Par ces temps légèrement humides, on peut observer de toutes petites bêtes, vraiment toutes petites : ce sont les collemboles. Mais qui sont-ils ?
Ne dépassant pas le centimètre, les collemboles sont des petits arthropodes sauteurs. Il en existe 4 grands ordres : les Symphypléones, tous ronds, les Poduromorphes, semblables à des petits boudins, les Entomobryomorphes, qui sont longs, et les Neelipléones, qui ne mesurent que quelques millimètres.
Ils peuvent être bleus, roses, violets, verts… de vrais arcs-en-ciel ! Totalement inoffensifs, ils se nourrissent de feuilles, de bois mort et de microchampignons.
Les collemboles sont présents presque partout, du grand Nord aux limites du Pôle Sud, et même au sommet des montagnes. Ils sont assez peu étudiés, une centaine de scientifiques dans le monde et une poignée d’amateurs s’y intéressent.
Pourtant ce petit arthropode est important pour la vie du sol, et en plus il est très sympathique à regarder. C’est tout un petit monde fascinant, rempli de couleurs et de choses surprenantes, comme les parades nuptiales. Eh oui, même les plus petites bêtes doivent danser pour séduire !
D’ailleurs, comment les observer ? Il vous suffit de trouver un petit bout de bois mort, ou de bien regarder sur les postes d’observations après les jours de pluie, et vous en verrez. Pour apprécier les détails, munissez-vous d’une loupe ou de jumelles que vous mettrez à l’envers pour les utiliser comme loupe.
https://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/Podura-aquatica-scaled-e1630313407523.jpg8001065Cécile Carbonnierhttps://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2023/08/LOGO_RN_Blanc.pngCécile Carbonnier2021-08-06 09:09:002023-09-20 10:48:48Si tu as du bol, tu verras des collemboles !
Avertissement : certaines scènes décrites dans cet article sont susceptibles de heurter la sensibilité des lecteurs (surtout ceux passionnés de libellules) !
Le Parc du Marquenterre a été le théâtre d’une effroyable scène de crime. Mercredi dernier, alors que le soleil dardait ses rayons sur les plans d’eau douce où batifolaient libellules et demoiselles, contentes de profiter enfin d’une fenêtre de beau temps pour s’accoupler joyeusement, une grosse mouche grilla la priorité aux odonates dans un vrombissement détonant. D’abord offusqués par ce comportement d’une rare incivilité, nous fûmes ensuite tétanisés par l’effroi : le chauffard tenait prisonnier entre ses pattes un pauvre Leste vert(Chalcolestesviridis). Nous le suivîmes jusqu’à ce qu’il se gare sur une tige de bouleau, afin de l’intercepter. Amer constat : la victime était déjà décédée…
Le coupable, dont nous tairons le nom afin de préserver la tranquillité de ses proches*, était lourdement armé : son appareil buccal robuste, enfoncé dans sa face poilue, était muni d’un rostre puissant capable de perforer la chitine la plus dure. Nous tenions l’arme du crime.
L’assassin avoua rapidement appartenir au « Gang des Mouches à toison » – ou Asilidae dans le jargon de la scientifique -, ces diptères prédateurs bien connus des autres insectes volants, qu’ils persécutent sans relâche. Lorsqu’ils décident de passer à l’action, leur mode opératoire est toujours le même : ils se postent, l’air de rien, sur une roche ou une branche dégagée, faisant mine de prendre un bain de soleil… Mais ne soyez pas dupes ! En réalité, ils surveillent de leurs gros yeux à facettes le trafic alentour. Dès qu’ils repèrent une proie appétissante, ils décollent sur-le-champ et s’élancent à sa poursuite ! La traque ne dure jamais bien longtemps. Grâce à leurs trois paires de pattes longues et épineuses, solidement attachées à leur corps massif, ils capturent la malheureuse victime en vol, et peuvent ainsi la maintenir contre leur abdomen trapu sans difficulté. Leur moustache épaisse – un autre trait de caractère du clan, qu’ils arborent fièrement – les protège des mouvements défensifs de leur futur repas. Impossible alors d’échapper à cette horrifique cage de griffes. Lorsqu’ils portent le coup fatal, ces voyous injectent dans le corps de la proie leur salive chargée d’enzymes neurotoxiques et protéolytiques. De retour sur leur poste de guet, ils n’ont plus qu’à siroter peinardement le cadavre prédigéré…
Une bonne nouvelle toutefois, parce que la Nature en offre toujours : ces fous furieux ne piquent pas l’Homme ! Au contraire, ils s’avèrent être de vaillants alliés du genre humain, puisqu’il leur arrive parfois de s’attaquer aux taons quelque peu embêtants.
