Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Samedi 20 août, un juvénile de Chevalier stagnatile est observé au poste 2 lors du stage ornithologique sur la découverte des limicoles (les organisateurs font bien les choses !). Ce bel échassier est un grand migrateur, nicheur dans les marais et la taïga du centre de l’Eurasie, de l’est de la Biélorussie au lac Baïkal. Il passe annuellement en France en petit nombre – 85 observations en moyenne par an -, de mi-mars à début mai (avec un pic en avril) et de fin juin à septembre (avec un maximum en août), surtout en Méditerranée. Il s’agit le plus souvent d’individus isolés. En effet, la majorité des oiseaux migrent par l’est de l’Europe (Bosphore, Eilat, Sinaï…)  pour  hiverner en Afrique de l’Est et dans le sud du Moyen-Orient. 

C’est un chevalier tout en élégance, facile à reconnaître, avec son allure élancée d’Échasse juvénile – comme pour elle, ses tibias sont démesurés -, un long bec fin en forme d’aiguille, et un port de tête porté vers le bas. La manière de se nourrir fait penser à celle du Chevalier arlequin, très métronome. Sa taille est intermédiaire entre celle du Chevalier culblanc et du gambette. Son cri ressemble au son flûté du Chevalier aboyeur. Moralité : il possède un peu des caractéristiques de tous les autres chevaliers pour être lui-même ! 

Sur le Parc, il n’a pas été observé de 1973 à 1984. De 1985 à 1992, il a été aperçu à 5 reprises entre les deux passages migratoires : 1 le 23 avril 1992, 1 les 11 et 12 mai 1985, 1 début mai 1986, 1 le 29 juillet 1989, 1 du 5 au 18 août 1992. De 1994 à 2021, les observations s’intensifient (extension de la population nicheuse vers l’ouest en Finlande et en Pologne) mais restent très irrégulières : 1 du 27 juin au 12 septembre 1990,  1 du 8 au 28 juillet 1994, 1 le 15 août et 2 le 16 août 1994, 1 immature du 27 juin au 14 août 1995, 1 le 19 mai 1996, 1 les 26 et 28 juin 1997, 1 le 6 juillet 1997, 1 le 9 août 1997, 1 du 31 août au 2 septembre 2009, 1 le 12 septembre 1994. Les  migrateurs de printemps sont à l’inverse maintenant devenus plus rares : 1 du 23 mars 2003 au 20 avril 2003, 1 le 4 avril 2015, 1 le 12 mai 2021.

Hélas notre beau limicole n’a pas stagné : le lendemain il n’était plus là, mais de nombreuses personnes ont pu quand même en profiter. Dernier détail : stagnatile vient du latin stagnatilis qui signifie “étang d’eau non courante”. 

Merci à Delphine Potoski, avec qui nous avons eu le plaisir de partager cette belle observation, pour ces deux photos de notre star d’un jour !

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Delphine Potoski

Alors que la rentrée scolaire se profile à l’horizon pour notre poussin d’Huîtrier pie qui devra suivre assidûment (et prestement !) l’apprentissage de ses parents-professeurs pour glaner sa nourriture, l’heure est au grand chassé-croisé pour la plupart des oiseaux migrateurs : quelle diversité sur le Parc ! Entre les nicheurs encore présents (Avocettes élégantes, Spatules blanches et Grands Cormorans pour ne citer qu’eux), l’arrivée des premiers hivernants (Bécassines de marais, Sarcelles d’hiver et autres canards en tous genres), et le passage de ceux qui ne feront ici qu’une pause (limicoles venant du Grand Nord et filant droit vers l’Afrique), on ne sait plus où donner de la jumelle ! Et, cerise sur la vasière, un Phalarope à bec étroit a même osé montrer le bout de son bec… Quel bonheur !

Pour consulter le comptage complet, il suffit d’un clic !

-> Comptage du 29 août 2022

« Siiii » ! Petit cri annonciateur de l’éclair qui va suivre. On lève la tête, sur le qui-vive, à la recherche de l’origine de ce son. Une flèche bleue et orange passe alors, et en une fraction de seconde la voilà déjà disparue. L’observation n’a duré qu’un bref instant mais, malgré tout, nous emplit de joie. Nombreux sont ceux espérant le voir au détour d’un cours d’eau, et même les plus novices connaissent son nom : le Martin-pêcheur.

