Le temps semble tourner au ralenti dans la touffeur caniculaire de ce début du mois d’août. Pourtant, au sol, un insecte s’affaire, silhouette effilée et tremblante dans les brumes de chaleur. Il ne s’agit pas d’un mirage, mais de l’Ammophile des sables (Ammophila sabulosa) que les températures assommantes rendent hyperactive.

Ce bel hyménoptère noir, long d’une vingtaine de millimètres, se reconnaît à son abdomen fortement pétiolé, dont les premiers segments semblent éclaboussés d’une goutte de sang brun-rouge. Ses longues pattes ébène et ses ailes légèrement teintées, aux nervures foncées, parfont le corps mince et brillant.

L’élégante guêpe n’est pas seule : elle tient entre ses mandibules une chenille blanche et jaune, légèrement velue, qu’elle traîne péniblement sur le sable brûlant. La proie, plus grosse que la chasseresse, a été paralysée d’un coup d’aiguillon. Complètement groggy, elle ne pourra pas lutter contre son sort.

Un instant, l’Ammophile relâche son étreinte et court sur le sol, agitant énergiquement ses antennes. Tout à coup, elle s’arrête, et creuse le sable avec ses tarses ; elle met à jour une fine galerie : c’est l’entrée du terrier dans lequel elle s’apprête à ensevelir la chenille. Au fond du trou, qui mesure entre 5 et 20 centimètres de profondeur, la guêpe fouisseuse a pondu un œuf solitaire. La larve, bien à l’abri sous le sable, pourra se délecter de la nourriture fraîche que lui apporte son parent. Dans un rayon de 150 mètres environ, l’Ammophile des sables peut ainsi créer une dizaine de nids, qui accueillent chacun une cellule unique.

Une fois la proie enterrée vivante, l’insecte ressort de la galerie, qu’elle obture et scelle soigneusement à l’aide d’une brindille. Cette dalle protectrice sera un rempart contre l’intrusion d’éventuels prédateurs, mais aussi de congénères opportunistes ! En effet, les cas de cleptoparasitisme ne sont pas rares chez l’Ammophile des sables : au lieu d’aller chasser, il arrive qu’elle pille un terrier existant, et récupère ainsi sans effort les proies capturées pour la progéniture d’une autre. Si l’œuf est encore présent sur la chenille, elle s’en débarrassera avant d’enfouir à son tour le butin volé…

Texte et illustrations : Cécile Carbonnier

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