Parfois rares, souvent drôles, toujours de bon augure : découvrez ici les oiseaux qui nous ont rendu visite

Et si le secret d’une vie plus longue, plus heureuse et plus connectée se cachait juste derrière votre fenêtre ? Un mois pour observer, dessiner, s’émerveiller… et en ressortir transformé. Prêt à lancer le mouvement ? 

Des études le suggèrent : . Mais au-delà des chiffres, c’est une évidence du quotidien :

Hélas non, le « Bird January » n’existe pas… encore  😳 mais rien de plus simple pour faire « tout comme » ! Il suffit d’installer votre mangeoire d’hiver, et c’est parti ! Côté pratique, il y a foule d’articles pratiques sur les sujet.


Observer les oiseaux du jardin procure de la joie  !

Nos réveils commencent souvent avec l’allumage du smartphone… et son armée de notifications ! Cela nous plombe parfois le moral ! L’éveil avec les oiseaux nous rattache au vivant, au réel : commencer par observer votre jardin, les allers-retours des oiseaux, leurs interactions… Dans un second temps, focalisez votre attention sur un oiseau, même si vous ne connaissez pas son nom, notez ses couleurs, sa singularité, ses comportements…

Chaque oiseau a ses habitudes !

  • La mésange bleue : Toujours pressée, elle attrape une graine et s’envole pour la manger à l’abri. Elle a une casquette bleue.
  • Le rouge-gorge : C’est le plus courageux ! Il s’approche très près, comme s’il voulait vous parler mais ne s’intéresse pas trop aux graines de tournesols…
  • Le moineau domestique : Toujours en bande, il chipote les graines et se chamaille avec ses copains.
  • Le chardonneret : Avec ses couleurs jaunes et noires, c’est le plus élégant. Il adore les graines de tournesols.

Dessiner les oiseaux tisse l’attachement

Dessiner et noter ses observations dans un carnet de terrain, c’est transformer une simple observation en album du vivant : on retient mieux, on développe son œil et on crée un trésor de souvenirs à feuilleter plus tard !

Pas besoin d’être artiste ! Des formes géométriques « à la Picasso » seront parfait !

Pour cela, équipez-vous d’un carnet, d’un crayon et d’une paire de jumelles.

  1. Observez bien : Quelle est la forme de son bec ? De sa queue ? Ses couleurs ?
  2. Dessinez les contours : Un rond pour la tête, un ovale pour le corps, un trait pour le bec.
  3. Ajoutez les détails : Une tache ici, une rayure là… Hop, votre oiseau prend vie !
  4. Notez ce que vous voyez : « Aujourd’hui, la mésange a volé avec 3 graines dans le bec ! »

Voici quelques exemples improvisés :

 

 

 

Contempler les oiseaux, ça rend aussi plus patient, plus attentif ! Attendre qu’un oiseau se pose, observer ses mouvements… C’est comme une méditation, mais en plus amusant ! Cela créé aussi des souvenirs en famille ! Et aussi…

Observer les oiseaux donne envie de protéger la nature !

Lorsque l’on commence à observer les oiseaux, notre regard sur la nature se transforme profondément.

Au début, on parle de « la nature » comme d’un tout un peu flou, un décor lointain ou une idée générale. Puis, petit à petit, les détails s’imposent : on ne voit plus seulement des « oiseaux », mais des espèces bien précises – une mésange huppée, un rouge-gorge familier, un moineau domestique –, chacune avec ses couleurs, ses chants, ses préférences.

Verdier d’Europe

Et très vite, c’est encore plus fascinant : on distingue l’individu, celui qui revient chaque matin à la même mangeoire, celui qui a une petite tache blanche sur l’aile ou une façon bien à lui de pencher la tête. On remarque leurs comportements – les disputes pour une graine. On s’attache à leurs petites manies, comme si on suivait les épisodes d’une série passionnante, mais en vrai, juste devant chez soi. La nature n’est plus un paysage, elle devient une histoire vivante, pleine de personnages et de surprises.

A vos jumelles et bonnes obs !

Quelles espèces observez-vous cet hiver ? Déposez-nous un commentaire 😉

Ancien nom de notre Castor d’Europe, bièvre baptise aussi trois communes françaises et, plus surprenant, sert de patronyme à un drôle de canard… dont le nom québécois ancien est significatif : « Grand bec-scie«  ! Une expression qui, comme on dit là-bas, donne envie de s’exclamer « Attache ta tuque ! » 😆

Et pour cause : son bec dentelé, bien que dépourvu de vraies dents, évoque irrésistiblement une scie. D’ailleurs, les Néerlandais (Grote zaagbek) et les Italiens (Smergo maggiore) ne s’y sont pas trompés : tous deux soulignent cette particularité dans leur nom.

Jugez-en par la photo !

Un 31 décembre, ambiance patinoire

Ce matin, en ce dernier jour de l’année, le parc offrait un spectacle rare : un couple de ce fameux carnassier, le Harle bièvre (Mergus merganser) était présent depuis quelques jours, observable depuis le poste chauffé du 6.

Nos deux stars barbottaient au milieu des Garrots à œil d’or, d’autres canards aussi étranges qu’insolites, se croyant en patinoire à moitié décongelée, ambiance boite de nuit, version nature en paradant !

Qui dit scie, dit arbre ?

Grâce à son bec en forme de scie, le Harle bièvre capture principalement des poissons de taille petite à moyenne, qu’il capture dans les eaux vives ou près des barrages. En hiver, on peut aussi le surprendre sur le littoral, où il s’adapte aux conditions plus rudes.

Autre particularité de ce canard plongeur : il niche dans les arbres, parfois jusqu’à 18 mètres de haut, en bon voisinage avec les pics ! Un même arbre peut abriter de 4 à 12 nids.

 

 ➡ Cette fin d’année 2025 nous rappelle que la nature est imprévisible… pleine de vie et de surprises ! Bonne fin d’année, et merci pour votre bonne compagnie !

Source : Oiseau bec-scie / Nidification

Comme chaque année depuis 2018 sur le Parc du Marquenterre, nous avons la chance d’observer le grand, le majestueux, le maître… Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla). Il s’agit du cousin européen de l’emblème des Etats-Unis, le pygargue à tête blanche. Il est néanmoins plus petit (et moins beau 😆 ). En effet cet aigle pêcheur peut atteindre une envergure de 2,40 m pour un poids de 7 Kg. Mais comme pour la majorité des rapaces, la femelle est généralement plus grande et peut peser jusqu’à 8 kg kilogrammes pour une envergure maximale de 2,90 m. Rappelons que le Guiness des records attribue 2,51 m au plus grand homme jamais mesuré !

Quelques généralités

Un pygargue adulte est brun clair avec le bec jaune et sa queue courte et cunéiforme (en forme de coin) est blanche. Sur le parc depuis 1973, nous observons que de jeunes oiseaux. Ce qui signifie que leur plumage est brun-sombre. Ce grand rapace entame sa migration à partir d’octobre pour l’achever en mars. C’est le moment où il regagne ses quartiers de nidification vers les pays nordiques comme la Belgique, la Norvège. Seuls les jeunes oiseaux migrent jusqu’à cinq-six ans. L’adulte est plutôt sédentaire, fidèle à ses milieux aquatiques. Mais cela suppose de grands plans d’eau d’où également sa présence le long des côtes. Cet oiseau est un « super-prédateur » (tout en haut de la chaîne) ! Il se nourrit aussi bien de poissons, que d’oiseaux d’eau (oies, canards, foulque, limicole blessés), éventuellement un animal mort.

4 couples au niveau national

A l’échelle nationale seuls quatre couples sont notés « nicheurs » (il s’y reproduit). Ce faible chiffre révèle le fait qu’il ait frôlé l’extinction en 1956. Depuis trois ans un couple est présent sur le lac du Der en Champagne, une trentain de Km de Troyes. Suivant la latitude, la saison de nidification démarre très tôt, dès janvier dans son aire la plus au sud, et seulement à partir d’avril pour les oiseaux nichant plus au nord, en arctique. Les couples sont très fidèles à leur zone de nidification ainsi qu’à leur partenaire. L’aire est souvent construite proche de grands plans d’eau riches en proies. La femelle pond généralement deux œufs à deux ou trois jours d’intervalles pendant environ trente-huit jours.

Des observations récurrentes au parc

C’est la 14ème observation de ce grand rapace sur le Parc du Marquenterre depuis 52 ans. Mais depuis 2018, il nous fait la surprise de plusieurs apparitions entre octobre et mars.

L’année dernière un oiseau bagué est apparu à partir du 4 au 18 octobre. Il est resté quinze jours et un second individu plus clair quelques jours entre le 4 et le 5 février. Un passage furtif au-dessus du Hourdel et une observation au-dessus du parc le 18 mars 2022 sont les données les plus récentes.

Cet automne 2025, 2 individus juvéniles ont été observés dans la réserve du jeudi 2 octobre au mardi 7. L’individu présent en ce moment serait un troisième individu, visiblement plus clair de plumage, mais sans affirmation ! Il fait parler de lui depuis plus de 30 jours… les oiseaux d’eau sont en panique chaque jour, tandis que les visiteurs bipèdes, ébahis !

Pour voir d’autres images, rendez-vous ici : Groupe Facebook « Carnet naturaliste du Parc du Marquenterre »

Texte et photo : Foucauld Bouriez, guide naturaliste saison 2025

« Où sont les oiseaux ? » Cette question, logique et récurrente au sein du Parc, témoigne du caractère invisible de certains oiseaux. Si beaucoup d’entre eux se dissimulent en dormant la nuit ou en se cachant dans les roselières, d’autres sont difficiles à distinguer même devant nos yeux.

