Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Vous l’attendiez, voici le dernier comptage réalisé sur le Parc du Marquenterre et dans la Réserve naturelle nationale ! 

Comptage du 31 juillet 2022

L’été tient toutes ses promesses : la diversité des oiseaux rencontrés sur ce haut lieu de la migration nous éblouit ! Bécasseaux sanderlings et Huîtriers pies profitent des vasières de la baie de Somme pour faire une petite halte revigorante, tandis que « nos » spatulons ne se lassent pas de réclamer à manger à leurs parents… si patients. Il est temps de faire des réserves, car pour eux aussi le départ approche ! 

À la héronnière, le premier cigogneau a décollé le 8 juillet. Mais ce saut dans le vide a nécessité bon nombre d’heures d’exercices physiques… À 6 semaines, il a tout d’abord fallu se rendre compte que l’on a de longues et larges ailes, et apprendre à les étirer (jusqu’à 2,10 m d’envergure). Puis est venu le temps des premiers battements, ou : comment les faire fonctionner. Quelques jours avant le premier vol viennent les sauts sur le nid, de plus en plus haut, comme sur un trampoline, en battant de plus en plus des ailes pour développer une musculature, qui reste néanmoins peu impressionnante chez les oiseaux planeurs. Viendra enfin le premier vol qui devra être le bon pour l’aîné de la couvée ; les autres suivront à un ou deux jours d’intervalle. Fini le stade de poussin, les voilà juvéniles, reconnaissables au bec sombre prenant des nuances de rouge. 

Ces ados reviendront régulièrement sur le nid et y passeront chaque nuit. C’est le seul lieu où ils peuvent encore espérer se faire nourrir par leurs parents ! Au sol, tout est plus que nouveau par rapport à la vie arborescente à 20 mètres de haut. Ils devront tout apprendre, et comprendre : se familiariser avec le contact de l’eau, se baigner, identifier une proie potentielle par rapport à une herbe qui bouge au vent… L’inné sans l’apprentissage et la mémorisation n’aboutit qu’à une courte vie pour ceux qui la commencent. Beau vent à ces nouveaux migrateurs, dont l’année fut bien difficile, avec nombre de nids qui ont vu des adultes disparaître, des jeunes morts, et des conditions d’habitat qui se dégradent avec la disparition des prairies d’élevage…

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Tandis que Foulques macroules et Hérons garde-bœufs nourrissent leurs derniers poussins nés sur le Parc, les migrateurs juillettistes déjà en partance pour le sud de l’Europe, voire l’Afrique, font une escale revigorante dans notre accueillante baie de Somme : Huîtriers pies, Bécasseaux sanderling, Barges à queue noire et Courlis corlieux nous apportent des nouvelles du Grand Nord où ils ont niché… mais pas sa fraîcheur ! Etrange d’évoquer leurs quartiers d’hiver en pleine fournaise, et pourtant : il est temps pour eux de prendre la route, car les jours raccourcissent, signant la diminution progressive de leurs ressources alimentaires. Sur les quelques étangs encore en eau, les cygnes se regroupent pour faire leur mue, tout comme les canards qui se faufilent discrètement dans la végétation, bien camouflés dans leur plumage d’éclipse… 

Pour plus de détails, vous pouvez consulter le dernier comptage :

-> Comptage du 16 juillet 2022

Un Grèbe castagneux a installé son nid flottant juste devant la palissade d’observation entre les postes 6 et 7. Il est en pleine couvaison, quand une famille de Cygnes tuberculés s’approche tout près de lui pour se nourrir de plantes aquatiques : voisinage de taille impressionnante, mais sans danger pour le grèbe et ses œufs. 

Or le petit grèbe aime sa quiétude et quitte son nid pour plonger et attaquer par dessous, comme un sous-marin de poche, les grandes masses blanches ! Les cygnes adultes soufflent, sautent dans l’eau et regardent en permanence la surface pour savoir où la “torpille” va sortir. Que se passe-t-il sous l’eau ? À voir l’ultra réaction des cygnes, il est fort probable que le grèbe aille au contact en piquant plumes ou pattes des intrus ! Dès que la femelle cygne s’éloigne, le grèbe reste la tête immergée devant son nid pour surveiller le mâle encore à proximité. Entre-temps, il a pris un instant pour cacher ses œufs avec des algues vu que la confrontation dure. 

Il faudra vraiment attendre que la famille au complet de Cygnes tuberculés se soit éloignée pour que le castagneux continue sa couvaison. Juste pour rappeler : le Grèbe castagneux pèse 150 grammes (mouillé!) et le Cygne tuberculé 10 kilos !

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Maëlle Hello, Philippe Carruette

Les premières Spatules blanches juvéniles ont décollé de la héronnière le 24 mai. Comme à leur habitude, les adultes les amènent “découvrir le monde” dans les vastes prairies et marais d’eau douce du fond du Parc (selon les saisons, surtout au poste 3 et au poste 7). Cette année a lieu un peu de changement avec des regroupements d’oiseaux sur le plan d’eau en tout début de parcours, bien à découvert, le long des sentiers des visiteurs et des groupes scolaires. Certaines après-midis, ce sont jusqu’à plus de 40 oiseaux qui y sont posés ! 

Voilà une occasion rêvée pour une observation encore plus poussée du comportement des jeunes recrues ailées du Parc. Il est vrai que quand on est né à 20 mètres de haut dans une pinède, on a vraiment tout à découvrir ! Les premiers contacts avec l’eau que l’on touche délicatement, les premiers bains un peu submersibles dès que l’on a plus pied… pardon pattes, l’apprentissage de la quête de nourriture avec cet étrange bec rose qui donne un air “benêt”… 

Et puis les éternels harcèlements auprès des adultes afin de réclamer à manger en hochant la tête avec forces gazouillis de passereaux pour se faire remarquer. Les adultes cèdent bien (trop) souvent, et les petits peuvent récupérer dans la poche gutturale des parents une bouillie de nourriture plus ou moins digérée. Quand les parents refusent, jamais de violence, juste un refus de la tête, ou un sec coup d’aile semi-fermée. Pour, eux s’éloigner ne suffit surtout pas, leurs rejetons pots de colle les poursuivent à pattes ou en vol jusqu’à temps d’avoir satisfaction alimentaire ! 

Qu’est ce qui explique ces changements de lieu temporaire de repos ? Nul doute que les importants travaux de réouverture des milieux sur cet espace (6000 mètres cubes de sable et de vase veinés de rhizomes de phragmites ont été évacués !) ont favorisé le stationnement des oiseaux en général, qui  se sentent plus en sécurité. Sont-ce les mêmes couples qui prennent l’habitude d’aller chercher là des matériaux pour construire leur nid et qui y emmènent ensuite leur progéniture ? Les oiseaux étaient surtout présents l’après-midi lors des journées chaudes, ce plan d’eau s’avère aussi le plus proche des nids pour se rafraîchir. En tout cas, jamais de hasard, les spatules s’y trouvent bien et c’est certainement un des lieux de France où on peut observer dans de telles conditions cette espèce qui, certes en augmentation, reste localisée et symbole bien malgré elle des grandes zones humides préservées.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley

Juillet donne le top départ de la migration post-nuptiale ! Comme les coureurs du Tour de France, certains oiseaux redescendent du Danemark où ils ont niché, pour faire une petite escale chez nous. Mais pas d’arrivée aux Champs-Elysées pour eux : la route se prolongera jusqu’en Afrique de l’Ouest pour le gros du peloton, qui y retrouvera ses quartiers d’hiver. Souhaitons bon voyage aux Barges à queue noire, les sprinteuses venues d’Islande ! Pour d’autres, bien au chaud dans le gruppetto, il est encore l’heure de s’occuper des petits : nous attendons avec impatience les dernières naissances d’Huîtriers pies et de Grèbes castagneux. Les cigogneaux, quant à eux, s’entrainent à prendre les ascendants thermiques, car il faudra bien survoler la montagne avant de rejoindre la péninsule ibérique.

Pour consulter le classement général (et le dernier comptage), c’est ici !

-> Comptage du 3 juillet

Fin juin débute la période de baguage des jeunes Cigognes blanches. Un programme du Muséum de Paris (Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux) permet de suivre la population en expansion de ce grand échassier dans les Hauts-de-France et en Seine-Maritime. En Picardie, une soixantaine de couples nichent cette année. La quasi-totalité de ces couples est localisée sur notre littoral et en basse vallée de la Somme (35 couples) et de l’Authie (15 couples). Des couples s’installent aussi maintenant de plus en plus dans le Pas-de-Calais, et même dans le Nord (10 couples). Les Hauts-de-France, terre de Cigognes !