Mais déjà le cycle de la vie reprend au Parc du Marquenterre. On nous apprend à l’instant qu’un Leste vert aurait été l’auteur, à son tour, d’un crime odieux sur un moucheron innocent…
* En réalité, son identification n’est pas évidente sans une analyse détaillée de sa pilosité… Un portrait-robot est en cours d’élaboration par nos services.
En compagnie de l’école d’Hesdin, quelle ne fut pas notre surprise de découvrir dans un fossé d’eau douce claire une superbe Sangsue médicinale (Hirudo medicinalis) ! Cet invertébré du groupe des annélides – vers segmentés – peut mesurer jusqu’à 15 centimètres. Elle se reconnaît à son dos sombre avec des lignes orangées pigmentées de noire. En la retournant, nous constatons que le ventre est clair avec des taches sombres. Cet individu est particulièrement grand (12,5 centimètres) mais rétracté il perd toute sa longueur et prend la forme d’une limace “contrariée”, voire d’une grosse olive… ! Elle est amphibie et nage parfaitement bien par ondulation, mais peut aussi se déplacer sur le sol par reptation à la manière des chenilles arpenteuses, s’aidant de ses ventouses. La respiration se fait à travers la peau.
La sangsue possède deux ventouses : une buccale, qui constitue l’organe de succion, et une à l’arrière, plus importante, qui sert de fixation. L’espèce adulte est en effet hématophage. Elle possède de remarquables récepteurs sensoriels pour repérer ses proies. Elle parasite en milieu aquatique batraciens, tritons, poissons mais aussi mammifères sauvages ou domestiques. La ventouse antérieure a en son centre trois mâchoires chitineuses de 100 à 150 dents permettant de faire une petite incision indolore en Y sur la peau. Elle aspire durant quelques dizaines de minutes entre 10 à 15 centimètre cubes de sang, avant de se décrocher. Cela va lui faire un repas à digérer pendant plusieurs mois ! Les glandes salivaires émettent une molécule, l’hirudine, anticoagulante et anti-inflammatoire, permettant de siroter le précieux liquide en toute tranquillité.
Comme pour les escargots, toutes les sangsues sont hermaphrodites avec une fécondation interne entre individus, mais un seul des partenaires est inséminé. Elle pond une sorte de poche spongieuse contenant 6 à 18 œufs, dans laquelle se développent les embryons. Les jeunes sangsues, au départ carnivores, ne seront adultes qu’à partir de 5 ans. On parle pour cette espèce de longévité étonnante, pour un invertébré, de 15 à 40 ans ! C’est a priori la première observation de cette espèce sur le Parc. Seule la Sangsue de cheval (Haemopis sanguisuga), qui ne se nourrit pas de sang, avait été notée de manière régulière sur le site.
De par son habitat en eau claire et de bonne qualité, la Sangsue médicinale est relativement peu abondante et est considérée comme quasi menacée sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.
À la croisée des chemins, nous sommes obligés de laisser la priorité à un longicorne bien lourdaud : le Lamie tisserand (Lamia textor). On ne peut pas dire qu’il soit stressé, se déplaçant lentement à un “train de sénateur”. Même s’il a des ailes sous sa solide carapace granuleuse, il ne semble guère les utiliser et je crois ne l’avoir jamais vu voler ! Finalement, il est du genre tranquille le matin, et pas du tout pressé le soir, ou au crépuscule. S’il peut être observé dès mars avril, au Parc nous le croisons surtout en juin ou juillet, notamment lors des sorties nature estivales en soirée, au grand plaisir des enfants !
Les adultes, grâce à leurs fortes mandibules – mais ils ne mordent pas ! – se nourrissent de l’écorce des jeunes rameaux de saules ou de peupliers. Les larves se développent durant 3 à 4 ans dans le bois mort de ces mêmes arbres des marais. Ce capricorne reste peu commun en Picardie ; comme tous les membres des Cérambycidés (230 espèces en France) il est particulièrement menacé par le manque de vieux bois dans des forêts surexploitées ou gérées à rotation courte. Il est même classé comme espèce protégée en Wallonie belge.
