Depuis quelques jours l’entrée du parc est en effervescence. Pelles, grues et tracteurs s’activent sur le chemin d’accès, avec les équipes du Parc et du Syndicat Mixte. Après un léger déboisement les engins sont en train de récréer des pannes humides. Les pannes sont des dépressions entre deux cordons dunaires. De l’automne au début du printemps elles sont normalement alimentées par la montée de la nappe phréatique. Elles forment alors des espaces d’eau douce de surface très variable et fluctuante selon les années au cœur même du massif dunaire. Elles deviennent alors de véritables oasis humides au milieu de cet espace dunaire sec en surface.

Ces pannes sont d’une richesse vivante incroyable notamment au printemps avec les amphibiens (trois espèces de tritons, Crapaud calamite, Rainette arboricole…), les insectes aquatiques notamment de nombreuses libellules, oiseaux… En été elles s’assèchent progressivement avec la baisse de la nappe. Des plantes spécifiques s’installent alors adeptes de ces assecs naturels.

Chaque panne est différente physiquement et biologiquement en fonction de sa profondeur, son cortège végétal en bordure de berges, en surface et en profondeur… De véritables petits laboratoires vivant de biodiversité sans cesse en mouvement et en évolution. L’entrée du site est vraiment un lieu essentiel, bien plus qu’un simple axe routier avec son chemin caillouteux. Géographiquement et historiquement il est le départ, le lien essentiel entre la naissance du massif dunaire du Marquenterre proche de la mer et les zones basses cultivées où s’est installé le bien nommé hameau du Bout des Crocs (commune de Saint-Quentin-en-Tourmont) que vous traversez en arrivant. On le voit bien, en redonnant vie à ces anciennes pannes, à la couleur de la terre qui passe en quelques petits mètres de la couleur brune riche en humus forestier à la blondeur du sable dunaire. Il est aussi un axe de migrations pour nombre de passereaux notamment les espèces dites en « migrations rampantes » comme les roitelets, mésanges.. qui se déplacent d’arbres en buissons. C’est pour cela que la diversité forestière a été aussi maintenue avec de grands arbres, de vieilles aubépines (probablement centenaires pour certaines !), des aulnaies et bétulaies, bosquets de saules, tout en donnant une forte valeur esthétique au lieu notamment le matin quand la brume enveloppe l’espace… (moment magique!). La gestion des milieux c’est penser à tous et pour tous ! Aujourd’hui le défi n’est pas que de protéger la nature mais aussi et surtout de redonner de la nature à nos lieux de vie. Rendez-vous au printemps avec les guides naturalistes du parc pour découvrir avec surprise et bienveillance la colonisation du vivant sur ces lieux uniques.