Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Tandis que la neige s’invitait sur le Marquenterre en ce début de mois d’avril frisquet, très frisquet, de courageux Gravelots à collier interrompu revenaient de leur long périple prénuptial pour, qui sait, nicher dans la laisse de mer de nos plages picardes. Les colonies du Parc ont pris un petit coup de froid – Mouettes rieuses et mélanocéphales, héronnière, Grands Cormorans -, et de nombreux canards occupent toujours nos plans d’eau, attendant des conditions plus clémentes pour entamer leur voyage en direction de leurs zones d’hivernage septentrionales. Entre nicheurs et hivernants, la diversité est maximale ! La preuve en chiffres : 

Comptage du 2 avril 2022

Vendredi 18 mars au matin, nous avons eu l’agréable surprise d’observer 9 Échasses blanches dans les prairies inondées du Parc, où cet oiseau niche régulièrement depuis 1989 ! Elles arrivent d’Afrique de l’Ouest. En effet, même dans le sud de la France, les données hivernales restent bien peu nombreuses. 

On peut vraiment dire qu’elles sont loin d’être en retard, puisque l’observation la plus précoce de retour de migration prénuptiale enregistrée jusqu’alors sur le Parc depuis sa création en 1973 était le 27 mars 2017. On se croirait sur la côte atlantique ou méditerranéenne ! Les vents de sud-est de ces derniers jours ont sûrement été favorables pour « pousser » ces oiseaux. Autre originalité de ce retour hâtif : habituellement, les premiers individus arrivés sont des mâles isolés, et non des groupes.

Au fil de ces dernières années, les retours se font de plus en plus tôt : 30 mars 2016, 28 mars 2019, 29 mars 2021… alors qu’avant la plupart des oiseaux arrivaient au cours de la première quinzaine d’avril. Notons également l’observation remarquable, ce 15 mars, d’un individu sur la réserve ornithologique de Grand-Laviers, donnée la plus précoce de Picardie

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley

Pour changer un peu, voici une petite devinette : mais qu’est-il arrivé à cette jolie Mésange bleue, capturée lors d’une séance de baguage dimanche 13 mars, avec son “museau” tout jaune ?

Est-ce une jeune mésange fraîchement sortie du nid, et dont la tête serait encore teintée de soufre ? 

Non, il s’agit bien d’une adulte. Les juvéniles perdent d’ailleurs cette coloration dès la fin de l’été, lors de leur première mue.

Est-ce dû à un changement hormonal lié à la reproduction ? 

Non plus !

Alors aux pigments présents dans l’alimentation ? Un peu comme les caroténoïdes ingérés par le Flamant rose sont responsables de sa couleur ?

Non ! 

À du maquillage ?!

D’une certaine façon…

En réalité, cette mésange raffole d’insectes cachés dans la végétation, notamment les saules, dont la floraison précède la feuillaison. À force de farfouiller avec gourmandise dans les fleurs en quête de petites proies, elle badigeonne sa face de pollen. Résultat : sa bouille devient toute jaune ! 

Texte : Philippe Carruette, Cécile Carbonnier / Illustration : Philippe Carruette

Cette année, malgré l’hiver doux, les mangeoires à passereaux dans les jardins ont été très fréquentées. Du fait de l’importante migration irruptive de cet automne, les Mésanges bleues et les Mésanges noires ont pu être très nombreuses. Tous ces petits convives sont originaires surtout du nord-est de l’Europe (pays des bords de la Baltique, République tchèque…). 

Ces allées et venues frénétiques pour récupérer inlassablement une graine de tournesol suscitent beaucoup d’intérêt, et pas seulement chez les observateurs humains… L’Épervier trouve là une manne régulière de petites proies. Dès qu’il est repéré par un passereau, des cris courts et suraigus retentissent et plus un mouvement n’a lieu, après un envol général. Certains restent totalement immobiles, aplatis sur une branche, tremblotant de stress. Ils savent que l’oiseau tue bien plus facilement en vol. Finalement, vous trouverez peut-être au sol un tas de plumes, la plumée, le rapace « déshabillant » le dessous du corps de sa proie dans un endroit tranquille avant de déguster les parties musculaires. Le mâle d’Épervier se reconnaît aux parties roussâtres de l’avant du corps ; la femelle, bien plus grande, peut capturer une Tourterelle turque voire un Pigeon ramier.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail, Philippe Carruette

En mars, le Canard souchet est un des anatidés les plus présents sur le Parc. Plus de 500 individus peuvent être régulièrement comptés. C’est une période de grande activité pour cet oiseau à l’air toujours renfrogné, sa tête basse paraissant disproportionnée. Pour les mâles les plus âgés et les nicheurs méridionaux – dont deux ou trois couples sur le Parc – les couples sont déjà bien formés. Pour d’autres, c’est encore la période des parades : envols des mâles pour montrer aux femelles leurs belles “épaulettes” bleues, pompages et mouvements de tête caractéristiques afin de séduire leurs belles… Beaucoup de couples vont vite filer vers les sites de nidification du nord-est de l’Europe, et les mâles encore célibataires deviendront rapidement majoritaires. 

Seuls 2000 couples de Canard souchet nichent en France, principalement dans les marais de l’Ouest (Brouage, marais breton, Brière et Grand-Lieu…) et entre 30 à 50 000 couples en Europe, surtout aux Pays-Bas et en Finlande. De jeunes mâles de l’année dernière sont encore en mue avec un plumage peu rutilant… qui ne fera guère envie aux canes ! Pour eux, il faudra encore attendre l’hiver prochain pour espérer être en couple. Des regroupements alimentaires ont lieu par période de beau temps et de léger vent, les oiseaux tournant sur eux-mêmes pour créer un “tourbillon ascensionnel” permettant de faire remonter invertébrés et plancton végétal ou animal en surface. Le large bec plat muni de lamelles montrera ensuite toute son efficacité pour filtrer le repas.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail, Alexander Hiley

Nous venons de recevoir des nouvelles de la part du CRBPO (Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux / Muséum de Paris) de certaines Cigognes blanches baguées poussins au Parc du Marquenterre ou dans les environs.

FDMD (bague métal CK9814) a été baguée le 27 juin 2016 sur une plateforme dans le Domaine privé du Marquenterre, voisin du Parc. Elle est observée à Tudela (Navarre espagnole) le 8 février 2021 et le 25 septembre 2021 à Alva, Pays basque espagnol. Que de bons souvenirs d’avoir eu cet oiseau entre les mains… et le retrouver sur la péninsule ibérique ! Au-delà du suivi scientifique rigoureux, cela représente aussi beaucoup d’émotions et d’espoirs.

FHXY (bague métal CK11988) a été baguée poussin le 17 juin 2019 dans le nid faisant face au point de vue du Parc. Sur la photo, nous voyons sa bague Darvic verte sur le point d’être posée sur sa patte ! Elle a été observée le 25 septembre 2021 à Salvatierra, Alva, jolie petite ville du pays basque espagnol au sud-est de Bilbao. À trois ans en 2022, c’est l’âge habituellement où les jeunes Cigognes blanches atteignent leur maturité sexuelle et peuvent nicher au Marquenterre… ou bien ailleurs. Va-t-elle revenir nous voir au printemps ? Nous l’attendons avec impatience !

FDMY, baguée à Boismont le 9 juin 2018, a été observée à Arrozales de Arguedas, Tudela, Navarre, le 16 septembre 2021, et à Madrid le 30 octobre 2021 (Espagne).

FHXD, baguée à Boismont le 9 juin 2018, a malheureusement été électrocutée le 20 août 2018 à Sorigny, la Niverdière (Indre et Loire).

AWPA, baguée le 27 juin 2008 au Parc, a été notée le 6 mars et le 28 mai 2021 à Boismont ; elle niche en basse vallée de la Somme.

CK11798, baguée à Tigny Noyelles (62) le 20 juin 2018, a été notée à Madrid les 30 janvier 20 septembre et 14 octobre 2021 sur la décharge de Pinto.

CK1145, baguée dans le Domaine du Marquenterre le 18 juin 2007, hiverne sur le marais communal de Lairoux (Vendée) depuis 2012, et niche en 2017, 2019 et 2021 sur ce même lieu.

À suivre…

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley, Philippe Carruette

Évènement ornithologique sur notre littoral : un immature de Pygargue à queue blanche est de nouveau observé au Parc du Marquenterre ! Cet oiseau a tout particulièrement été bien suivi grâce aux progrès de la technologie. Il possède en effet sur le dos une balise Argos permettant de suivre tous ses faits et gestes. Cette jeune femelle, baptisée par les Hollandais LOANA (!!!), a été baguée poussin au nid en 2019 à Lepelaarplassen sur le polder de Flevoland au sud des Pays-Bas. Après des excursions au Luxembourg et en Allemagne en début d’année 2022, elle passe trois semaines en février en Champagne sur les grands lacs de barrage du Der et de la Forêt d’Orient. Traversant la France à l’horizontal, survolant même Paris, elle arrive sur la côte picarde le dimanche 28 février, où elle est repérée en fin d’après-midi par Quentin Libert, guide naturaliste sur le site. Elle dort sur place, puis le lundi matin elle file plein nord à 11h30, heure confirmée par les ornithologues du Parc tout comme par l’émetteur qu’elle porte sur le dos ! À 12h30, Loana est observée sur la plage du Touquet, poursuivie par des goélands ne portant par les rapaces dans leur cœur… même s’ils sont des stars ! À 18h30, elle arrive enfin sur le polder de Flevoland aux Pays-Bas…  

Les guides du Parc du Marquenterre, géré par le Syndicat Mixte Baie de Somme, commencent à apprendre à bien connaître  le comportement  de ce grand rapace – jusqu’à 2,40 mètres d’envergure et 7 kilos pour les femelles ! Par mauvais temps, il reste souvent perché dans un pin ou au sol. En effet, il n’apprécie pas du tout la pluie ou le fort vent, alourdissant sa grande voilure ! Qu’une éclaircie apparaisse, il se met en chasse de son vol lent et puissant. Certains guides l’ont croisé à quelques mètres, cela « décoiffe » ! Et tous les oiseaux décollent à son passage. Olivier Buffet, guide à la Maison de la Baie de Somme, parle même de « paquebot volant » ! Il se nourrit aussi bien d’oiseaux d’eau que de rats musqués ou de poissons, et est bien volontiers charognard. 

Mais un cadeau n’arrive jamais seul. Le 8 mars, un nouveau Pygargue, cette fois un juvénile, est observé. Il restera là aussi, une demie-journée, avant de partir vers le nord. Les photos montrent qu’il est bagué d’une bague noire (bague du programme allemand) mais les lettres ne sont pas lisibles. C’est la onzième donnée sur le Parc depuis 1973, et ce grand aigle est maintenant observé chaque année depuis 2018.  On retiendra sur ce site protégé l’hivernage de deux immatures du 28 octobre 1982 au 6 février, où les guides de l’époque ont noté de nombreuses informations sur son comportement, notamment sur sa prédation (lapins, foulques, limicoles blessés…). Deux jeunes vont aussi hiverner ici du 28 octobre 2018 au 10 février 2019, attirant de nombreux observateurs. Du 3 novembre 2020 au 17 janvier 2021, un oiseau bagué en Saxe allemande à la frontière polonaise hiverne de nouveau sur le Parc. Mais souvenir historique aussi : entre 1850 et 1900, le Pygargue était régulier en baie de Somme. En 1860, 5 oiseaux se nourrissent sur un cadavre de vache sur la plage de Saint-Quentin-en-Tourmont, et 6 sont notés en 1932 en baie de Somme !

Cet immense rapace, qui avait disparu comme nicheur en France (en Corse autour de l’étang de Biguglia) depuis 1956, hiverne régulièrement, surtout en Camargue et sur les grands lacs champenois, avec seulement une dizaine d’oiseaux chaque année pour le pays. Depuis 2011, un couple est revenu nicher en France sur le vaste étang lorrain de Lindre et un deuxième couple en 2020 au Lac du Der entre Reims et Saint-Dizier. L’espèce reste très rare au niveau européen avec une population en augmentation estimée à 3550 couples. Il fut réintroduit en Ecosse et sur l’île de Wight en Angleterre, avec le relâcher de jeunes oiseaux nés en Norvège, où la population est la plus florissante (environ la moitié des effectifs européens). Depuis peu, une dizaine de couples niche avec succès aux Pays-Bas. Ces oiseaux sont, pour les jeunes, de nouveaux hivernants potentiels pour notre région, les adultes étant très sédentaires.  

La présence en stationnement prolongé du Pygargue est strictement liée à l’existence de vastes zones humides, peu dérangées et très riches en nourriture. En effet, ce rapace au vol lent échoue souvent dans les captures d’oiseaux d’eau et cherche de grands territoires où abondent les proies faciles. Il est en cela un indicateur de la qualité et de la richesse d’un milieu, un « label rouge » en quelque sorte, ce qui est très valorisant pour notre région. Cela récompense des années d’efforts de protection et de gestion du site du Conservatoire du Littoral, et la renommée de notre territoire pour le tourisme ornithologique.

Merci au biologiste hollandais Stef Van Rijn du Wergroep Zeerend Nederland (Groupe d’étude hollandais sur le Pygargue) qui nous donné des nouvelles de l’historique de Loana, et à Mélanie Outurquin pour ses photos qui ont permis de repérer la balise blanche sur le dos de ce grand migrateur ! 

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail, Mélanie Outurquin

 

Aujourd’hui nous portons notre œil sur le fantôme des roselières. En effet, son plumage strié lui procure un excellent camouflage. Très précautionneux et assez sensible aux dérangements humains. C’est un oiseau qui est assez dur à saisir en observation. 
 
Il appartient à la famille des Ardéidés, couramment appelés échassiers. Le bec en forme de poignard en est d’ailleurs un très bon exemple. Son régime alimentaire est majoritairement composé de poissons mais il n’hésite pas également à attraper insectes, amphibiens…
 
Le Butor étoilé affectionne les étendues de roseaux bordant les eaux peu profondes. Lui permettant de pêcher à l’affût. Quand il est dérangé, il adopte une posture montée parmi la végétation. Son cou et sa tête sont tendus, le bec lui vers le ciel. Cette pose lui permet de surveiller les environs jusqu’à ceux que le danger ou l’intrus s’éloigne. 
 
La scène que vous pouvez observer dans la vidéo présente le comportement de parade d’un individu, qui a été enregistré le 14 Février au sein du poste 4 dans le Parc. C’est en effet une zone de roselière particulièrement favorable où il est régulièrement observé actuellement. 
 
Dès la fin de l’hiver et avec les jours qui rallongent de plus en plus, bon nombre d’oiseaux sont stimulés par des poussées hormonales. En vue notamment de pouvoir séduire une femelle pour pouvoir créer un couple.
 
On notera par ailleurs qu’en 2021 un individu a été observé le 30 mai dans la même zone étudiée. Cette donnée plus que sérieuse confirme encore l’intérêt d’une reproduction potentielle vers le secteur des postes 4 à 6 où les roselières bien en eau sont les plus larges.
 
Toutefois, l’observation de parades nuptiales reste exceptionnelle. Et les témoignages relatant ces faits le sont tout aussi. Les gonflements de plumes de la gorge, la présence de deux adultes proches bec en l’air sans agressivité. On traduit cela en des comportements prometteurs.
 
Un 2ème butor a aussi été aperçu dans le même coin de roselière que celui de la vidéo. Il se pourrait bien peut-être que ce soit une femelle désintéressée pour l’instant. Où tout simplement un autre mâle de passage. 
 
Quoi qu’il en soit, nous comptons bien continuer à les observer attentivement. En espérant la création d’un couple si possible ! Ce qui aboutirait peut-être à leur installation en tant que nicheur sur le site. Si cela arrivait, ça serait ainsi une 1ere pour le Parc depuis sa création.  
 
Texte: Florian Garcia (Guide Naturaliste)
Photo: Eugénie Liberelle (Guide Naturaliste)