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Cécile Carbonnier
https://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2021/06/Lamie-tisserand.jpg657493Cécile Carbonnierhttps://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2023/08/LOGO_RN_Blanc.pngCécile Carbonnier2021-07-19 09:09:002023-09-21 15:16:12Un bien bel lamie, si tranquille
Voilà un insecte coléoptère facile à reconnaître : le Clyte bélier (Clytus arietis). Ses élytres jaunes et noires, qui protègent les ailes cachées en-dessous, sont bien visibles, le faisant ressembler à une guêpe. Ce déguisement est un bon moyen de dissuader les prédateurs, alors qu’il est totalement inoffensif : en un mot, un s’agit de paraître « méchant » quand on est un vrai « gentil » ! Le Clyte bélier se nourrit en effet sur les fleurs de pollen et de nectar, et ne tient pas en place, exactement comme son (top) modèle – à la taille de guêpe – carnivore, agitant ses antennes pour faire encore plus vrai ! On ne fait jamais à moitié son rôle d’imposteur !
L’adulte est visible de mai à août. Les larves se développent dans le bois mort durant deux ans. Il est commun en France. Un individu était présent sur le Parc le 6 juin 2021, un autre le 14 juin ; cette espèce avait déjà été mentionnée en 2019 par Romane Sauleau, guide naturaliste du littoral, dans son inventaire dans le cadre de son rapport universitaire sur les Cérambycidés.
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Cécile Carbonnier
Le Paon-du-jour (Aglais io), voilà un des papillons diurnes les plus communs de notre région. Il est aisément identifiable à sa couleur orangée avec ses ocelles sur les ailes, qui rappellent celles des plumes de la queue du paon, l’oiseau cette fois-ci ! À l’inverse, leur revers brun fait penser à une feuille morte, facilitant son mimétisme au repos.
Peu exigeant, il butine une grande variété de mets sucrés : nectar trouvé sur les chatons de saules ou sur les pissenlits, sève des arbres ou, comme son cousin le Vulcain, fruits blettes. Les œufs, au nombre de plusieurs centaines, sont pondus au revers des feuilles d’ortie ou de houblon sauvage, et éclosent au bout de deux à trois semaines. La chenille est moins connue. À son stade définitif, elle est noire brillante ornée de points blancs avec des rangées de soies éperonnées – mais non urticantes – lui donnant une allure de fil barbelé en perpétuel mouvement.
Le Paon-du-jour hiverne à l’état adulte pour les individus de la deuxième génération estivale. C’est bien lui que vous voyez à l’automne tenter de rentrer dans vos dépendances ou même dans votre maison pour trouver un lieu d’hivernage tempéré. C’est lui aussi qui, avec le papillon Citron, sera un des premiers de sortie, parfois dès fin février.
Pensez à laisser quelques touffes d’ortie dans votre jardin pour le Paon, et pas que : en soupe ou en quiche avec des lardons, c’est aussi sympa pour nous ! Il est certes encore commun mais des cantons suisses ont décrété sa protection au vu de sa baisse drastique…
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Benjamin Blondel
https://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2021/06/Paon-du-jour-B.-Blondel-scaled.jpg8001067Cécile Carbonnierhttps://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2023/08/LOGO_RN_Blanc.pngCécile Carbonnier2021-07-02 09:09:002023-09-21 15:16:53Un paon dans le Parc !
Voguant de pâquerette en pissenlit, un drôle de petit insecte vert métallique, aux cuisses renflées comme celles d’un sprinteur du Tour de France, se délecte de pollen. Notre “cycliste” bodybuildé n’est autre que l’Œdémère noble (Oedemera nobilis), un coléoptère mesurant de 8 à 12 millimètres, aux antennes filiformes ; on le reconnaît à ses élytres mous se rétrécissant vers l’arrière et ne recouvrant pas la totalité de l’abdomen… un peu comme s’il avait enfilé un maillot trop court ! Les mâles ont les fémurs des pattes postérieures particulièrement développés, ce qui leur donne cette allure de Popeye caractéristique.
