Les premières Spatules blanches juvéniles ont décollé de la héronnière le 24 mai. Comme à leur habitude, les adultes les amènent “découvrir le monde” dans les vastes prairies et marais d’eau douce du fond du Parc (selon les saisons, surtout au poste 3 et au poste 7). Cette année a lieu un peu de changement avec des regroupements d’oiseaux sur le plan d’eau en tout début de parcours, bien à découvert, le long des sentiers des visiteurs et des groupes scolaires. Certaines après-midis, ce sont jusqu’à plus de 40 oiseaux qui y sont posés ! 

Voilà une occasion rêvée pour une observation encore plus poussée du comportement des jeunes recrues ailées du Parc. Il est vrai que quand on est né à 20 mètres de haut dans une pinède, on a vraiment tout à découvrir ! Les premiers contacts avec l’eau que l’on touche délicatement, les premiers bains un peu submersibles dès que l’on a plus pied… pardon pattes, l’apprentissage de la quête de nourriture avec cet étrange bec rose qui donne un air “benêt”… 

Et puis les éternels harcèlements auprès des adultes afin de réclamer à manger en hochant la tête avec forces gazouillis de passereaux pour se faire remarquer. Les adultes cèdent bien (trop) souvent, et les petits peuvent récupérer dans la poche gutturale des parents une bouillie de nourriture plus ou moins digérée. Quand les parents refusent, jamais de violence, juste un refus de la tête, ou un sec coup d’aile semi-fermée. Pour, eux s’éloigner ne suffit surtout pas, leurs rejetons pots de colle les poursuivent à pattes ou en vol jusqu’à temps d’avoir satisfaction alimentaire ! 

Qu’est ce qui explique ces changements de lieu temporaire de repos ? Nul doute que les importants travaux de réouverture des milieux sur cet espace (6000 mètres cubes de sable et de vase veinés de rhizomes de phragmites ont été évacués !) ont favorisé le stationnement des oiseaux en général, qui  se sentent plus en sécurité. Sont-ce les mêmes couples qui prennent l’habitude d’aller chercher là des matériaux pour construire leur nid et qui y emmènent ensuite leur progéniture ? Les oiseaux étaient surtout présents l’après-midi lors des journées chaudes, ce plan d’eau s’avère aussi le plus proche des nids pour se rafraîchir. En tout cas, jamais de hasard, les spatules s’y trouvent bien et c’est certainement un des lieux de France où on peut observer dans de telles conditions cette espèce qui, certes en augmentation, reste localisée et symbole bien malgré elle des grandes zones humides préservées.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley