Bariolé, hyper visible et démonstratif, le Tadorne de Belon est bien présent toute l’année sur le Parc. En cette toute fin d’hiver, il passe encore moins inaperçu. Dès janvier, par une belle journée ensoleillée, les parades nuptiales ont lieu – les couples de canards et d’oies se forment en hiver – et les partenaires se rencontrent ou se retrouvent.
Sur notre littoral, le sexe ratio est déséquilibré, avec une faible présence de femelles et une omniprésence de mâles adultes. Ces derniers ont une protubérance au bec particulièrement développée à cette période. Elle représente un caractère sexuel secondaire et est constituée de sang et de graisse se résorbant dès la nidification terminée.
Les conflits entre couples, ou entre mâles célibataires en surnombre, sont nombreux. Les cris rauques et rapides des femelles retentissent « rror rror… kor kor kor… » surtout lors de leur posture incitative tête baissée auprès du partenaire. Les mâles émettent des sifflements limpides et des mouvements de flexion et de pompage du cou – le rotary pumping des éthologues anglais – mettant en valeur le bec rouge flashy. Les affrontements ne sont le plus souvent guère violents, avec plus de gerbes d’eau que de contacts, et de courtes poursuites en vol.
Le choix du site de nidification se fait généralement en ce mois de mars (au plus tôt les 18 mars 2000 et 2019), mais cette année avec la douceur sur plusieurs jours et des vents de sud, des groupes d’oiseaux étaient sur les dunes du point de vue et de la héronnière dès le 2 mars. Sur le Parc, les pontes restent tardives, à partir de la mi-avril. Au plus tôt, les premiers adorables poussins seront de sortie du terrier le 8 mai (2025) et 10 mai (1998) jusque fin juillet.
Mais au fait, qui était Belon ? Rien à voir avec les huîtres et la rivière bretonnes. Pierre Belon (1517-1565) était un pharmacien et explorateur naturaliste sarthois. En 1555, il publie « L’Histoire de la nature des oyseaux avec leur description et naïfs portraicts retirez du naturel » comprenant la description de 200 espèces, dont un canard coloré qui portera ensuite son nom ! Il fut le premier à faire une esquisse simple de classement des oiseaux !
Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley, Jean Bail














Le retour des Mouettes mélanocéphales
Comme chaque année, on les attend aux postes 1 ou 2 lors de notre tour matinal du Parc pour sonder la quiétude des lieux, noter observations et comportements… et faire quelques menus bricolages. On espère retrouver leur miaulement caractéristique en vol, cri de contact indispensable de reconnaissance entre les partenaires.
La première fut entendue précocement le 17 février, et 8 le 25 de ce mois, toutes en déplacement vers le nord. Potentiellement, l’oiseau hiverne sur toutes les côtes ouest de la France… sauf en baie de Somme ! Mystère que nous essayons toujours d’élucider. Pourtant elle est présente à cette période en baie de Canche ou sur les côtes boulonnaises… Beaucoup d’oiseaux vont aussi hiverner sur les côtes ibériques, jusqu’au Maroc.
Il faut attendre début mars pour voir des oiseaux se poser sur nos potentiels îlots de nidification préparés cet hiver. Après la prédation par un renard sur la colonie en 2024, les oiseaux – comme c’est souvent le cas après la non production de jeunes – ne sont pas revenus nicher en 2025 sur le site. Il peut s’écouler ainsi plusieurs années avant le retour d’une colonie détruite. Quand ils n’ont pas encore construit de nid, ces mouettes ne sont là que le matin.
Pour l’instant un maximum de 16 oiseaux a été noté le 20 mars. Et c’est alors l’occasion de revoir de vieilles connaissances… en inspectant leurs pattes à la longue vue pour y découvrir une bague colorée. A l’heure actuelle, c’est Baptiste Mimaud qui gagne le prix « oeil de lynx » avec trois contacts dont deux vieilles copines qui sont passées entre nos mains quand elles étaient poussins à la « crèche » de la colonie de la Maison de la Baie à Lanchères, où a niché avec succès une colonie de 2014 à 2016.
Nous avons longtemps pensé qu’en migration prénuptiale les multiples rapides déplacements des oiseaux entre les colonies européennes étaient dus à la recherche du site le plus favorable de nidification, notamment les grandes colonies dynamiques. Mais il s’avère que les oiseaux cherchent avant tout à trouver ou retrouver le partenaire idéal, d’où les stationnements très courts et les déplacements aux multiples directions si l’élu n’est pas au rendez-vous….
Grand merci à Renaud Flamant qui a repris la coordination du groupe Mélanocéphale suite au brusque départ de notre cher ami Camille Duponchel, et à tous ces observateurs et lecteurs de bagues de ces étonnantes mouettes globe-trotteuses qui ont encore bien des surprises et des plaisirs de connaissances à nous dévoiler… pour les partager entre amis naturalistes sans frontières !
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley