Pluies diluviennes, vent fripon, feuilles mortes qui tourbillonnent… L’automne est bien là, escortée de son cortège de champignons qui profitent des températures douces pour sortir de terre. Aux abords des chemins du Parc, de petits cylindres blanchâtres ont ainsi fait leur apparition. Il s’agit du Coprin chevelu (Coprinus comatus), dont le chapeau, tel un fourreau, enveloppe le pied long et délicat. On le reconnaît facilement à sa cuticule méchuleuse : la peau mince le recouvrant est garnie de fines écailles, comme autant de petites mèches molles qui lui donnent un aspect échevelé, d’où son épithète capillaire… D’ailleurs, les Anglais le surnomment “lawyer’s wig”, littéralement “perruque d’avocat” ! À mesure qu’il vieillira, il prendra la forme d’une cloche. Ses lamelles, roses d’abord, noirciront peu à peu, jusqu’à se liquéfier totalement lorsqu’il sera parvenu à maturité. Cette “goutte d’encre” sera chargée des spores transportés ensuite par le ruissellement des eaux, et non par le vent. 

Ce champignon aime les sols sableux, riches en azote. Comme tous les êtres saprophytes, il est capable de décomposer la matière organique non vivante afin de se nourrir de certaines des substances résultant de cette dégradation. Véritable professionnel du recyclage, il participe ainsi à la formation de l’humus. L’un de ses substrats préférés ? Le crottin de cheval. Son étymologie ne s’y trompe pas, puisqu’en Grec, copros signifie… ‘’fumier’’ ! À chacun ses goûts. Celui du Coprin, frit ou poêlé, est d’ailleurs légèrement sucré, et certains grands chefs en font un mets d’exception !

Attention toutefois, il faut le cueillir très jeune et frais, et le consommer dans l’heure. Ses propriétés déliquescentes en font un champignon fragile qui se détériore très vite ; dès qu’il noircit, il peut devenir toxique ! D’autre part, il accumule les métaux lourds ; il ne faut pas le récolter sur des zones polluées. Enfin, ne le confondez pas avec son cousin, le Coprin noir d’encre (Coprinopsis atramentaria). Ce dernier est comestible, certes, à condition de ne pas boire une goutte d’alcool pendant 72h ! En effet, la coprine empêche la métabolisation de l’éthanol par le foie ; alors, c’est l’effet Antabuse assuré : rougeurs, nausées, palpitations, confusion mentale, collapsus… Le plus sûr reste donc de le dévorer… des yeux !

Texte et illustrations : Cécile Carbonnier