Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Au point de vue en matinée du 6 mars 2025 résonnent des miaulements dans le ciel… C’est parti, voilà revenues les Mouettes mélanocéphales ! Certaines remontent vers le nord – normal, on est en migration prénuptiale -, d’autres descendent étonnement vers le sud ! Sur la grande colonie nicheuse future du poste 2, les effectifs changent tous les jours, avec des pics en soirée. Bref, ces oiseaux ont la bougeotte en permanence. 

Il y a quelques années, on pensait qu’elles cherchaient à s’installer sur les colonies les plus productives, celles à gros effectifs comme la zone industrielle d’Anvers en Belgique (plus de 4000 couples), mais les oiseaux bagués et leurs comportements ont éclairé nos lanternes et nous ont permis de “penser mouettes”. 

Nos Mouettes rieuses nicheuses arrivent du centre de l’Espagne, pour beaucoup déjà en couple, surtout si elles ont réussi l’année dernière leur reproduction sur les îlots. Tout est immédiatement “bien rangé”, avec les distances de tolérance entre chaque idylle, même si les cris grinçants résonnent de partout, notamment lors de différends entre voisins (toute ressemblance avec une espèce bien connue et indépendante de notre volonté…). 

Pour la Mouette mélanocéphale, c’est bien différent : on arrive en solo, en groupe disparate, de partout, c’est-à-dire de toute l’Europe, en mode nomade et dispersé. Le but : se poser sur des endroits où il y a des collègues déjà en stationnement et retrouver… son compagnon ou sa compagne de l’année dernière ! Et pour cela, au diable la sobriété énergétique, on va parcourir des centaines de kilomètres pour arriver à ses fins et visiter en mars avril les meilleurs spots de rencontres d’Europe.

Et le Marquenterre – au centre des grandes colonies belges, hollandaises mais aussi françaises (Noirmoutier, lagune de Bouin en Vendée, Seine-et-Marne ou encore Blois) – est un must à ne pas rater pour trouver l’âme sœur ; un véritable meeting spot pour Mouette mélanocéphale ! 

Ce sont les oiseaux bagués qui nous ont progressivement révélé leurs secrets intimes. Généralement se sont des mâles belges et hollandais qui arrivent les premiers chez nous. Mais on en apprend aussi tous les jours grâce aux discussions entre passionnés de ces oiseaux étonnants – merci Camille Duponchel, Alain Le Dreff, Renaud Flament, Régis Marty… et tant d’autres ! 

Quelques exemples concrets de curriculum vitae de Mouettes mélanocéphales globe-trotteuses qui viennent tout juste d’arriver en 2025 :

 

  • 3VT7 : Une première visite sur le Parc, où elle n’avait jamais été observée, le 20 mars 2025. Baguée adulte le 17 mai 2021 aux Pays-Bas à Den Bommel (Zuid Holland). C’est une adepte de la villégiature à Wissant (Pas-de-Calais) d’août à novembre. Elle est notée en hivernage le 15 décembre 2023 à Portland dans le Dorset anglais et le 06 avril 2023 sur la réserve RSPB de Elms dans l’East Sussex. 
  • 3154 : Baguée adulte le 12 mai 2018 sur la colonie Total du port d’Anvers en Belgique. Elle connaît déjà le Marquenterre avec sa présence le 19 mars 2021, le 18 mars 2022, et elle y revient le 12 mars 2025. Elle hiverne au Portugal en février 2021 (à Lisbonne) en décembre 2020 (à Beja) et le 18 février 2024 elle est notée sur la plage de Saint-Nic dans le Finistère. Elle est aussi une adepte de Wissant d’août à novembre (ah, les petits bistros du Pas de Calais en bord de mer…!).
  • 3FH5 : Baguée adulte le 11 mai 2019 sur la colonie d’Anvers. Elle hiverne tous les ans en Bretagne (c’est bien aussi !)  dans le Finistère de 2019 à 2024 (Plestin, Le Conquet, Plougasnou, Pormoguer, Sainte-Anne-la-Palud..). Elle connaît bien le Marquenterre où elle stationne du 20 mars au 12 avril 2021 et les 9 et 10 mars 2022 pour aller nicher ensuite en Zélande hollandaise. Le 6 décembre 2024 elle est sur la plage de Kervel (Porzay, Finistère) et revient au Marquenterre les 9 et 12 mars 2025.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley

Lors des belles journées ensoleillées, la héronnière bat son plein. Les oiseaux ont fini par revenir bien tardivement, seulement à partir du 10 mars, provoquant l’inquiétude de toute l’équipe. Le mauvais temps, avec surtout le vent, le manque crucial de lumière, les gelées matinales sans soleil et d’autres causes inconnues ont bien retardé les arrivées. 

Les grands échassiers sont arrivés particulièrement tard cette année. Les premiers Hérons cendrés visitent la colonie le 20 février, mais n’y restent pas longtemps ; ils sont 42 le 28 février et 32 à 34 couples le 7 mars, date à laquelle on note seulement les premiers transports de matériaux, qui s’intensifient vraiment les 12 et 14 mars avec les belles lumières. 

Retard aussi pour les Spatules blanches par rapport à l’année dernière (mais année très précoce) avec l’arrivée dans la colonie des premiers oiseaux le 3 mars, et un minimum de 89 oiseaux le 10 mars. Les transports de matériaux sont encore peu nombreux : n’oublions pas que bien des oiseaux arrivent de Mauritanie ou du Niger… Nos gelées matinales sont un accueil pas vraiment “chaleureux” ! Des oiseaux de trois ans peuvent encore commencer à s’installer jusqu’à début mai, et de nombreux individus reviennent encore de leurs lointains lieux d’hivernage sahéliens durant plus d’un mois. 

Les premières Aigrettes garzettes sont notées sur la colonie le 7 mars, date plutôt précoce pour cette espèce sur le site, et le 9 mars pour le premier Héron garde-boeufs. On constate aussi pour les Grands cormorans une arrivée beaucoup plus précoce sur les colonies de l’intérieur des terres, moins soumises au vent que la nôtre, mais chaque colonie a une chronologie différente, fluctuant au fil des années et des contraintes et avantages locaux.

Des couples Cigognes blanches sont arrivés, avec des anciens bagués sur place sur les plateformes du Parc, ou originaires de Normandie ou du Pas-de-Calais, totalisant pour l’instant 10 couples dont deux à gauche du poste d’observation. De jeunes couples et des célibataires essayent aussi de s’implanter, et les oiseaux non bagués sont largement majoritaires. 

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

« Tsiep tsiap tsiep tsiap », « Chiff chaff » (si vous êtes britannique) ou « Zip zap » (si vous êtes germanophone)… Le Pouillot véloce est de retour ! 

Ce sont vraiment pour nous ses notes métronomes qui annoncent la belle saison. Pour une fois, il ne nous a pas trompés : la première décade de mars est lumineuse, avec ses matinées de petites gelées. Les premiers pouillots sont notés les 25 et 28 février avec des captures au baguage, les contacts en observation et en chanteurs augmentant à la fin de la première décade de mars. 

Changement majeur au fil des années pour ce petit insectivore migrateur nocturne au plumage discret jaune grisâtre : de plus en plus d’individus hivernent au nord de la Loire, choisissant les lieux les plus abrités et encore riches en insectes comme les ripisylves en marais, en passant par les jardins très nature et les bocages denses. S’agit-il d’oiseaux du nord de l’Europe ou de mouvements de nicheurs français à courte distance ? 

Même en hiver, il reste insectivore, fouillant sans cesse les écorces des branches et des troncs ou les feuilles mortes encore attachées. La majorité de la population néanmoins continue à migrer vers le bassin méditerranéen jusqu’au Maroc, la côte atlantique et pour quelques-uns jusqu’au Sahel

Ce retour  est crucial ; si les oiseaux arrivent en période de mauvais temps, notamment avec de la pluie et, surtout, du vent et du froid combinés, comme c’est souvent le cas ces dernières  années, la mortalité peut être importante. Les oiseaux en viennent à se nourrir au sol, ou à papillonner au-dessus de l’eau pour attraper des potentiels insectes. Et on finit comme en 2018 et 2019 à trouver des petits cadavres sur les chemins, dont la masse est inférieure à 6,5 grammes… Ces phénomènes successifs peuvent être une des (multiples) raisons de la baisse des populations sur certains secteurs.

Un oiseau juvénile bagué au fond des parkings du Parc le 16 août 2023 a été contrôlé le 10 octobre 2023 sur la station de lagunage de Rochefort (Charente-Maritime) !

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Surprise au Parc du Marquenterre : le dimanche 23 février, deux jeunes observateurs en herbe passionnés d’ornithologie observent une Hirondelle rustique survolant la maison du Parc. Le lendemain, elle est aperçue se reposant dans les ateliers techniques du site où chaque printemps une dizaine de couples nichent. Ce lundi des ornithologues girondins (Joachim et Julie Dufour) en observent une en baie de Somme. 

C’est une des dates les plus précoces en Picardie pour cette grande migratrice qui va passer l’hiver au Congo, en Centrafrique, voire au nord de l’Afrique du Sud. Des oiseaux avaient été observés le 21 février 1990 et le 28 février 1994. À l’échelle nationale, le passage prénuptial débute normalement en mars (2,5% des effectifs sont passés au 11 mars) et s’achève fin mai, avec un pic dans la première décade d’avril. 

Mais les temps changent, et les premiers oiseaux migrent de plus en plus tôt.  Le réchauffement climatique joue certainement un rôle important sur cette avancée, et de plus en plus d’oiseaux – même si ce sont des effectifs encore très faibles – hivernent en Espagne et au Portugal, et dans le sud de la France jusque dans le bassin d’Arcachon. De rares cas de juvéniles nés tardivement peuvent essayer d’hiverner dans notre région, comme ces 4 jeunes mi-décembre 1990 à Saint-Valery, ces 2 autres le 3 janvier 1982 en baie de Somme, ou encore 5 le 10  décembre 2000 et 2 le 21 décembre de la même année à Blangy-Tronville.

Si les conditions sont favorables sur ces sites d’hivernage proches, cela permet une mue plus rapide et une meilleure accumulation de réserves de graisse, rendant la migration de retour plus précoce et rapide. On constate même maintenant à l’instar de l’Afrique du Nord des nidifications hivernales au Portugal ! Mais cette précocité représente néanmoins un grand risque pour ces pionnières. L’hirondelle est strictement insectivore, ne capturant que des insectes volants. Si pendant deux ou trois jours les conditions sont néfastes – le froid certes, mais surtout chez nous le vent et la pluie -, ces oiseaux seront alors condamnés.  

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley

Les prairies humides de l’ouest du Parc sont actuellement bien animées. 1354 Pluviers dorés y sont comptés le 10 février et 2130 le 13 février. Ces petits limicoles rondouillards au beau dos mordoré (surtout quand il y a un rayon de soleil !) nous viennent aussi bien de Scandinavie que du nord-ouest de la Russie pour hiverner chez nous. 

Ils sont souvent en compagnie des Vanneaux huppés en stationnement au sol, même si en l’air ils restent généralement entre eux. Il faut dire que leurs ailes longues étroites leur donnent un vol bien plus direct et rapide que celui de leur cousin huppé. Ils font alors penser à des déplacements aériens d’Etourneaux sansonnets. 

Ces chiffres, importants pour le site, sont ceux des stationnements dans ces mêmes prairies dans les années 2006 à 2011 : maximum de 2950 le 23 décembre 2006 et 2344 le 21 janvier 2007. A partir de 2012, on constate une baisse croissante des effectifs, voire une totale absence de l’espèce. Cela est lié probablement aux manques de coups de froid plus au nord, l’espèce étant sensible au gel et à la neige, se déplaçant encore plus que le vanneau en plein hiver au gré des conditions atmosphériques. 

Avec entre 740.000 et 1.300.000 oiseaux, la France accueille, surtout sur les grandes terres agricoles intérieures au nord de la Loire, plus de la moitié de la population européenne hivernante de Pluviers dorés ! Profitons donc de ces superbes grands migrateurs qui vont nous quitter bientôt, la majorité de la migration prénuptiale se faisant de fin février à mi-mars chez cette espèce.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Évènement ornithologique sur notre littoral, un juvénile de Pygargue à queue blanche est de nouveau observé au Parc du Marquenterre depuis le 2 février. Il avait été observé en baie de Somme par Benjamin Blondel dès le 1er février. Il sera vu au moins jusqu’au 4 février. 

Son plumage sombre est différent de celui, assez clair, qui avait été observé durant une dizaine de jours à partir du 6 octobre 2024. Celui-ci, un mâle, possédait des bagues de couleur posées quand il était poussin dans un nid aux Pays-Bas sur le polder de Flevoland, près de la renommée réserve d’Ostvaderplassen, le 21 mai 2024, où une douzaine de couples niche de nouveau depuis une quinzaine d’années. 

