L’hiver est sans conteste la période des canards. Plusieurs centaines de Canards pilets, souchets, Sarcelles d’hiver… stationnent sur les prairies inondées des postes 7 à 10. Les plans d’eau plus profonds le long de la digue de front de mer accueillent les canards plongeurs comme les fuligules, harles et autres garrots…
Ce spectacle n’est qu’éphémère car au fil des saisons tous ces oiseaux vont et viennent ; beaucoup nous ont déjà quittés pour aller vers des contrées plus nordiques afin de se reproduire… Peut-être les reverrons-nous à l’automne ? Alors sachons profiter des retardataires printaniers : le couple – ou les deux couples – de Canards pilets qui chaque année tentent de nicher sans jamais avoir de poussins ; les rassemblements de Canards souchets à dominance de mâles, les couples constitués filant aussitôt vers la Baltique ; l’arrivée des Sarcelles d’été africaines qui ne restent qu’une journée, leur potentiel énergétique de masse graisseuse leur permettant d’aller jusqu’aux confins du nord-est de l’Europe, sans quasiment faire de halte migratoire ; les discrets Canards chipeaux qui eux aussi nichent en petit nombre, tout comme les Fuligules morillons et milouins.
Un soir ou un matin de juin on verra sortir de la roselière ou d’une saulaie inondée une femelle de Sarcelle d’hiver accompagnée de canetons. On est loin de la multitude bariolée de l’hiver, mais cela nous permet de ne pas oublier nos rencontres hivernales et de patienter jusqu’aux prochaines… L’instant présent est celui qu’il ne faut pas rater !
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail














Le retour des Mouettes mélanocéphales
Comme chaque année, on les attend aux postes 1 ou 2 lors de notre tour matinal du Parc pour sonder la quiétude des lieux, noter observations et comportements… et faire quelques menus bricolages. On espère retrouver leur miaulement caractéristique en vol, cri de contact indispensable de reconnaissance entre les partenaires.
La première fut entendue précocement le 17 février, et 8 le 25 de ce mois, toutes en déplacement vers le nord. Potentiellement, l’oiseau hiverne sur toutes les côtes ouest de la France… sauf en baie de Somme ! Mystère que nous essayons toujours d’élucider. Pourtant elle est présente à cette période en baie de Canche ou sur les côtes boulonnaises… Beaucoup d’oiseaux vont aussi hiverner sur les côtes ibériques, jusqu’au Maroc.
Il faut attendre début mars pour voir des oiseaux se poser sur nos potentiels îlots de nidification préparés cet hiver. Après la prédation par un renard sur la colonie en 2024, les oiseaux – comme c’est souvent le cas après la non production de jeunes – ne sont pas revenus nicher en 2025 sur le site. Il peut s’écouler ainsi plusieurs années avant le retour d’une colonie détruite. Quand ils n’ont pas encore construit de nid, ces mouettes ne sont là que le matin.
Pour l’instant un maximum de 16 oiseaux a été noté le 20 mars. Et c’est alors l’occasion de revoir de vieilles connaissances… en inspectant leurs pattes à la longue vue pour y découvrir une bague colorée. A l’heure actuelle, c’est Baptiste Mimaud qui gagne le prix « oeil de lynx » avec trois contacts dont deux vieilles copines qui sont passées entre nos mains quand elles étaient poussins à la « crèche » de la colonie de la Maison de la Baie à Lanchères, où a niché avec succès une colonie de 2014 à 2016.
Nous avons longtemps pensé qu’en migration prénuptiale les multiples rapides déplacements des oiseaux entre les colonies européennes étaient dus à la recherche du site le plus favorable de nidification, notamment les grandes colonies dynamiques. Mais il s’avère que les oiseaux cherchent avant tout à trouver ou retrouver le partenaire idéal, d’où les stationnements très courts et les déplacements aux multiples directions si l’élu n’est pas au rendez-vous….
Grand merci à Renaud Flamant qui a repris la coordination du groupe Mélanocéphale suite au brusque départ de notre cher ami Camille Duponchel, et à tous ces observateurs et lecteurs de bagues de ces étonnantes mouettes globe-trotteuses qui ont encore bien des surprises et des plaisirs de connaissances à nous dévoiler… pour les partager entre amis naturalistes sans frontières !
Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley