Ce n’est pas une nouvelle fable inédite de Jean de la Fontaine – Picard et fin observateur de la nature au demeurant – qui vient d’être découverte sur le Marquenterre, mais la rencontre avec la Petite biche (Dorcus parallelipipedus). Cet insecte coléoptère appartient à la famille des Lucanidae, comme le Lucane cerf-volant, qui est bien moins commun. Dorcus en latin signifie « chevreuil, gazelle » du fait des mandibules rappelant un bois de chevreuil, et l’épithète parallelipipedus est dû à la forme de l’insecte, un rectangle noir allongé.

La Petite biche n’est guère difficile à observer de mai à septembre, vue son extrême lenteur, qui confine à l’immobilisme… bien qu’elle soit capable de voler. L’organisation d’une course avec une tortue ou un escargot ne la rendrait certainement pas victorieuse ! 

Elle se nourrit plutôt de sève s’écoulant des arbres, mais n’a pas dédaigné cette fois-ci une part de melon abandonnée. Comme pour tous ces collègues lucanes caparaçonnés, les larves de type gros vers blancs arqués sont saproxylophages, digérant le bois mort sur pied ou au sol grâce à une étonnante flore intestinale composée de bactéries cellulosiques. Cet aliment, guère énergétique, fait que larve dodue se développe sur un cycle de 2 à 3 ans avant de devenir adulte volant. Chez nous, elle apprécie les vieilles saulaies. Elle est un élément essentiel à la dégradation du bois mort, tout en étant elle-même une source de nourriture importante pour nombre de prédateurs, comme les pics.

Comme disait Louis de Funès : “Ma Biche” a encore bien des choses à nous apprendre…

Texte et illustration : Philippe Carruette