Les guides du Parc du Marquenterre géré par le Syndicat Mixte Baie de Somme commencent à apprendre à bien connaître le comportement de ce grand aigle – jusqu’à 2,40 d’envergure et 7 kilos pour les femelles, plus grandes que les mâles ! En effet, la tête est toujours en mouvement et les yeux perçants scrutent le moindre geste d’une proie potentielle. Qu’une éclaircie apparaisse, permettant le discernement d’une prédation facile, et il se met en chasse de son vol lent et puissant. Certains guides l’ont croisé à quelques mètres, cela disons “décoiffe” ! Olivier Buffet, coordinateur à la Maison de la Baie de Somme, parle d’ailleurs de “paquebot volant” ! Il se nourrit aussi bien d’oiseaux d’eau, que de rats musqués ou de poissons et est bien volontiers charognard. 

C’est la douzième donnée sur le Parc depuis 1973, et ce grand aigle est maintenant observé presque chaque année depuis 2018.  On retiendra sur le site protégé l’hivernage de deux immatures du 28 octobre 1982 au 6 février où les guides de l’époque ont noté de nombreuses informations sur son comportement, notamment sa prédation (lapin, foulque, limicoles blessés…). Deux jeunes vont aussi hiverner sur le site du 28 octobre 2018 au 10 février 2019, attirant alors de nombreux observateurs.  Du 3 novembre 2020 au 17 janvier 2021, un oiseau bagué en Saxe allemande à la frontière polonaise hiverne de nouveau sur le Parc. Mais des souvenirs bien plus anciens existent aussi : entre 1850 et 1900, le Pygargue était régulier en baie de Somme. En 1860, 5 oiseaux se nourrissent sur un cadavre de vache (!!!) sur la plage de Saint-Quentin-en-Tourmont, et 6 sont notés en 1932 en baie de Somme !

Cet immense rapace qui avait disparu comme nicheur en France (en Corse autour de l’étang de Biguglia) depuis 1956, hiverne régulièrement surtout en Camargue et sur les grands lacs champenois, avec seulement une quinzaine d’oiseaux chaque année pour le pays. Depuis 2011, un couple est revenu nicher en France sur le vaste étang lorrain de Lindre, puis un deuxième couple en 2020 au Lac du Der entre Reims et Saint-Dizier, et maintenant aussi un couple en Brenne et en Sologne.

L’espèce reste très rare au niveau européen avec une population en augmentation estimée à 3550 couples dont la moitié en Norvège. Il fut réintroduit en Ecosse et sur l’île de Wight en Angleterre avec le relâcher de jeunes oiseaux prélevés dans leur nid en Norvège, où la population est la plus florissante. Des programmes de réintroduction ont lieu aussi en Irlande et en Suisse ainsi qu’en France sur les bords du lac Léman où quelques oiseaux ont déjà retrouvé l’état sauvage. Tous ces oiseaux sont, pour les jeunes, de nouvelles rencontres potentielles pour notre région ; les adultes en revanche sont sédentaires et très casaniers, et ne nichent pas avant 5 ou 6 ans. Ce sont donc les couples des Pays-Bas et le nouveau couple belge qui risquent de nous “envoyer” chaque hiver leurs juvéniles à la recherche de territoires d’hivernage favorable ! 

La présence en stationnement prolongé du Pygargue est strictement liée à l’existence de vastes zones humides, peu dérangées et très riches en nourriture. Ce rapace au vol lent échoue en effet souvent dans ses captures d’oiseaux d’eau et cherche de grands territoires riches en proies faciles. Il est en cela un indicateur de la qualité et de la richesse d’un milieu, un “label rouge” en quelque sorte, ce qui est très valorisant pour notre région. Cela récompense des années d’efforts de protection et de gestion du site du Conservatoire du Littoral et justifie la renommée de notre territoire pour le tourisme ornithologique.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley

Les premiers Garrots à œil d’or sont de retour en hivernage sur le Parc le 18 octobre 2024, avec un juvénile et une femelle adulte. C’est une date classique plutôt précoce depuis 1973. Le  « record de précocité » est récent, le 2 octobre 2023, toujours avec un juvénile. Les mâles adultes arrivent plus tard, attachés à leur territoire de nidification. 

Alors que ces derniers étaient nettement minoritaires voire rares, cela n’est presque plus le cas ces dernières années. Le petit nombre de jeunes oiseaux s’accentue aussi, soit du fait d’une faible reproduction, soit d’un stationnement plus nordique. Les oiseaux adultes étant alors probablement dans ce cas des oiseaux ayant mémorisé au fil des années l’hivernage sur le site du Parc… Ce qui implique qu’à la disparition de ces individus fidèles, les stationnements seront appelés à diminuer dans les prochaines années. 

Ce canard plongeur niche surtout en Russie, au bord de la Baltique, avec de petites populations en Allemagne et en Ecosse. Il a la particularité de nicher dans les arbres, notamment dans les anciennes loges de Pic noir. A l’éclosion, les canetons se jettent dans le vide pour rejoindre la cane qui les amène en zone humide. Ces populations nordiques sont en lente extension vers le sud, et depuis 1999 quelques rares couples nichent en France, dont récemment des cas dans l’Oise. 

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail

Le Cygne de Bewick, originaire de Sibérie arctique, est devenu rare en Picardie. Avec les changements climatiques, cet oiseau hiverne de plus en plus au nord de l’Europe et descend de moins en moins vers la France. 

Mais depuis la vague de froid de 2013, le Cygne de Bewick a retrouvé une véritable tradition d’hivernage sur le Parc du Marquenterre. Cette année-là, jusqu’à 19 oiseaux avaient été observés, un record historique pour la Picardie ! En 2014 un couple revient avec ses deux juvéniles ; en 2015 ce sont six adultes et deux immatures qui sont présents, et pour l’hiver 2016-2017 un groupe de six avec un seul immature. Un couple d’adultes, probablement le même – le mâle est identifiable aux taches caractéristiques sur le bec – est présent maintenant chaque hiver depuis 2019. Hélas il n’est pas accompagné de juvéniles.

C’est avec plaisir que l’on retrouve un couple d’adultes en fin d’année 2023. Il est arrivé le 26 décembre. Mais un oiseau isolé avait survolé le Parc le 6 décembre, ne restant que quelques instants en se posant au milieu d’un groupe de… Spatules blanches ! Ce couple est présent sur le site une grande partie de la journée, partant se nourrir le soir dans les champs aux environs. Les deux individus ont pris l’habitude de se rendre dans une prairie partiellement inondée proche de Quend. Un second couple les rejoint le 12 janvier 2024, et un oiseau seul – a priori un mâle vue la taille – le 29 janvier. Le 31 janvier les deux couples sont à l’extérieur du site, alors que l’oiseau seul se nourrit sur les prairies du poste 7. 

C’est le 20 novembre 2024, date précoce, que revient de nouveau un couple sur le Parc. Les légères taches noires sur le haut du bec du mâle laissent à penser que c’est le même individu depuis 2019 ; la femelle est plus difficile à différencier sur photo. Le 28 novembre, le couple quitte le Parc vers l’est pour aller se nourrir dans les champs entre Arry et Ponthoile. Le 30 novembre, ils ne sont pas là le matin, mais reviennent en début d’après-midi, faisant une longue toilette sur les prairies inondées du poste 7.

À peine 400 individus de ce joli petit cygne de Sibérie arctique au bec jaune hivernent en France (Camargue, étangs champenois et lorrains) sur 21000 en Europe de l’Ouest. Cette population européenne est plutôt en déclin avec un report de l’hivernage vers les sites plus orientaux (mer Caspienne et Méditerranée). On ne sait pas s’ils sont venus en terres picardes « en rennes », mais c’est toujours un beau cadeau de début  d’année. Avec les Harles piettes originaires de Norvège ou de la Baltique, le Parc du Marquenterre, même sans la neige et les gelées, prend des « airs de Grand Nord »… 

Mais au fait, qui était Bewick ? Thomas Bewick (1753-1828) est un ornithologue britannique passionné de dessins ; enfant, il fabrique de l’encre avec du jus de mûres et dessine les animaux de la ferme familiale ! En 1790, il publie sa première grande œuvre en plusieurs volumes : L’histoire des oiseaux d’Angleterre, avec de superbes gravures. À son époque, le Cygne chanteur et le Cygne de Bewick étaient identifiés sous le même nom de Cygne sauvage. Un taxidermiste de Newcastle, Richard Wingate, va décrire en 1829 une nouvelle espèce de cygne sans lui attribuer de nom. Lui et le célèbre ornithologue anglais William Yarrell vont le nommer Cygne de Bewick, en mémoire de Thomas Bewick. L’ornithologue et peintre Jean-Jacques Audubon lui a aussi dédié un Troglodyte américain.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Alexander Hiley