Dans la région, on peut aisément observer les adultes de fin avril à début août sur les fleurs où ils se ravitaillent, en lisière de bois ou dans les prairies. Ils jouent donc un rôle important dans la pollinisation. Les larves, quant à elles, sont xylophages, et vivent au sol, dans les branches, les tiges ou les racines en décomposition. En tant qu’organismes saproxyliques – c’est-à-dire dépendant du bois mort – elles participent ainsi, en coéquipières dévouées du vivant, au recyclage de la matière organique !
https://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2021/06/Oedemere-noble-C.-Carbonnier-scaled.jpg6001200Cécile Carbonnierhttps://www.marquenterrenature.fr/wp-content/uploads/2023/08/LOGO_RN_Blanc.pngCécile Carbonnier2021-06-18 09:09:002023-09-21 15:18:18Un insecte qui a de la cuisse !
C’est fin avril début mai que l’on a la chance de voir réapparaître ces superbes coléoptères que sont les Hannetons communs (Melolontha melolontha). Mais cette année, avec le froid de mai, ils semblent avoir retardé leur sortie.
Le Hanneton commun fait partie de la famille des Scarabées (240 espèces en France) caractérisés par leurs antennes terminées en massues lamellées, plus longues chez les mâles. Il est surtout actif au crépuscule, même si on peut le voir en plein jour dégustant les feuilles des arbres. Les adultes volants (bien lourdement !) vont vite pondre 20 à 30 œufs dans les sols meubles, à 10 centimètres de profondeur. Les larves naîtront fin juin : ce sont les fameux vers blancs peu appréciés des jardiniers ! Elles vivront quatre ans de croissance souterraine, hibernant à la saison froide, et consommant aux beaux jours des racines.
Mais on est loin aujourd’hui des pullulations et des densités d’antan où, quand j’étais enfant, on accrochait délicatement un fin fil à une de leurs pattes pour en faire… des cerfs-volants naturels, que l’on prenait bien soin de relâcher librement ensuite !
L’animal à tous les stades est pourtant une ressource alimentaire pour nombre de prédateurs comme les taupes, hérissons, musaraignes, blaireaux ou cigognes. Le Faucon hobereau qui revient tout juste de migration, faute encore d’abondance de libellules, le déguste en vol, en se débarrassant des élytres qui virevoltent dans une ultime pirouette.
Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley, Philippe Carruette
Nous pouvons demander que des cookies soient installés sur votre appareil. Nous utilisons des cookies pour nous permettre de savoir quand vous visitez nos sites web, comment vous interagissez avec nous, pour enrichir votre expérience utilisateur et pour personnaliser votre relation avec notre site web.
Cliquez sur les différents titres de catégories pour en savoir plus. Vous pouvez également modifier certaines de vos préférences. Notez que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur nos sites web et sur les services que nous sommes en mesure de proposer.
Les cookies essentiels
Ces cookies sont strictement nécessaires pour vous fournir les services disponibles sur notre site web et pour utiliser certaines de ses fonctionnalités.
Comme ces cookies sont strictement nécessaires à la fourniture du site web, vous ne pouvez pas les refuser sans que cela ait un impact sur le fonctionnement de notre site. Vous pouvez les bloquer ou les supprimer en modifiant les paramètres de votre navigateur et en forçant le blocage de tous les cookies de ce site web.
Cookies d'analyse Google
Ces cookies collectent des informations qui sont utilisées soit sous forme agrégée pour nous aider à comprendre comment notre site web est utilisé ou quelle est l'efficacité de nos campagnes de marketing, soit pour nous aider à personnaliser notre site web et notre application pour vous afin d'améliorer votre expérience.
Si vous ne voulez pas que nous suivions votre visist sur notre site, vous pouvez désactiver le suivi dans votre navigateur ici :
Autres cookies permettant le bon fonctionnement du blog
Nous utilisons également différents services externes comme Google Webfonts, Google Maps et des fournisseurs de vidéos externes. Comme ces fournisseurs peuvent collecter des données personnelles comme votre adresse IP, nous vous permettons de les bloquer ici. Veuillez noter que cela peut réduire considérablement la fonctionnalité et l'apparence de notre site. Les changements prendront effet une fois que vous aurez rechargé la page.
Google Webfont Settings:
Google Map Settings:
Vimeo and Youtube video embeds:
Notre politique de confidentialité
Vous pouvez consulter nos cookies et nos paramètres de confidentialité en détail sur notre page de politique de confidentialité.