En cheminant le long des prairies humides du Parc, notre regard s’arrête sur une fleur d’Eupatoire chanvrine enveloppée dans un dôme de soie. Serait-ce là le piège mortel patiemment tissé par une araignée gourmande ? Au contraire ! Il s’agit d’un écrin protecteur, promesse de vie : à l’intérieur, des dizaines de petites Pisaures admirables (Pisaura mirabilis) grandissent bien à l’abri, sous la vigilance de leur mère. C’est d’ailleurs ce comportement maternel exemplaire qui a inspiré ce nom…

Mais déroulons le fil de l’histoire. Tout commence par un cadeau : celui qu’offre le mâle Pisaure à sa “douce”. Afin de se faire accepter par l’élue de son cœur, celui-ci lui présente une proie qu’il a préalablement capturée. Stratégie plutôt maligne, puisqu’elle lui évite d’être dévoré par sa belle affamée ! Car chez la plupart des araignées, on ne se refuse jamais un petit plaisir cannibale… 

Tandis qu’elle est occupée à consommer cette offrande nuptiale, l’accouplement peut avoir lieu. Il dure environ une heure. C’est alors que le qualificatif de la Pisaure prend tout son sens : au lieu de déposer ses œufs dans un coin et de les abandonner aux aléas de la vie – non sans leur souhaiter bon courage… -, la brave mère prend le soin d’envelopper sa ponte dans un cocon parfaitement sphérique, sur lequel elle veillera assidûment jusqu’à l’éclosion. Elle le transporte à l’aide de ses chélicères, petites pinces situées à proximité de sa bouche.

Quand la naissance approche, Maman Pisaure ne chôme pas : elle confectionne une cloche de soie dans la végétation, au sein de laquelle elle fixe délicatement le cocon. Elle demeurera auprès de cette pouponnière durant les premières phases de développement de ses rejetons, jusqu’à ce qu’ils soient capables de se débrouiller seuls. Admirable, n’est-ce pas ? 

Dans quelque temps, les petits deviendront de belles araignées grises ou brunes, mesurant de 10 à 16 millimètres. Vous les reconnaîtrez à la ligne claire qui traverse la large bande sombre de leur céphalothorax. Leur abdomen, plus mince à l’arrière, leur confère une silhouette générale svelte et élancée. 

Notons que si cette araignée, très commune, est une fileuse prodigieuse quand il s’agit de bâtir des nurseries, en revanche, elle ne tisse pas de toile pour capturer ses proies. En effet, elle préfère chasser au sol, poursuivant en courant insectes en tous genres… ou mâles négligents qui auraient oublié leur offrande !

Texte : Cécile Carbonnier / Illustrations : Cécile Carbonnier, Marion Mao