Depuis quelques semaines, sa présence s’intensifie sur le Parc. Ils l’ont déserté au printemps, à la recherche de berges hautes où ils pourraient creuser leurs terriers. Mais maintenant que les jeunes de la dernière couvée sont indépendants, ils se dispersent et nous font l’honneur de leur présence. Le Martin-pêcheur est visible un peu partout sur le Parc, mais certains secteurs sont plus propices. La clôture du poste 1, située sur l’eau, est un perchoir apprécié. Les arbres des postes 9 et 10 semblent aussi attrayants. Il est cependant observé en vol un peu partout, même au poste 13 !

Mais alors, pourquoi s’appelle-t-il Martin ?

De nombreuses hypothèses existent, aucune n’étant complètement satisfaisante.

Néanmoins, nous pouvons noter qu’il était autrefois appelé « Martinet-pêcheur ». Une analogie entre deux espèces qui peut s’expliquer par leur déplacement plutôt rapide et une silhouette en vol assez arquée (bien que le martinet le soit nettement plus). D’ailleurs, dans certaines régions on appelle le Martin-pêcheur « Martinet » et le Martinet « Martin ». L’évolution de Martinet à Martin est plutôt floue.

Une autre hypothèse est liée à Saint-Martin. L’histoire raconte : « Un jour, voyant des oiseaux pêcheurs se disputer des poissons, il explique à ses disciples que les démons se disputent de la même manière les âmes des chrétiens. Et les oiseaux prirent ainsi le nom de l’évêque ; ce sont les Martins-pêcheurs. »

Il peut aussi s’agir d’un mélange de ces deux hypothèses, ou bien une toute autre raison. Comme l’Histoire, l’étymologie est parfois (voire souvent) incomplète ou hypothétique…

Texte : Quentin Libert / Illustration : Eugénie Liberelle

Ça y est, la migration postnuptiale (de l’aire de reproduction vers l’aire d’hivernage) a commencé pour les oiseaux de la famille des Scolopacidés. Cette famille regroupe entre autres les barges, courlis, avocettes et chevaliers, qui sont des oiseaux limicoles : ils se nourrissent dans les milieux vaseux. La baisse des niveaux d’eau en été dans le Parc leur est favorable, puisque les vasières et zones dénudées leur servent de garde-manger et de reposoir.

L’oiseau qui nous intéresse aujourd’hui est un chevalier très reconnaissable à son comportement, qui lui a même valu son nom. Il s’agit du Chevalier guignette (Actitis hypoleucos) dont l’épithète vient du vieux français « guignier » signifiant « faire signe ». En effet, à l’arrêt ou même en se déplaçant, le Chevalier guignette hoche la queue de bas en haut, de manière assez rythmée, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo : https://youtu.be/Z7LryW_11Hc.

Ce petit chevalier de 21 centimètres niche en juin dans les taïgas du nord de l’Europe, avant de descendre passer l’hiver en Afrique de l’ouest. C’est au cours de ses haltes migratoires dans les marais d’eau douce ou saumâtre européens que l’on peut l’observer. Au Parc, il est ainsi présent d’avril à mai puis de juillet à septembre, avec un maximum de 68 individus observés sur l’ensemble du site le 8 août 2021 !

Lors de vos promenades, n’hésitez donc pas à scruter les berges à découvert, à la recherche de ce chevalier en train de trottiner en quête de petites proies à glaner !

Merci à Jean Bail pour ses deux photos de notre sympathique rase-motte aux mœurs plutôt solitaires. Et si vous regardez attentivement, vous remarquerez que sur le premier cliché, il guette de son œil gauche un potentiel danger venu du ciel…

Texte : Solène Bischoff / Illustrations : Jean Bail, Solène Bischoff

Les grandes marées de ce mois d’août ont été une véritable féerie : ce sont plusieurs milliers de limicoles et de laridés qui se sont regroupés le long de la digue du Marquenterre, poussés par le flot, patientant sagement le temps de l’étale avant de retrouver les zones de vasières favorables pour leur halte migratoire. Et quel bonheur d’entendre les cris des Sternes caugeks, pierregarins et naines bravant la chaleur estivale ! Dans le Parc, les canards, discrets dans leur plumage d’éclipse, barbotent tranquillement dans les étangs encore inondés, tandis que cormorans et aigrettes profitent des niveaux d’eau bas pour pêcher collectivement. Envie d’observer des Bécassines des marais en train de sonder la terre humide à l’aide de leur bec démesuré ? C’est le moment ! 

Pour consulter le programme complet du spectacle de l’avifaune sauvage, c’est ici : Comptage du 15 août 2022 !

Nous vous avions relaté il y a quelques semaines l’observation sur le Parc d’une Mouette mélanocéphale belge âgée de 19 ans. Ce record de longévité sur le site vient d’être pulvérisé avec la présence d’un oiseau de nouveau belge bagué poussin le 27 juin 1998 sur la colonie des usines Solvay sur le port d’Anvers – rien ne vaut une bonne zone industrielle !

De 1998 à 2013, elle passe tous ses étés et automnes au Portel, près de Boulogne-sur-Mer, généralement à partir de fin juin (au plus tôt) jusqu’à fin octobre (au plus tard). Une seule exception : du 24 au 31 juillet 2002, elle s’accorde un court séjour aux Sables d’Olonne en Vendée. On sait depuis 2008 qu’elle hiverne au Portugal à Vila Nova de Milfontes, près d’Odemira, histoire de profiter du soleil et de la campagne ! 

Elle est observée en période de reproduction sur son lieu de naissance, à Anvers. Pendant trois ans, de 2015 à 2017, elle ne donne pas signe de vie : il est probable que la bague plastique blanche 3S58 visible à la longue-vue se soit perdue par usure. Il y aura un unique dernier contact grâce à la bague métal E910041, du 2 août au 5 août 2019 à Boulogne-sur-Mer.

Hélas, tout ce récit aurait dû être écrit au passé, puisque notre mamie très casanière sur ses lieux de villégiatures a été retrouvée morte de l’influenza aviaire H5N1 le 20 juillet 2021 au Parc, alors qu’elle était sur sa période de dispersion et migration postnuptiale…  

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Le mois d’août tient toutes ses promesses au Parc du Marquenterre : la migration postnuptiale des limicoles bat son plein ! La table ronde de la baie de Somme accueille depuis quelques jours Chevaliers arlequins, gambettes, guignettes, aboyeurs et culblancs, en quête de leur Saint Graal : les invertébrés de nos vasières. Se mêlent à eux quelques Combattants variés tout décoiffés, un joli groupe de Barges à queue noire qui profitent de leur escale pour changer de plumage, et même un Bécasseau de Temminck, frêle boule de plumes aux pattes jaunes. 

Pour avoir le détail complet du dernier comptage, il suffit d’un clic !

-> Comptage du 10 août 2022 

Discrète, elle se faufile entre deux roseaux… pour venir se nourrir d’insectes et de graines sur une vasière en assec. Le moindre bruit, l’ombre d’un survol la font se réfugier dans la forêt aquatique qui se développe au pied du poste 4. Il faut dire que la Marouette de Baillon ne fait que 40 à 50 grammes, soit la masse d’un étourneau, et qu’elle passe sa vie dans la végétation palustre, sortant plutôt le soir. Mesurant à peine 18 cm, elle pourrait être confondue avec un autre membre de la famille des Rallidés, la Marouette poussin (Zapornia parva). Toutefois la Marouette de Baillon ne possède pas de rouge à la base du bec, contrairement à sa cousine. De plus, elle a des ailes courtes et des barres noirâtres et blanches assez importantes sous l’arrière de son corps.

C’est la première observation sur le Parc depuis 1973 (la 318ème espèce en 50 ans). Notre petite vedette est rare au niveau européen, avec une population extrêmement fragmentée estimée entre 760 et 3200 couples (Espagne, Roumanie, Russie, Ukraine…). Elle est d’ailleurs classée en Danger Critique (CR) sur la Liste rouge des oiseaux nicheurs en France métropolitaine (2016). Mais sa population est très mal connue ; l’atlas des Oiseaux de France 2000-2012 l’estime entre 0 et 7 couples ! Toutefois la discrétion de ce petit oiseau ne facilite guère ses contacts :  la Marouette de Baillon se faufile dans son milieu avec une extrême prudence, comme vous pouvez le voir sur la vidéo en lien ci-joint prise dans le Parc le 28 juillet : https://youtu.be/0liK-lMZDnM

De plus, sa présence en période de nidification ne peut être confirmée souvent que par des écoutes nocturnes de son chant aux notes sèches et très courtes – souvent comparé à un ongle grattant les dents d’un peigne – de faible portée (200 à 300 mètres). Il peut alors facilement se confondre avec celui des batraciens, eux aussi en plein concert à cette époque dans les scirpaies et cariçaies.

Une étude spécifique menée en 2021 par Benjamin Blondel, Tristan Guillebot de Nerville et l’équipe scientifique de Blanquetaque a permis la confirmation de plus d’une dizaine de mâles chanteurs en plaine maritime picarde. Une remarquable nouvelle, mais qui a demandé beaucoup de patience, de travail et de temps nocturne pour ceux qui l’ont réalisée ! En Camargue, Damien Cohez, conservateur de la réserve régionale de la Tour du Valat (et ancien guide du Parc !), a entrepris le même travail au printemps 2020, permettant de recenser 15 à 16 mâles chanteurs… alors que l’espèce était considérée comme rarissime dans ce haut lieu de l’ornithologie française.

Il s’avère que ce petit oiseau est depuis quelques années plus remarqué en France, ce qui, pour une fois, est une bonne nouvelle. Mais cela semble être pour beaucoup l’effet des sécheresses drastiques au sud de l’Espagne et du Portugal qui feraient remonter les oiseaux plus au nord. L’espèce a besoin de bas marais inondés certes à faible niveau d’eau (moins de 30 cm), mais l’aridité qui règne dès la fin de printemps rend nombre d’habitats défavorables. Les conditions hydrologiques sont donc un des facteurs essentiels au maintien de la marouette dans notre région. Migratrice, cette espèce hiverne en Afrique du Nord et au sud du Sahara.

Mais qui était Baillon ? Et bien cocorico ! Un naturaliste des Hauts de France ! Louis Antoine François Baillon (1778-1855) est né à Montreuil-sur-Mer (vallée de l’Authie, Pas-de-Calais) mais passe une grande partie de sa vie à Abbeville, où il meurt. Passionné de nature comme son père, il correspond très vite avec les « grands » de l’époque que sont Cuvier et Buffon. Il travaille quatre ans comme assistant au Jardin d’Histoire Naturelle de Paris (le futur Museum). Il publie la Flore du département de la Somme et s’intéresse à toute la faune locale. À l’époque, les espèces sont systématiquement prélevées et échangées entre passionnés et muséums d’Europe. En 1819, il envoie un rallidé inconnu, capturé en Picardie, à Louis-Pierre Vieillot, ornithologue de renom originaire de Seine-Maritime (hélas bien oublié). Celui-ci baptise cette nouvelle espèce Rallus bailloni notre fameuse Marouette de Baillon ! Mais le naturaliste allemand Simon Pallas avait déjà décrit l’espèce en 1804 ; elle gardera le nom de Porzana pusilla. Néanmoins le nom de notre naturaliste local est resté dans la dénomination française… et britannique – Baillon’s crake – le Brexit n’était pas encore d’actualité… !

La Marouette ponctuée est observée quasiment chaque année sur le Parc ; la Marouette poussin, quant à elle, n’a fait l’objet que de 3 observations (1990 et 2007) en 50 ans. 

Nota bene : Si vous voulez en savoir plus sur le nom des oiseaux, et ne pas oublier quelques-uns de ceux qui les ont observés bien avant nous – nous permettant de fonder notre passion ! – nous vous conseillons ce livre remarquable : L’étymologie des noms d’oiseaux de Pierre Cabard et Bernard Chauvet, aux éditions Belin.

Texte : Philippe Carruette, Florian Garcia / Illustrations : Florian Garcia