Il y a quelques jours, dans les ourlets dunaires à proximité du chemin des calèches, un passereau coloré à la poitrine jaune citron avec un manteau vert foncé et au bec rouge se fait entendre. C’est son chant qui le caractérise le plus. Il s’agit de l’Hypolaïs polyglotte (Hippolais polyglotta). Il est capable d’imiter de nombreuses espèces. Quand on l’entend, on reconnaît la trille du Phragmite des joncs et les gazouillements du Moineau friquet.
Quelques jours auparavant, son cousin l’Hypolaïs ictérine (Hippolais icterina), avait été entendu au même endroit. C’était un nicheur plus répandu en Picardie.
L’Hypolaïs polyglotte vit dans les milieux xérophiles – habitats où se développe une végétation résistante à la sécheresse. Mais avec le changement climatique, il élargit son aire de répartition, concurrençant petit à petit son cousin l’Hypolaïs l’ictérine.
Il est insectivore, mais il peut agrémenter son régime alimentaire en été par des fruits, riches en glucides. C’est idéal pour reprendre des forces lors de sa grande migration.
En effet, ce cousin des rousserolles, appartenant à la famille des acrocéphalidés, hiverne depuis le sud du Sénégal jusqu’au Cameroun. Pas mal pour seulement 11 à 12 grammes ! Il arrive sous nos latitudes à partir de fin mai début juin.
L’Hypolaïs polyglotte bâtit un nid à faible hauteur dans des prunelliers ou des ronciers par exemple. Il est fait d’herbes sèches et garni parfois de crins de chevaux. La femelle y pond entre trois et cinq œufs qu’elle couve pendant treize jours. Elle peut faire une seconde couvée.
Texte et illustration : Foucauld Bouriez














Le retour des Mouettes mélanocéphales
Comme chaque année, on les attend aux postes 1 ou 2 lors de notre tour matinal du Parc pour sonder la quiétude des lieux, noter observations et comportements… et faire quelques menus bricolages. On espère retrouver leur miaulement caractéristique en vol, cri de contact indispensable de reconnaissance entre les partenaires.
La première fut entendue précocement le 17 février, et 8 le 25 de ce mois, toutes en déplacement vers le nord. Potentiellement, l’oiseau hiverne sur toutes les côtes ouest de la France… sauf en baie de Somme ! Mystère que nous essayons toujours d’élucider. Pourtant elle est présente à cette période en baie de Canche ou sur les côtes boulonnaises… Beaucoup d’oiseaux vont aussi hiverner sur les côtes ibériques, jusqu’au Maroc.
Il faut attendre début mars pour voir des oiseaux se poser sur nos potentiels îlots de nidification préparés cet hiver. Après la prédation par un renard sur la colonie en 2024, les oiseaux – comme c’est souvent le cas après la non production de jeunes – ne sont pas revenus nicher en 2025 sur le site. Il peut s’écouler ainsi plusieurs années avant le retour d’une colonie détruite. Quand ils n’ont pas encore construit de nid, ces mouettes ne sont là que le matin.
Pour l’instant un maximum de 16 oiseaux a été noté le 20 mars. Et c’est alors l’occasion de revoir de vieilles connaissances… en inspectant leurs pattes à la longue vue pour y découvrir une bague colorée. A l’heure actuelle, c’est Baptiste Mimaud qui gagne le prix « oeil de lynx » avec trois contacts dont deux vieilles copines qui sont passées entre nos mains quand elles étaient poussins à la « crèche » de la colonie de la Maison de la Baie à Lanchères, où a niché avec succès une colonie de 2014 à 2016.
Nous avons longtemps pensé qu’en migration prénuptiale les multiples rapides déplacements des oiseaux entre les colonies européennes étaient dus à la recherche du site le plus favorable de nidification, notamment les grandes colonies dynamiques. Mais il s’avère que les oiseaux cherchent avant tout à trouver ou retrouver le partenaire idéal, d’où les stationnements très courts et les déplacements aux multiples directions si l’élu n’est pas au rendez-vous….
Grand merci à Renaud Flamant qui a repris la coordination du groupe Mélanocéphale suite au brusque départ de notre cher ami Camille Duponchel, et à tous ces observateurs et lecteurs de bagues de ces étonnantes mouettes globe-trotteuses qui ont encore bien des surprises et des plaisirs de connaissances à nous dévoiler… pour les partager entre amis naturalistes sans frontières !
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley