Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

L’Autour des palombes n’est guère commun au Parc. Depuis 1973, on note 22 observations, la première ayant eu lieu en 1983. La quasi totalité des données concerne des oiseaux en migration :

  • Migration prénuptiale : 5 en mars et 2 en avril.
  • Migration post-nuptiale : 4 en août et en septembre, 5 en octobre dont un mâle photographié en migration active, 1 en novembre. 
  • Hivernage : 2 observations anciennes en janvier.

Les données semblent se multiplier récemment, avec une femelle volant en compagnie de deux Éperviers le 13 avril 2022, et un mâle probable le 1er mars 2021 toujours autour de la pinède. 

Cette femelle observée et photographiée par Didier Plouchard le 11 avril a mis un peu la panique à la héronnière ! Est-ce le même oiseau qui tournait au-dessus du point de vue le 8 avril avec un mâle d’Épervier ? Il faudra être vigilant dans les semaines à venir, les 3000 hectares de massif dunaire boisé avec de nombreuses clairières étant un milieu idéal pour la nidification d’un couple. 

La densité moyenne en France dans les habitats favorables est d’un couple pour 2500 hectares ! On dénombre 10 000 couples sur le territoire national, un nombre plutôt en augmentation.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Didier Plouchard

Enfin ! Ce lundi 10 avril, le premier Coucou gris a été entendu sur le Parc ! Toujours très régulier (comme une horloge), il s’est manifesté deux jours seulement avant l’année dernière (12 avril). L’oiseau nous est familier, notamment pour son chant particulier, mais le connaissez-vous vraiment ?

Un nom typique

Est-il vraiment nécessaire d’expliciter le sens du nom Coucou ? Car ceux qui l’ont déjà entendu sauront retrouver en ce terme l’imitation de son chant. L’adjectif « gris » se comprend aussi assez facilement au vu de son plumage.

En latin, on l’appelle Cuculus canorus. Le premier terme (prononcer « coucoulous ») se rapporte lui aussi à son chant. On peut noter que c’est de ce mot que dérive le mot « cocu », en référence au comportement « trompeur » de l’oiseau (mais nous y reviendrons). En latin, Cuculus peut aussi signifier « imbécile » et « fainéant ». Peut-être y a-t-il là aussi un lien avec ses mœurs particulières ?

Le terme canorus signifie sonore, mélodieux. Décidément, son chant marque vraiment les esprits !

Différentes formes

Le Coucou gris est… gris. Evidemment, me direz-vous. Mais, comme souvent avec les oiseaux, ce n’est pas si simple ! Il existe en fait deux formes différentes. La forme grise « classique » et une autre moins courante, dite « hépatique ». Ce mot se rapporte au foie (comme l’hépatite, maladie du foie), et fait référence à la couleur particulière que peuvent arborer certains individus. Cette comparaison reste légèrement exagérée. Le foie est rouge sombre alors qu’un Coucou dit hépatique est roux. Il s’agit d’une variation de plumage qui se retrouve surtout chez les femelles.

Un grand migrateur

Les premiers Coucous arrivent généralement début avril. Cela marque le début d’une (trop) courte période de quelques mois où leur chant résonnera dans nos campagnes. Mais dès août, les adultes s’en vont. Se nourrissant d’insectes, ils auraient bien du mal à se nourrir chez nous une fois l’hiver arrivé. Ils partent donc rejoindre des contrées plus hospitalières : les forêts tropicales d’Afrique.

Suite aux changements climatiques, on a pu noter un léger décalage dans les dates d’arrivée en Europe : on l’observe en moyenne 5 jours plus tôt que dans les années 60. Certains passereaux* au long cours (rousserolles, phragmites…) ont une date plus précoce d’environ 6 jours. Pour comparaison, les passereaux à migration plus courte (rouge-gorge, bergeronnettes…) ont vu leurs dates d’arrivée avancées d’environ 2 semaines !

Une reproduction particulière

Le Coucou gris et son cousin le Coucou geai sont les seuls oiseaux européens parasites. C’est-à-dire qu’ils pondent dans le nid d’une autre espèce. La femelle de Coucou gris cherche dans une grande zone les nids de différents passereaux en construction. Puis elle les surveille en attendant que l’hôte commence la phase de ponte. Sitôt que les parents s’absentent, la femelle Coucou va rapidement se poser sur le nid, enlever un œuf (pour éviter que les parents ne se rendent compte qu’il y en a un en trop) puis pondre le sien à la place. Si l’endroit est trop petit, elle peut déposer son œuf au sol puis le transporter dans son bec jusqu’au nid. De cette manière, elle peut pondre une douzaine d’œufs en quelques jours. Une femelle parasitera plutôt les nids de l’espèce qui l’a élevée.

Le poussin de Coucou naît après 12 jours de couvaison, souvent avant les poussins de l’hôte. Durant ses 4 premiers jours de vie, il éjecte du nid les autres œufs et poussins jusqu’à ce qu’il reste seul. Les parents adoptifs se concentreront alors sur lui pour le nourrir pendant environ 3 semaines, y compris quelques jours après avoir quitté le nid. Durant cette dernière phase, ses appels insistants et sa gorge colorée peuvent aussi attirer d’autres oiseaux. Un même poussin peut alors être nourri par plusieurs couples de différentes espèces.

Plus de 50 espèces peuvent être parasitées par le Coucou gris comme le rouge-gorge et même le troglodyte ! Cependant, suite aux décalages de dates de migration, certains oiseaux tendent à être de plus en plus parasités. C’est le cas de migrateurs au long cours tels que les rousserolles et phragmites. Comme les espèces migrant peu ou pas commencent leur reproduction plus tôt, le Coucou arrive trop tard pour en profiter. Il se rabat donc sur les oiseaux arrivant presque en même temps que lui. Ainsi, on constate un parasitisme 2,5 fois plus élevé sur la Rousserolle effarvatte que dans les années 1960.

*Le Coucou gris n’appartient pas à l’ordre des Passeriformes (communément appelé passereaux) mais à l’ordre des Cuculiformes. Ces ordres restent néanmoins assez proches sur différents plans. Les Coucous dépendent d’ailleurs de passereaux pour se reproduire.

Texte : Quentin Libert / Illustration : Estelle Porres

Le printemps s’installe peu à peu dans les dunes du Marquenterre et, avec lui, la migration prénuptiale s’accélère ! Les premiers chants de Coucou gris et de Rossignol égaient nos oreilles, tandis que dans la héronnière, Spatules blanches et Aigrettes garzettes s’affairent au bricolage de leur nid. Côté marais, les Grèbes à cou noir s’installent gaillardement aux abords de la colonie de Mouettes rieuses et mélanocéphales, de plus en plus… bruyante. Les Barges à queue noire qui stationnent depuis plusieurs semaines dans le secteur sont chaque jour plus rutilantes ; elles auront bientôt « revêtu » entièrement leur plumage nuptial, et seront fin prêtes pour rejoindre l’Islande où elles nicheront. D’autres limicoles se joignent à la fête : Courlis corlieux, Chevaliers arlequins et aboyeurs, Echasses blanches… Quelle joie de les retrouver ! Pour en savoir plus, voici le dernier comptage effectué sur la Réserve : Comptage du 18 avril 2023.  

En ce début de saison des amours, nous avons eu la joie d’entendre une Mésange noire chanter ! Plus encore, un individu a été observé prospectant des nichoirs. Il s’agit de très bons indices d’une reproduction. Or, cela n’avait pas été observé depuis 1994 sur le Parc !

La Mésange noire est un oiseau appréciant les forêts de conifères. Son installation près de la héronnière et du point de vue, au cœur de la pinède, n’est donc pas surprenante. En France, on la retrouve surtout dans les massifs montagneux, où ces boisements sont courants. Son habitat est cependant en régression, ce qui entraîne une diminution des couples nicheurs.

Cette espèce n’est pas si commune durant la période de reproduction sur le territoire national. On estime en effet entre 500 000 et 800 000 le nombre de couples nicheurs, contre 4 à 8 millions chez la Mésange charbonnière, à titre de comparaison. La Mésange noire est nettement plus fréquente pendant la mauvaise saison. En effet, les populations nicheuses importantes dans le nord de l’Europe peuvent descendre chez nous lors des hivers rigoureux ou pauvres en graines de conifères, dont elles se nourrissent. Cela donne lieu, certaines années, à d’impressionnantes irruptions lors desquelles on peut observer un grand nombre d’individus.

Texte : Quentin Libert / Illustrations : Alexander Hiley

En ce weekend pascal, les oiseaux font leur show au Parc du Marquenterre, à l’image de ces fiers Tadornes qui roulent les mécaniques pour séduire leur belle ! La « chasse » aux œufs a débuté pour de nombreux couples qui les couvent assidument. Signalons d’ailleurs l’heureuse naissance de deux poussins de Foulques macroules, qui font la joie de leurs parents… et des visiteurs attendris. Les premières Echasses blanches sont de retour, tandis que Canards pilets et Sarcelles d’hiver nous quittent peu à peu. Pour tout savoir de ces changements printaniers, consultez le dernier comptage : Comptage du 7 avril 2023.

C’est toujours un plaisir d’avoir des nouvelles des Cigognes blanches que nous baguons poussins au Parc ou dans les proches environs… surtout quand elles sont vivantes !  

  • Bague verte FMIA CK14651 : Bagué sur la réserve biologique de Merlimont (Pas-de-Calais) le 30 mai 2019. Observé du 24 avril au 29 mai 2022 à Langon au sud de Rennes en Ille-et-Vilaine (35). L’espèce reste encore assez rare en Bretagne. À cette date et à l’âge de 3 ans, cet oiseau peut être un nicheur potentiel.
  • Bague verte FMIB CK14652 : Bagué le 30 mai 2019 à Merlimont (62). Noté le 17 avril 2022 à Sallertaine en Vendée.
  • Bague verte FBIB CK11125 : Bagué le 16 juin 2015 au Parc (nid du point de vue). Noté le 19 mars 2022 à Châteauneuf (Vendée). Depuis juillet 2016 où elle était sur le centre d’enfouissement de Boismont (80), elle n’avait jamais été revue.
  • Bague blanche AFFA. Baguée au Parc le 11 juin 2004. Une habituée du lieu à l’automne et en début de printemps, mais elle est bien loin d’être observée tous les ans ! Elle est revue pour la première fois le 1er décembre 2007 en Gironde au Parc du Teich.  Aucune observation d’elle en suite avant… 2015 ! Et pas d’observation en 2016 et 2017. En 2018 elle a hiverné au centre d’enfouissement de Valembray (Calvados). Des observations en mai 2022 au Parc laissent à penser qu’elle doit nicher sur le secteur. Elle est notée dans les prairies du Parc le 13 mars 2023. Il y a encore bien des mystères à percer sur cet oiseau de près de 19 ans !  

À noter que François Méranger du Syndicat Mixte Baie de Somme a observé une Cigogne blanche baguée jaune 1984 en basse vallée de la Somme près d’Abbeville le 18 février 2023. Elle a été baguée le 12 juin 2019 à Muizen, au zoo de Plackendael (Belgique) où un programme de reproduction d’oiseaux sauvages est mis en place.  

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail

Le 23 mars une première Hirondelle rustique est observée à Canteraine près de Rue en fin d’après-midi. Aussitôt, elle rentre dans « son » atelier où elle a niché l’année dernière. C’est un mâle porteur d’une bague ; il n‘a pas oublié son logement des années précédentes. Il a pourtant traversé une grande partie du continent africain, en provenance du Congo ou de Centrafrique. Il en a ainsi vu des paysages, des villes, des déserts et des forêts équatoriales… pour retrouver une simple maison de la campagne picarde ! Il sera rejoint par un second oiseau le 25 mars.

Le même jour, deux oiseaux sont observés au Parc du Marquenterre, trois en baie de Somme et un à Larronville, hameau de Rue également. On voit qu’un premier passage d’« éclaireuses » a atteint le nord de la France malgré le mauvais temps qu’elles ne peuvent pas prévoir au gré de leurs déplacements diurnes, seules ou en groupe lâche. Chaque soir, elles doivent se poser en dortoir, le plus souvent dans des roselières, ou alors des arbres, des édifices, le plus à l’abri possible du vent et des intempéries. 

Les nicheurs dans les ateliers de travail derrière le pavillon d’accueil arrivent généralement plus tard (le 2 avril 2022, le 29 mars 2021, 8 avril 2020, et 23 mars 2019). Globalement, les premières Hirondelles rustiques reviennent sur notre littoral 10 jours plus tôt qu’il y a 30 ans. Dans l’ordre, les dates les plus précoces sur le Parc sont le 10 mars 1993, 11 mars 2009, 12 mars 1990 et 2017, et 13 mars 2015.

Texte et illustration : Philippe Carruette

Un Busard des roseaux immature survole la roselière de son vol chaloupé. Arrivé au-dessus des prairies inondées du poste 7, il provoque le décollage général des Barges à queue noire et des canards. Son objectif est simple : repérer un oiseau affaibli qui ne peut s’envoler.

Le rapace décèlera rapidement la moindre faiblesse, ce qui orientera sa prédation vers cette proie plus facile. Seul espoir pour elle : aller à l’eau, où le rapace aura plus de mal à la capturer. Grâce au vol plané ne nécessitant que de rares battements d’ailes, le busard utilise peu d’énergie, ce qui est bien utile puisque ces survols sont réguliers… et les captures bien peu fréquentes !

Dès que l’oiseau de proie s’est éloigné, l’ensemble des « décollés » se repose quasiment au même endroit. En compensation du stress, tous se mettent à faire une ébauche de toilette ; chez d’autres espèces, comme les Avocettes élégantes nicheuses locales, on observe aussi une recrudescence des accouplements après les moments de tension. 

 

Mais si c’est un dérangement humain,  l’attitude est bien différente. ! Les oiseaux prennent de l’altitude et quittent le lieu pour d’autres plans d’eau… ou définitivement s’ils sont arrivés récemment en halte migratoire !

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail