Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Les naissances se multiplient sur le Parc, pour le plus grand bonheur des visiteurs (et des guides naturalistes) ! Pendant que mouettes, hérons et poules d’eau s’occupent de leurs petits, de nombreux limicoles continuent leur voyage en direction du Grand Nord. Bon vent, Pluviers argentés, Bécasseaux maubèches et Barges rousses !

Pour consulter le dernier comptage, il suffit d’un petit clic :

Comptage du 1er juin 2022

Une Mouette mélanocéphale âgée de 19 ans 

Le 15 mai 2022 est observée sur les ilôts du poste n°1 la Mouette mélanocéphale porteuse d’une bague blanche 3NEH. Rien d’étonnant au premier abord, puisque de nombreuses mouettes nées en Belgique nichent sur le Parc, ou font une halte “recherche de partenaire” sur le site du Marquenterre, répertorié comme un des meilleurs sites dans le Wedding data book de toutes les Mouettes mélanocéphales d’Europe ! 

Mais la surprise vient de son âge. Elle a été baguée poussin le 15 juin 2003 dans la colonie de Beveren près d’Anvers en Flandres belges. Depuis 2004, elle a pris l’habitude d’hiverner ou de stationner en été dans le Calvados à Omaha Beach, Grandcamp Maisy, Vierville ou Criqueville selon les années. Mais il y a bien des inconnues dans son CV, puisqu’elle ne fut pas revue entre le 7 février 2011 et le 13 juillet 2017 ! Les 8 et 10 avril 2019 et le 15 avril 2021, elle est notée de nouveau en Belgique sur la grande colonie de la zone portuaire d’Anvers. Quand on connaît les déplacements étonnants dont sont capables les Mouettes mélanocéphales dans toute l’Europe – à la recherche du partenaire idéal, du meilleur lieu d’hivernage ou du site de stationnement estival le plus favorable – on imagine le nombre de “kilomètres au compteur” que peut déjà avoir notre mamie mouette particulièrement dynamique !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Une Mouette mélanocéphale polonaise

Les Mouettes mélanocéphales sont nombreuses à être de passage ou à venir nicher sur le Parc du Marquenterre. 

Le 28 mars 2022, les guides ont eu la chance de croiser le chemin d’une mouette qui portait à sa patte une bague rouge avec écrit dessus PTL6. En effet, cet oiseau a été bagué au nid sur la commune de Skoki Duże en Pologne le 14 juin 2020. Elle a été vue 81 jours plus tard sur l’île de Schiermonnikoog aux Pays-Bas, soit à 885 km de son lieu de naissance !

C’est seulement la seconde Mouette mélanocéphale en provenance de ce pays vue sur le Parc. La plupart des mouettes qui fréquentent le Marquenterre sont originaires d’autres colonies françaises (Seine-et-Marne, Noirmoutier, Maison de la Baie de Somme…) mais aussi de Belgique avec leur bague blanche à la patte, du Danemark, des Pays-Bas, d’Angleterre, d’Italie, de l’est de l’Allemagne…

En hiver, les Mouettes mélanocéphales fréquentent les estuaires et les plages. Elles construisent leur nid au printemps sur les marais côtiers et les plans d’eau d’intérieur en colonie.

Malheureusement, cette espèce est menacée par la diminution de ses habitats, le dérangement, le développement du tourisme sur le littoral et l’urbanisation. En hiver et pendant la migration, elle est également touchée par la chasse illégale, la pollution et les mauvaises pratiques de la pêche. 

Texte et illustration : Romane Sauleau

 

2021, comme 2017 et 2019 fut l’objet d’une importante irruption de Mésanges bleues à partir du 9 octobre. On sait que ces oiseaux – que vous pouvez retrouver dans votre jardin ! – viennent parfois de très loin, des pays baltes jusqu’au nord-ouest de la Russie

70 oiseaux ont été bagués en 2021 à la mangeoire du Parc (5 mâles et 8 femelles adultes, 28 mâles et 26 femelles juvéniles).

Deux oiseaux ont été bagués en Belgique lors de leurs déplacements quelques jours avant d’arriver sur le Parc :

  • 16586721 bagué le 10 novembre 2021 à Sint-Andries, quartier de Bruges, contrôlé comme mâle 1 an le 18 décembre 2021 à notre mangeoire ;
  • 17314117 bagué le 23 octobre 2021, contrôlé comme mâle 1 an le 9 novembre 2021 à notre mangeoire.