Naturellement, dans notre région, les couples de Cigognes blanches installent leur nid au sommet des grands arbres fourchus souvent morts, voire sur les pylônes électriques. Il n’y a pas de tradition de nidification sur les bâtiments. Ces nids, très hauts, sont inaccessibles au baguage. La plupart des poussins de cigognes sont ainsi bagués sur les nids construits sur les plateformes disposées à leur intention… mais aussi pour faciliter le travail des ornithologues bagueurs. Ils sont aisément accessibles avec une échelle ou un engin élévateur. 

À l’arrivée du bagueur, les jeunes font les morts au fond du nid. Leurs yeux sombres révulsés accentuent encore le stratagème face au prédateur potentiel. En effet, l’immobilisme évite bien souvent le risque d’attaque déclenchée par le mouvement. Les poussins sont bagués entre 6 et 7 semaines. Rondouillards (parfois plus de 3,5 kilos !), les plus âgés se mettent parfaitement debout et bougent leurs ailerons encore bien courts et flasques, même si les plumes noires des rémiges ont bien poussé. 

Les jeunes sont descendus du nid pour être bagués au sol en toute sécurité. Ils sont munis obligatoirement d’une bague en métal du Muséum de Paris avec un numéro unique pour chaque oiseau. Le bagueur pose également une grosse bague en plastique verte avec 4 grosses lettres en majuscule. Cette bague, très lisible aux jumelles ou à la longue-vue, permettra un suivi à distance de l’oiseau durant ses déplacements migratoires. 

On sait grâce à ces bagues que tous les jeunes nés dans notre région partent hiverner en Espagne (notamment autour de Madrid), au Portugal (région de Faro) mais aussi en Afrique (Mauritanie, Mali, Niger…). On connaît aussi parfaitement la route empruntée par nos oiseaux qui évitent la Bretagne et trouvent des arrêts favorables en Mayenne ou dans les Deux-Sèvres. Certains rares individus passent aussi par le sud-est (Champagne, Var) regagnant l’Espagne par le Languedoc-Roussillon. 

C’est généralement au bout de deux ans qu’ils rejoignent leur site de nidification, mais de plus en plus de cigognes reviennent dès le printemps suivant. Quelques-unes vont retrouver leur secteur de naissance, mais la majorité part nicher loin de leur lieu d’origine. Ainsi, des jeunes nés au Parc du Marquenterre sont désormais installés en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Vendée, en Loire-Atlantique et même… en Alsace pour un couple ! À l’inverse, sur le même site protégé du Marquenterre nichent des cigognes nées en Belgique, aux Pays-Bas et surtout originaires de Normandie où les effectifs atteignent aujourd’hui plus de 200 couples, notamment dans la Manche, l’Orne et le Calvados !

Les cigogneaux sont pesés et mesurés (bec, ailes, tarses…). Deux plumes sont prélevées pour des analyses génétiques en laboratoire, permettant de connaître le sexe, pour déterminer des orientations migratoires et de fixation entre mâles et femelles.

La Cigogne blanche se porte maintenant tout de même bien dans notre région. Mais n’ayons pas la mémoire courte. En 1979, seulement 11 couples nichaient encore dans toute la France ! Les mauvaises conditions atmosphériques printanières et la chute des nids sur les arbres morts sont des causes naturelles de régulation de l’espèce. Bien des sites lui sont encore potentiellement favorables, notamment dans les grandes vallées intérieures picardes. Michel Jeanson, fondateur du Parc du Marquenterre, qui a voué une grande partie de sa vie à la réintroduction de cette espèce, serait sans nul doute bien heureux de ce résultat.

Texte et illustrations : Philippe Carruette

La fin du mois de juin annonce déjà le terme de la saison de reproduction chez nos oiseaux nicheurs. Tandis que les parents Grèbes à cou noir transportent leurs derniers-nés sur le dos, à la héronnière cigogneaux et jeunes Hérons garde-bœufs s’envolent pour la première fois, s’exerçant cahin-caha à ce tout nouveau moyen de locomotion. L’apprentissage devra être de courte durée, car pour certains d’entre eux, le départ en migration approche…!

Pour consulter le dernier comptage, il suffit d’un petit clic : Comptage du 29 juin 2022