruminant tranquilles dans les pâtures du Parc.

Pas grave ! À défaut de buffle, nous “mangerons” de l’hippo – ou, du moins, son homophone. Vous trouvez ceci fort tiré par les cheveux ? Vous avez parfaitement raison ! Mais dès lors qu’il s’agit de partir à la rencontre des créatures minuscules de la Réserve naturelle, nous pouvons bien nous accorder quelques petites licences orthographiques et naturalistes, non…? 

L’Ypo du Fusain 

Le personnage central de notre excursion est un humble arbuste poussant vaillamment au cœur des dunes, et dont le charbon est très apprécié des dessinateurs : j’ai nommé, le Fusain d’Europe (Euonymus europaeus). 

D’ordinaire, sa toxicité naturelle le met à l’abri des gourmands, qui n’apprécient ni ses feuilles, ni ses fruits. Mais c’était sans compter sur une bande d’herbivores au comportement grégaire formidable, qui a secoué le petit monde du Marquenterre. Pour connaître cette histoire, laissons parler le vénérable végétal…

“Tout a commencé l’automne dernier, alors que j’étais occupé à garnir mes rameaux de fruits bigarrés, que les humains surnomment “bonnets d’évêques” du fait de leur remarquable aspect quadrangulaire : des capsules charnues, rose fushia, laissant apparaître à maturité leurs graines orange vif. 

C’est dans cette explosion de couleurs qu’elle est apparue, si élégante dans son manteau d’hermine : une femelle de Grand Yponomeute du Fusain (Yponomeuta cagnagella). J’ai d’abord cru que ce minuscule papillon de nuit venait en esthète au vernissage de ma fructification. Elle parcourait mes branches de son corps fluet, mesurant à peine un centimètre, pour une envergure de 25 millimètres. Ses ailes antérieures, d’un blanc soyeux, étaient mouchetées de trois rangées longitudinales de points noirs ; elles cachaient des ailes postérieures plutôt grisâtres, nettement frangées.   

La petite s’est mise à pondre des œufs microscopiques sur mon écorce, qu’elle a recouverts d’une sécrétion collante, les rendant difficiles à distinguer. Le forfait était discret, et cette prise de liberté m’a paru plutôt insignifiante ; alors je l’ai laissé faire. Et, n’y prêtant pas davantage attention, je l’ai regardée s’éloigner dans la pénombre du crépuscule…”

Des clics et des ailes

“À cette époque, le ciel nocturne était encore plein de prédateurs en tous genres, parmi lesquels ces redoutables acrobates du ciel : les chauves-souris. Murins, pipistrelles, noctules… J’étais certain que la petite Ypo se ferait attraper sitôt envolée. Et pourtant !

Les chasseurs aériens semblaient repoussés par le papillon. Et pour cause : la rusée battait le tambour de guerre grâce à ses ailes écaillées, munies d’une sorte de timbale aéroélastique émettant des salves de clics assourdissants… prompts à décourager les assaillants ! 

Il ne s’agissait donc pas d’un camouflage auditif, ni d’un brouillard à sonar, mais bien d’un signal d’alerte déconseillant vivement à quiconque de s’approcher. Un cousin anglais m’avait parlé de cette équipe de chercheurs de Bristol et du muséum de Londres s’intéressant à ce phénomène… Eh oui, nous aussi, les arbres, nous communiquons entre nous !” 

Dormance hivernale

“Bientôt, les nuits devenaient de plus en plus longues dans les dunes du Marquenterre, sonnant le glas de mes exubérances créatrices. Une dernière touche de feu sur mes feuilles peintes en rouge, et le froid m’invitait au repos. Ne subsisterait bientôt que ma silhouette vaguement crayonnée dans les lumières rasantes de l’hiver.

En même temps que le sommeil me gagnait, j’oubliais la petite Ypo et ses œufs secrets… Eux aussi resteraient toute la mauvaise saison en dormance, invisibles vies en suspens à l’abri de mon squelette de bois…”

Halloween en mai !

“Enfin ! Le printemps arrivait en baie de Somme ! Sec, très sec, en cette année 2025… L’artiste en moi se réveillait : je renouvelais mon monochrome vert annuel et, tout ému, regardais mes rameaux se garnir jour après jour de tendres esquisses feuillées. 

C’est alors que je sentis grouiller sur moi des milliers de pattes indistinctes. Peu à peu, d’immenses fils de soie se répandirent sur ma ramure, très vite décorée à la manière d’un manoir hanté. 

Leurs fantômes ? Les chenilles de l’Ypo, qui m’étaient alors totalement sorties de l’esprit… mais que je ne suis pas près d’oublier, je vous l’assure !

Prises individuellement, elles paraissaient adorables et totalement inoffensives, avec leur bouille ronde ébène, et leur corps jaune pâle, presque glabre, maquillé de deux rangées de dix points noirs sur les flancs. 

Sauf que la solitude, elles détestent cela et, follement grégaires, elles préfèrent s’entasser les unes sur les autres dans leur nid collectif, formant des bandes de jeunes constamment affamés. Et je ne vous parle pas de leur chambre où s’amoncellent leurs excréments ! L’adolescence, que voulez-vous…

En quelques jours, leurs toiles soyeuses m’englobèrent totalement, s’étendant même sur les argousiers alentour, moyennement ravis d’avoir un Fusain comme voisin… 

Mais qu’ils ne s’alarment pas : leur feuillage sera totalement épargné par ces goulues d’Ypo, tandis que le mien… Il sera ingéré intégralement, me laissant entièrement défolié. Qu’importe, je ferai un modèle parfait pour un nu, qu’il soit ou non académique !”

Plus de peur que de mal  

“D’ailleurs, je ne leur en veux pas, à ces teignes fileuses. Il faut bien qu’elles se nourrissent et, exclusives, elles n’aiment que mon art culinaire. Rien d’autre. 

J’entends certains humains horrifiés les qualifier d’espèce “envahissante”. Mais ne nous y trompons pas : aucunement exotiques, leur présence est connue de longue date, et elles participent à l’équilibre de l’écosystème des dunes ou du bocage encore planté de haies nourricières. D’ailleurs, les Yponomeutes sont connus pour être très sensibles aux pesticides : leur présence est donc gage d’un air peu pollué !

Oui, leur mode d’expression est spectaculaire. Mais il faut bien que jeunesse se fasse ! En tout cas, cette pullulation, pour impressionnante qu’elle soit, ne me sera pas néfaste.

En revanche, ce que je comprends mal, c’est pourquoi la Fauvette grisette qui a niché dans le quartier n’est pas venue plus souvent faire son marché sur l’étal de mes branches… Allez savoir, peut-être à cause de l’aspect répulsif des toiles de soie ? Sans doute. Ou bien d’une toxicité héritée de mes feuilles ? Probablement.”

Le temps des métamorphoses 

“Mais, qu’en est-il donc de ma survie ? Ne vous inquiétez pas. Car l’heure de la métamorphose avait sonné : après s’être alimentées plusieurs jours durant, les chenilles se rassemblèrent tout contre mon tronc, pour se confectionner chacune un cocon de soie dans lequel elles se nymphoseront. 

Le temps des chrysalides était venu. Or nous n’étions qu’au début du mois de juin : j’avais donc largement le loisir de créer une nouvelle galerie de feuilles, de jolis croquis tout frais, tout neufs qui, eux, ne seraient pas croqués par les Ypos, puisque ce papillon ne produit qu’une seule génération par an.”

Vol estival 

“Cela fait quelques semaines maintenant que l’été s’est installé dans les dunes du Marquenterre. Et avec lui, le miracle a opéré : des centaines de petites merveilles ailées ont émergé de leur enveloppe magique, revêtues de leur toison blanche. Elles paraissent si fragiles, si douces… J’adore les voir se cacher dans mon feuillage, qu’elles laissent désormais intact. 

Je sais qu’elles voleront de fleurs en fleurs, participant activement à la pollinisation des plantes environnantes – et nourrissant au passage quelques araignées, passereaux et chauves-souris, celles qui ne seront pas dupées par leurs alarmes nocturnes. 

Je sais aussi que dans quelques mois, elles viendront de nouveau pondre sur mon écorce, et que pendant plusieurs années encore – deux ? peut-être trois ? – je serai décoré de fils de soie ; un peu effrayants, certes, mais si peu incommodants, et tellement inspirants…”

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Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour la suite de ce “Little Five” ! Et pour ceux qui souhaitent découvrir le monde extraordinaire des petites bêtes du Marquenterre “en vrai”, rejoignez-nous lors d’une sortie spéciale programmée le 22 août à 17h30 !

Vous avez manqué les deux premiers épisodes ? Suivez les liens ci-dessous pour une séance de rattrapage…

Little Five, épisode n°1 : Le Lion du Marquenterre

Little Five, épisode n°2 : Le Léopard du Marquenterre

Texte et illustrations : Cécile Carbonnier

Les bousiers sont des insectes appartenant pour la plupart aux familles des Scarabaeidae et des Geotrupidae. Ils sont généralement coprophages (se nourrissant des excréments d’animaux). Pas très ragoûtant au premier abord, mais néanmoins fascinant !

Il existe 3 types de bousiers :

  • Les rouleurs, les plus connus, comme le Bousier rhinocéros, forment des boules (ou pilules) de bouse ou de crottin à l’aide de leurs pattes. Par la suite, ils la déplacent sur plusieurs mètres vers une galerie creusée un peu plus tôt, qui contiendra une larve. La larve pourra se nourrir directement de cette pilule.
  • Les creuseurs, comme le Géotrupe des bois, sont eux capables de creuser des galeries verticales sous la déjection. Ils creusent ensuite des galeries horizontales et parallèles, qui contiendront les futures larves.
  • Les résidents, quant à eux, vivent et se développent directement dans la bouse comme par exemple les Aphodius, petits bousiers mesurant moins d’1cm.

Ces insectes rendent bon nombre de services écologiques : ils jouent un rôle dans la dégradation de la matière organique, participent à la fertilisation des sols, contribuent aux cycle du carbone et de l’azote, et ils limitent la prolifération d’insectes parasites (mouches, vers intestinaux, douves). Bien sûr, ils font partie du régime alimentaire d’autres animaux comme les oiseaux et les chauve-souris (Huppe fasciée, Pie-grièche, Grand Rhinolophe).

Mais ces espèces sont aussi menacées par l’abandon du pâturage et l’utilisation de produits sanitaires dans l’élevage traditionnel (vermifuge, antiparasitaire) qui peuvent se retrouver dans les déjections et être un véritable poison pour ces insectes… Encore mal connus et peu étudiés, les bousiers sont pourtant essentiels au bon fonctionnement des pâturages et sont de précieux alliés pour nos agriculteurs !

Texte : Ugo Riotte / Illustration : Cécile Carbonnier

Le mois dernier, nous vous invitions à partir en expédition dans l’univers des petites bêtes de la Réserve de la baie de Somme.

Little Five, épisode n°1 : Le Lion du Marquenterre

Après avoir découvert la vie princière du Lion du Marquenterre, allons en quête du second grand prédateur composant notre Little Five : un être aux mœurs secrètes, dont les taches diffuses se mêlent aux ombres inquiétantes des ramures sauvages… Attention, tremblez devant… le Léopard ! 

Allez, quelques génuflexions en guise d’échauffement, et c’est parti pour notre safari au ras du sol !

La panthère des pluies

Une pluie fine et tiède ruisselle paresseusement le long du tronc d’un peuplier, parcourant son écorce crevassée jusqu’à une cavité mystérieuse, creusée au fil des ans. Elle recèle en son sein une minuscule mare temporaire, appelée dendrotelme, dont les rives obscures sont colorées de lichens orange, bleus, verts. C’est là, lovée au bord de cette piscine naturelle, qu’elle somnole indolemment, parfaitement dissimulée dans l’intimité de son arbre : voici la Limace léopard (Limax maximus).