La surprise fut le contrôle en Flandre belge de deux Mésanges bleues baguées à la mangeoire du Parc :

  • 9615530 baguée femelle 1 an le 28 octobre 2021, contrôlée le 7 novembre 2021 à Hingene près d’Anvers ;
  • 9615545 bagué mâle 1 an le 28 octobre 2021, contrôlé le 1 er novembre 2021 (soit 4 jours plus tard) à Zele Heikant entre Gand et Anvers.

On voit que les oiseaux, malgré la présence de mangeoires avec une disponibilité constante en nourriture, peuvent beaucoup bouger, caractéristique du comportement erratique de ces individus juvéniles, qui remontent parfois vers le nord alors que tout le monde en automne descend vers le sud ! Ah cette jeunesse !

Le nombre de contrôles en Belgique s’explique aussi par une forte densité de bagueurs.

Merci à Cécile Carbonnier, Benjamin Blondel, Romane Sauleau, Léa Coftier qui ont participé à ces sessions de baguage hivernales.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

La reproduction bat son plein au Parc du Marquenterre : tandis que les derniers couples nicheurs s’installent au Parc (bienvenue, Petits gravelots !), les éclosions se multiplient chez les Avocettes élégantes ou encore les Mouettes mélanocéphales. Quel plaisir d’assister au premier envol de « nos » spatulons ! Les grands migrateurs, quant à eux, ont encore du chemin à parcourir avant de rejoindre leurs sites de nidification arctiques. Alors souhaitons bonne route aux Pluviers argentés et Chevaliers aboyeurs !

Pour consulter le dernier comptage, c’est ici : Comptage du 29 mai

En France, le passage prénuptial de la Cigogne noire a lieu de la deuxième décade de mars aux premiers jours de juin. Ce grand oiseau évite le littoral pour traverser les Pyrénées et la France en son centre, avant de rejoindre ses sites de reproduction du nord-est. Cela explique les rares observations effectuées au printemps sur le Parc par rapport à la migration postnuptiale, où elle est assez régulière avec une majorité de juvéniles entre mi-juillet et octobre. 

De 1973 à 1998, une seule observation fut effectuée : un adulte survolant le Parc et la baie à faible altitude le 28 mai 1990. De 1999 à 2015, nous comptabilisons seulement 3 données : un adulte le 9 mai 1999, un le 23 avril 2011, et un le 6 mai 2012. Quant aux deux données du 23 juin 2016 et du 13 juin 2021, elles peuvent correspondre à un déplacement tardif comme une migration précoce vers le sud d’oiseaux non nicheurs.

2022 nous gâte avec deux données, du fait probablement de la constance des vents d’est pouvant faire dévier vers l’ouest des oiseaux en pleine migration : un adulte le 20 avril et un immature le 8 mai (Bernard Goujoux). Les couples nicheurs les plus proches sont dans l’Aisne et dans les Ardennes belges.

Merci à Bernard Gaujoux de Charente-Maritime pour l’envoi de la photo de cet immature, de passage le 8 mai au-dessus du Parc.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Bernard Gaujoux

Le 30 avril dernier, une femelle de Canard colvert vaque à ses occupations avec ses 9 canetons de deux jours. La matinée est fraîche et les insectes sont encore rares à la surface de l’eau. Un caneton s’éloigne de la tribu, à la poursuite d’un moucheron récalcitrant. Le petit mouvement précité sur l’eau attire l’attention d’une Cigogne blanche en pêche dans l’eau. Voilà pour elle une occasion rare et soudaine d’une proie facile et inconsciente du danger ! Mais cela est sans compter sur l’intervention redoutablement efficace de la femelle colvert. Alors que la cigogne a de l’eau jusqu’à hauteur des pattes, elle lui fonce dessus plusieurs fois, en contact direct, jusqu’à lui “voler dans les plumes” de la poitrine ! 

Au point de vue, une visiteuse, Laëtitia Heimen, a pu faire une série de photos du déroulement de la scène montrant bien la lutte acharnée de la cane pour défendre ce caneton isolé. Le grand échassier s’est résolu à continuer à chercher sa pitance… sur les prairies. Cela n’a pas empêché, quelques instants plus tard, de voir passer la tribu colverts à proximité de cette même cigogne, mais celle-ci cette fois n’est guère venue s’y frotter ! 

La Cigogne blanche est carnivore, se nourrissant de toutes les proies qu’elle peut aisément attraper au sol ou dans l’eau. Les captures régulières de poussins (mouettes dans les colonies, foulques…) sont l’objet de très rares individus spécialisés qui orientent intensément leur prédation sur ce type de proie.

En 50 ans, deux individus mâles ont été décelés sur le Parc, ce comportement pouvant, pour les deux, être potentiellement expliqué. Pour l’un, il était le seul à nourrir sa nichée ; la femelle, bien qu’en parfaite santé, ne participait pas ou peu au nourrissage, profitant même de la nourriture régurgitée au poussin par le mâle. Quant au second, il était issu d’un centre hollandais de reproduction en captivité. Face à ce type d’hyper prédation individuelle très efficace et particulièrement maîtrisée et rodée, la cane n’aurait sûrement rien pu faire… 

On peut retrouver de multiples exemples individuels de ce type de comportement chez potentiellement toutes les espèces capturant des proies, des plus petites jusqu’aux grands fauves : Foulque macroule habituellement largement herbivore attaquant des nids d’Avocette élégante pour manger les œufs ; Corneilles noires se regroupant pour prédater dans la héronnière de jeunes Hérons cendrés ; Chouette effraie orientant prioritairement sa prédation sur des chiroptères, ou même petits poissons dans une pisciculture… Et à chaque fois il y a une explication rationnelle : ainsi le mâle de Foulque avait une taille et une masse aberrantes (bagué puis relâché, il pesait 900 grammes !) et nichait sur un plan d’eau pauvre en herbiers ; les invertébrés étaient particulièrement rares cette année-là dans le cas des Corneilles noires… On se rappelle de l’histoire de ces deux lions à Tsavo au Kenya qui tuèrent au moins 35 ouvriers africains et indiens d’un chantier ferroviaire en 10 mois en 1898.

En aucun cas il ne faut donc généraliser à l’espèce ces comportements orientés liés à des individus, des circonstances exceptionnelles ou un handicap. La prédation reste une affaire d’opportunités et les proies ont imaginé bien des moyens d’y échapper. Ainsi, toutes les cigognes ne mangent pas systématiquement les canetons, comme tous les lions ne mangent pas des humains… même s’ils le peuvent ! 

Merci à Laëtitia Heimen pour son efficace “capture” en images et sa gentille proposition de partage de cette scène qui s’est déroulée sous nos yeux depuis le point de vue.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Laëtitia Heimen, Eric Penet, Alexander Hiley

 

Vanneaux huppés, Foulques macroules, Grands Cormorans, Bécasseaux maubèches, Pluviers argentés… Nicheurs en pleine action et grands voyageurs en halte migratoire se sont donnés rendez-vous au Parc du Marquenterre !

Pour consulter le dernier comptage, cliquez sur le lien ci-dessous :

-> Comptage du 17 mai 2022

La migration automnale en 2021 fut particulièrement favorable au Pinson du Nord. En octobre et novembre, ce sont de nombreux vols spécifiques qui ont été notés au point du vue, alors qu’habituellement cette espèce est surtout décelée dans les bandes de Pinsons des arbres. Cela a eu pour effet de baguer 27 Pinsons du Nord en novembre et décembre 2021 à la mangeoire (adultes : 5 mâles et 1 femelle ; juvéniles : 10 mâles et 13 femelles). 

La surprise eut lieu le 25 février 2022 avec le contrôle d’un mâle de deux années, bagué le 17 octobre 2021 à Ana Sira en Norvège. Ce petit village (200 habitants) au cœur des fjords est situé au sud de Stavanger, dans l’extrême sud-ouest du pays. Le lieu et la date laissent peut-être penser que cet oiseau était alors en déplacement migratoire depuis les zones forestières les plus nordiques. On sait que les Pinsons du Nord hivernant dans le nord-ouest de la France sont issus de Norvège, où la population est particulièrement en déclin.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Cécile Carbonnier