Malgré ce que laisserait supposer son nom latin, elle n’est pas l’espèce la plus imposante de sa famille – les Limacidae – car une cousine la surpasse de quelques millimètres : la bien-nommée Grande Limace (Limax cinereoniger). Toutefois, avec ses 13 centimètres de longueur, c’est indéniablement une géante au royaume des minuscules. Certains chercheurs (et non chasseurs) de mollusques – appelés malacologues dans le jargon scientifique – auraient aperçu des individus mesurant jusqu’à 20 centimètres ! 

Le corps, gris cendré à brun pâle, possède un manteau (ou bouclier) marbré de taches noires, à l’arrière duquel se situe le pneumostome, cet orifice par lequel elle respire. La longue queue est elle aussi ornée de marbrures sombres formant deux ou trois bandes longitudinales plus ou moins discontinues, dont les motifs, variables en nombre et en intensité, sont propres à chaque individu – tout comme le sont nos empreintes digitales. Quant à la sole de reptation, cette partie inférieure du pied permettant à la limace de ramper sur toute sorte de surface, elle est uniformément crème. Sur sa tête, quatre tentacules rougeâtres rétractiles lui permettent de voir le monde…

En chasse

Alors que la lumière du jour décline, voici notre panthère qui s’étire, et sort nonchalamment sa frimousse jusqu’alors cachée sous le bouclier protecteur. Calmement, sans se presser, elle se met en marche – ou plutôt, en glisse – quittant le creux humide de son arbre. Pour avancer, elle sécrète un mucus incolore qui laissera une trace à peine brillante derrière elle, indice subtile de son escapade nocturne.

Notre héroïne a faim. Pas difficile, elle se contenterait de toutes sortes de mets : mousses desséchées, bois mort, plantes abîmées… Mais ce soir, ce ne sont pas ces champignons en décomposition qui l’intéressent, ni ces fleurs fanées tombées au sol. Non, aujourd’hui, elle veut troquer son régime détritivore pour un délicieux plat de viande ! 

D’ailleurs, elle a déjà repéré son repas, là-bas sur le chemin. La voici qui se met en chasse, tentacules tendues en avant, et poursuit sa proie à une vitesse de 15 centimètres par minute ! Plus que quelques longueurs et elle sera sur elle. Mais… Quoi ?! Serait-elle en train de traquer un congénère ?! Eh oui : notre panthère ne se refuse pas un petit plaisir cannibale de temps à autre…

Étreinte funambule

Revivifiée par ce repas gargantuesque, la panthère repue peut se consacrer à cet autre besoin qui l’anime : trouver l’amour, et assurer sa descendance. Désormais âgée d’un an et demi, il est grand temps pour elle de se reproduire. D’autant qu’elle n’aura pas de multiples occasions de procréer : une fois cette année, en plein cœur de l’été ; une fois l’année prochaine, à la fin du printemps. Elle sera alors presque arrivée au terme de sa vie, et mourra l’hiver venu… Alors il ne faut pas traîner !

Comme la majorité des gastéropodes, notre léopard est hermaphrodite : il possède à la fois les organes génitaux mâles et femelles. Mais pas question de s’autoféconder ! Non, il doit trouver un partenaire. Et cela tombe bien, car en voici un qui s’avance là-bas, sublime dans sa parure mouchetée. 

Les deux amants s’approchent l’un de l’autre, et commence alors une parade nuptiale qui scellera leur union : s’effleurant d’abord chastement, ils se mettent ensuite à tourner en rond, formant un cercle parfait, puis se courtisent délicatement en se léchant mutuellement des heures durant, semblant échanger leurs voeux dans ce long baiser…

Le couple amoureux escalade ensuite le tronc d’un arbre. Arrivé sur une branche suffisamment haute, il se laisse soudain flotter dans le vide par un épais fil de mucus arrimé à la végétation ; c’est là, dans ce moment suspendu entre ciel et terre, qu’ils entrelacent leurs corps, formant une torsade sensuelle. Puis les deux partenaires sortent chacun leur pénis blanc bleuté de leur gonopore – l’orifice génital situé sur le côté de la tête – et les enroulent l’un l’autre. Alors, dans le secret de cette étreinte, les léopards échangent leurs spermatozoïdes… 

Pour en voir davantage, cliquez ici…

Une fois fécondés, chacun doit reprendre son chemin dans le silence de cette nuit d’été : l’un remonte le fil de mucus, tandis que l’autre le redescend. Jamais plus ils ne se reverront… 

Notre panthère se met ensuite en quête d’un lieu tranquille où elle pondra dans le sol une grappe compacte de dizaines à centaines d’œufs, petites billes gélatineuses transparentes mesurant à peine 5 millimètres. Dans trois semaines environ, une nouvelle génération de léopards viendra au monde… s’ils survivent à leurs multiples prédateurs : hérissons, crapauds, musaraignes, merles, sangliers… Tous feraient volontiers un festin de panthère.

Dans la communauté des dendrotelmes 

Déjà la lueur de l’aube inonde les prairies du Marquenterre. Il est l’heure pour notre panthère devenue mère de regagner son abri. Très routinière, elle est mue par un fort instinct de retour, et retrouve ainsi chaque jour la cachette où elle a ses habitudes. 

Non grégaire, elle préfère mener sa barque en solitaire… Enfin, presque ! Car c’est tout un peuple miniature qui partage son trou d’arbre, en quête de la fraîcheur de ce microhabitat : cloportes, escargots, iules… La vie grouille dans cette oasis protectrice, une vie que l’on n’imagine même pas.

Alors quand vous vous promènerez à proximité d’un cours d’eau, en forêt, dans un jardin ou même en ville, jetez un coup d’œil discret dans les crevasses des vieux arbres. Peut-être y trouverez-vous notre léopard en train de sommeiller…

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Pour découvrir la suite de ce “Little Five” made in Marquenterre, rendez-vous le mois prochain… ou bien directement au Parc, le 11 juillet, pour une sortie spéciale en quête de petites bêtes ! 

Texte et illustrations : Cécile Carbonnier

Lion, Léopard, Rhinocéros, Éléphant, Buffle : peut-être rêvez-vous de capturer dans vos jumelles l’un de ces grands mammifères composant le mythique “Big Five”, imaginé par Ernest Hemingway dans son récit Les Vertes Collines d’Afrique paru en 1935… 

Bonne nouvelle : nul besoin d’embarquer pour le Parc du Serengeti ou le Kruger ! Venez plutôt explorer les dunes du Marquenterre, car c’est ici, lovés au cœur de la Réserve naturelle nationale de la Baie de Somme, que sommeillent des merveilles insoupçonnées de la nature. Aucun trophée à récolter, sinon le plaisir d’observer – ou, à la rigueur, de photographier – cette faune subtile qui se dérobe à nos yeux… ou qu’on ne regarde que trop peu. Quant aux furieux de la gâchette, ne soyez pas hors-sujet, et troquez donc votre fusil contre une bonne loupe ! Alors, prêts pour un safari au ras du sol

Le Lion de cristal 

Notre périple débute au crépuscule, dans les frondaisons des saules. C’est là, à l’heure où chante le rossignol, qu’un formidable prédateur se met en chasse… Il navigue à vue dans la végétation, se servant de son instinct millénaire pour détecter l’objet de sa quête. Soudain, ses yeux d’or se braquent sur sa proie : dans quelques instants, c’est certain, ses mâchoires puissantes se refermeront sur elle ! 

Point de crinière couleur savane ni de muscles saillants ici mais, tout au contraire, un corps frêle, vert d’eau, parsemé de taches noires, à peine caché sous le toit immense de ses ailes hyalines si délicatement nervurées : voici le Lion des Pucerons (Chrysopa perla). Sur le sommet de sa tête, un anneau ébène dessine une couronne rappelant sa lignée princière : le lion n’est-il pas le roi des animaux ? 

Mesurant à peine plus d’un centimètre, pour une envergure atteignant le triple, il appartient à l’ordre des Névroptères, un groupe qui rassemble d’étranges insectes possédant deux paires d’ailes membraneuses de taille égale, décorées de multiples nervures, comme les ascalaphes, les mantispes et les fourmilions. Celui-ci porte de longues antennes filiformes, plantées entre ses yeux aux reflets d’ambre. C’est d’ailleurs ce regard de braise qui a inspiré son nom de famille – les Chrysopidae -, khrusôpós signifiant “œil d’or” en grec ancien. 

Majesté en danger

Mais une si belle parure n’est pas nécessairement un atout : et voici notre monarque qui se déplace d’un vol incertain, maladroit – empêtré, osons le dire ! – dans les bois, les jardins et les prairies où s’étend son royaume… Une gaucherie qui en fait une proie de luxe pour les oiseaux et les chauves-souris, toujours prompts à décapiter les souverains alléchants ! Or le Lion n’a ni crocs, ni griffes pour se défendre, seulement une glande répugnatoire exhalant une odeur peu ragoûtante, censée couper l’appétit des gourmands.

Toutefois, que les plaisantins prennent garde, car notre roi a l’ouïe fine : à tel point qu’il est capable de détecter les ultrasons émis par les chiroptères, son pire cauchemar. Sitôt qu’il perçoit la rumeur des pipistrelles, il bloque ses ailes, par un fabuleux réflexe d’immobilisation, puis tombe en chute libre et disparaît dans la nuit…!

Amours léonines 

Le mois de mai est arrivé, puis viendra l’été : il est grand temps d’assurer sa descendance. Tel un rugissement lancé sous le ciel étoilé, notre Lion émet un chant de cour retentissant. Du bout de son abdomen vibrant d’excitation, il frappe un support, et exécute alors une série rythmée de tambourinages, dans une langue qui n’appartient qu’à lui. Tout à coup, une princesse aux yeux d’or fait son apparition, attirée par cette partition palpitante et syncopée, prélude à une parade nuptiale où les ailes frissonnent et les antennes s’effleurent… Jusqu’à l’accouplement.

Une fois fécondée, la lionne devenue reine s’affaire : elle pond des œufs elliptiques, isolément, dans la végétation. Chacun est suspendu à un mince pédicelle, sorte de filament flexible si ténu qu’on ne le voit pas, ce qui donne l’impression que l’œuf flotte dans les airs, comme en apesanteur… Elle en pondra entre 20 et 40 par jour, jusqu’à sa mort prochaine, offrant ainsi l’opportunité à 1000 petits princes de perpétuer la noble lignée.

La part du lionceau

Et que ses rejetons seront voraces ! Si les adultes agrémentent leurs repas de quelques délices sucrés – miellats, nectars, pollen – les larves sont, quant à elles, de véritables petites carnassières, qui se nourrissent exclusivement de minuscules arthropodes au corps mou, comme les pucerons et les acariens. Leurs parents leur ont légué de puissantes mandibules qui leur permettent, en toute autonomie, de saisir et dévorer leurs proies. 

Elles en engloutiront entre 200 et 500 au cours de leur développement, qui durera une quinzaine de jours. Un nombre qui les élève au rang d’alliées du jardinier : à  l’instar des coccinelles, elles sont devenues chez les humains des agents prodigieux en matière de lutte biologique, remplaçant les insecticides chimiques, poisons de notre environnement et ciguë de nos vies…

Le roi est mort, vive le roi !

Quand l’heure sera venue, les larves se tisseront un cocon de soie suspendu à la végétation, dans lequel elles se nymphoseront, gardant pour elles-mêmes le secret de cette métamorphose. 

Fin août sonne la fin du règne pour notre souverain. En effet, chez cette Chrysope, les adultes n’hivernent pas : tous les imagos s’éteindront en même temps que l’été, contrairement à certaines de leurs cousines plus chanceuses, qui passent la mauvaise saison à l’abri d’un tas de bois, d’un trou d’arbre ou, plus modestement, d’une feuille morte délicatement enroulée sur leur corps gracile. Il faudra donc compter sur la future génération de lionceaux, alors en dormance, pour voir régner encore, dès le printemps prochain, le Lion des Pucerons. 

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Pour découvrir la suite de ce “Little Five” made in Marquenterre, rendez-vous le mois prochain… En attendant, bons safaris à tous au pays des minuscules ! 

Texte et illustrations : Cécile Carbonnier

Une journée ensoleillée sans vent peut nous permettre de croiser un petit papillon peu abondant sur le Parc : l’Hespérie de la Mauve (Pyrgus malvae), dénommée aussi moins poétiquement le Tacheté. Ce petit papillon trapu a le dessus des ailes brunâtre foncé saupoudré de taches blanches bien marquées disposées de manière irrégulière. Le dessous des ailes est plutôt gris jaunâtre tacheté aussi de blanc. 

Son vol acrobatique et énergique à basse altitude grâce à ses ailes courtes est déconcertant : il lui permet en un éclair de changer de direction… et de le perdre de vue ! L’imago vole en une génération entre fin mars et juin.

L’Hespérie de la mauve apprécie les côteaux fleuris, les prairies humides et au Parc on l’observe surtout sur les dunes ensoleillées. La ponte de plusieurs dizaines d’œufs déposés isolément se fait surtout sur les potentilles, la reine des prés, l’aigremoine, les ronces…. ou les framboisiers dans mon jardin ! 

L’incubation se fait rapidement, entre 7 et 12 jours. La chenille est de couleur jaune pâle avec une bande plus sombre sur le dos. Elle passe son hiver à l’état de chrysalide, attachée au pied de la plante hôte.

Comme tous les papillons diurnes, l’espèce a une tendance au déclin, plus ou moins prononcé selon les régions en Europe, comme c’est le cas dans le nord et l’ouest de la France. Elle demeure rare dans les Hauts-de-France et peu commune en Picardie, et ses observations sur le Parc sont peu courantes.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Cécile Carbonnier

Si je vous dis Aromie musquée, Oedémère noble, Hanneton bronzé ou encore Chrysomèle du romarin, vous me répondez ? Insectes ? Coléoptères ! Oui, c’est un bon début. Un point commun concernant leurs couleurs ? L’iridescence, exactement Madame ! Et ça sera le sujet du jour : la couleur iridescente de ces petites bêtes qui fait d’elles de véritables petits bijoux sur pattes. Et ce n’est pas rien de le dire…

Écrivons peu mais écrivons bien. Iridescence, ce mot vous parle n’est-ce pas ? Mais sauriez-vous le définir ? Très simplement, c’est un phénomène d’optique selon lequel certaines surfaces semblent changer de couleurs selon l’angle de vue. Phénomène que vous avez déjà dû observer : des bulles de savon par exemple ou une tâche d’essence sur du goudron. Mais quid de nos coléoptères ?

Les coléoptères sont des insectes possédant 2 paires d’ailes. Les élytres tout d’abord : ces ailes antérieures sont dures et coriaces et servent uniquement à protéger les ailes postérieures lorsque l’animal est au repos.

Les ailes postérieures, quant à elles, sont utilisées seulement pour le vol et ne sont donc visibles qu’à ce moment-là. Et c’est au niveau des élytres que tout va se jouer. La suite (simplifiée) juste en-dessous.

Les élytres sont composés de molécules de chitine* assemblées en fibres microscopiques. Toutes ces fibres se superposent les unes sur les autres en feuillets. Finalement, c’est comme un mille-feuille bien compressé et bien serré, fait de couches non pas de crème pâtissière mais de minuscules fibres. Vous obtenez un élytre. Vous êtes toujours là ? Continuons. Dans chacun de ces feuillets, les fibres sont tournées d’un petit angle par rapport aux fibres du feuillet inférieur. Ainsi, lorsque la lumière vient frapper et pénétrer dans l’empilement de ces très fines couches, elle se réfléchit et les ondes lumineuses vont alors interférer entre elles et émerger par la face supérieure. Il en résulte des couleurs interférentielles vives et chatoyantes (l’iridescence) qui dépendent de l’angle d’observation du mille-feuille et de l’orientation de celui-ci par rapport à la source de lumière.

« Pour vivre heureux, vivons cachés » et c’est exactement le rôle que joue l’iridescence sur les coléoptères. Un peu tape à l’œil leur camouflage me direz-vous. Mais efficace ! Ainsi la théorie du naturaliste américain Abbott Thayer (considéré comme le père du camouflage – rien que ça !) entre en jeu. Son hypothèse ? Certaines espèces se camoufleraient dans leur environnement grâce aux variations de leurs couleurs selon l’angle de vue (l’iridescence quoi ; si vous avez suivi jusqu’ici). Hypothèse qui remonte au début du XXè siècle et qui a tant de fois été remise en question. Allons donc, des couleurs si vives pour se camoufler ? Billevesée ! Pour séduire oui ! Hé non, et il aura fallu plus d’un siècle pour confirmer que M. Thayer avait raison (tout de même !) grâce à une équipe de chercheurs britanniques de l’Université de Bristol. 

Voici leur expérience : dans une zone boisée, ils ont épinglé sur des feuilles vertes de véritables élytres de coléoptères irisées (Sternocera aequisignata, splendide insecte originaire de Thaïlande) et de faux élytres en résine recouvertes de vernis à ongles brillant mais non-iridescent (ça a son importance !) de couleurs bleu, vert, violet ou noir. Résultats ? Sur 2 jours, environ 85% des fausses ailes ont été attaquées par les oiseaux contre moins de 20% concernant les vraies. Mais les ailes véritables auraient pu être délaissées exprès par nos amis à plumes peut-être par crainte de toxicité. Hé, pas fou l’animal ! Il faut donc poursuivre l’expérience avec d’autres “pseudo-prédateurs”. Le bipède humanoïde fait donc son entrée en scène sur cette même zone boisée. Et bien moins de 20% des ailes iridescentes ont été repérées contre 80% des modèles non-iridescents.  

Cette expérience a également prouvé que l’iridescence combinée à la réflexion de la lumière contribue fortement au camouflage lorsque les coléoptères sont posés sur une feuille verte. Sur un fond brillant (feuille de houx ou feuilles mouillées) les élytres sont quasiment indiscernables.  Rappelez-vous, l’iridescence dépend de l’angle de vue donc, durant son vol, un oiseau en recherche de nourriture verra les couleurs iridescentes de l’insecte changer durant sa progression.

CQFD ! 

Ce phénomène d’optique n’est pas passé inaperçu auprès de la créativité humaine. La broderie d’élytres entrelacés de fil de métal (d’or en particulier) était de tradition en Inde. Dans les années 1820 et surtout 1850, les Anglais ont adapté cette technique sur des pièces plus légères (en coton ou satin) créant ainsi d’incroyables robes flamboyantes.

L’actrice Charlize Theron revêt une robe brodée d’élytres pour son rôle de la reine Ravenna dans le film Blanche-Neige et le chasseur en 2012. Le plus célèbre exemple restera cette robe entièrement recouverte d’élytres portée par Ellen Terry pour son rôle de Lady MacBeth en 1888. Mais c’est au Palais Royal de Bruxelles, dans le salon des glaces que se trouve sans doute l’une des créations les plus verte…. igineuses : le sculpteur belge Jean Fabre a recouvert les lustres et le plafond de cette salle avec pas moins d’1.4 millions d’élytres de coléoptères !

Mais le spectacle le plus merveilleux se trouvera toujours dans la nature, au coin d’une feuille ou d’une brindille. Si vous avez la chance de croiser la route d’un coléoptère aux élytres iridescentes, prenez un peu de temps pour admirer ses teintes resplendissantes. Il y a de quoi en être vert de jalousie…

*Molécules naturelles contenues dans les carapaces de certains animaux invertébrés (crustacés, mollusques) et dans l’exosquelette de certains insectes et ayant un rôle protecteur.

Texte et illustrations : Eugénie Liberelle

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