Comment et quand échappent-ils à notre vue ? Les facteurs en jeu sont la protection contre les prédateurs, la saison, l’âge, et même notre culture. Voici une sélection de trois des oiseaux les plus discrets du Marquenterre…

Le canard colvert : quand les mâles s’éclipsent

À la fin de l’été, les canards muent. Toutes leurs plumes de vol tombent (les rémiges) et ils sont alors vulnérables à la prédation et à la mauvaise météo. Pour se protéger, ils se rassemblent sur de vastes plans d’eau où la nourriture est abondante. Mais il est risqué de conserver une couleur tape-à-l’œil. Les mâles perdent donc leur couleur verte au profit de plumes marron. Cela les fait alors ressembler aux femelles, qui se camouflent pour couver leurs œufs.

« Il n’y a que des canes ici. » Pour les non-connaisseurs, on croirait qu’à la fin de l’été seules des femelles sont présentes. Mais plusieurs détails trahissent les mâles : leur tête est grisâtre avec une calotte sombre, et le bec reste jaune (il est orange chez la femelle).

Les poussins de limicoles : les gringalets aux grains de galets

Dans le Parc, les limicoles (oiseaux se nourrissant dans les vasières) font leur nid à même le sol. Le nid est une petite dépression, à peine garnie de matériaux (brindilles, coquillages, algues…). Les petits sont nidifuges, c’est-à-dire qu’ils naissent couverts de duvet et suivent leurs parents hors du nid quelques heures après la naissance du dernier poussin. Ces poussins de petite taille sont des proies faciles pour de nombreux prédateurs. 

Pour se protéger, les poussins peuvent foncer dans les herbes hautes, ou bien s’allonger sur le sol nu. Ils couvrent alors leur ventre blanc, et seule leur face dorsale est visible… si l’on peut dire. Ce camouflage est redoutablement efficace, à distance on peine à voir les jeunes à côté de leurs parents. Le mélange de marron, gris et noir les fond dans le décor, que ce soit sur du sable, de la terre ou des galets.

Le pigeon ramier : même en sa présence on ne voit pas l’ombre d’une palombe

Souvent péjoratif dans la culture populaire (animal stupide dans les dessins animés pour enfants, l’insulte être un pigeon qui vient de « se faire pigeonner »), le pigeon ramier – aussi appelé palombe – est un oiseau peu farouche, facile à voir dans les espaces naturels comme en ville, pourvu qu’on y trouve quelques arbres. C’est le plus gros pigeon de France. Son épithète « ramier » vient de ramure car il niche au sommet des arbres, parfois à plus de 40 mètres d’altitude. Il est à distinguer du Pigeon biset, installé depuis plus longtemps en ville et nichant sur les falaises et façades de bâtiments.

Le pigeon est souvent synonyme de désintérêt pour la plupart des profils : ornithologues, amateurs de nature, habitants des milieux urbains ou ruraux, quel que soit l’âge… Comme s’il était un élément quelconque du paysage et sans intérêt. Très peu de gens le remarquent, s’intéressent à lui… C’est un symbole de désintérêt de la nature commune, dite aussi « ordinaire ». C’est pourtant un animal remarquable, avec une grande capacité d’adaptation à son environnement.

Ses plumes tombent souvent pour se renouveler. Cela lui permet de mieux résister aux conditions rudes de l’altitude (soleil, vent, pluie…), et est un moyen d’échapper aux serres des prédateurs.

Son régime est principalement granivore mais il mange aussi des herbes, des feuilles, des bourgeons… Et il s’adapte aux changements causés par l’homme car les espèces de plantes ornementales exotiques représentent parfois plus de 50% de son alimentation.

Concernant l’élevage des jeunes oiseaux, il est vivement déconseillé de laisser des graines dans les mangeoires aux beaux jours afin que les parents nourrissent leurs jeunes avec des insectes. Les protéines animales sont bénéfiques voire essentielles à la bonne croissance des oisillons. 

Là encore le pigeon se distingue. Les protéines animales sont une infime fraction de son alimentation même en période de reproduction. Malgré cela, les pigeonneaux ont une des croissances les plus rapides pour un oiseau de 500 grammes : 1 mois avant l’envol. Ceux-ci sont nourris par les deux parents avec du « lait » de jabot, un liquide nutritif sécrété dans le jabot et que le jeune vient chercher dans la gorge de son parent.

Si banal le pigeon ?

Texte : Thibaud Lami / Illustrations : Alexander Hiley, Foucauld Bouriez

Lors des récentes surprises en matière d’espèces rares au Parc du Marquenterre, l’Élanion blanc (Elanus caeruleus), au grand bonheur des observateurs, a fait son apparition. Cet élégant rapace, blanc et gris comme une mouette, avec le dessous des rémiges (plumes de vol) noir, se distingue par son œil rouge vif et ses pattes jaunes à orangées. Par la taille, il est un peu plus grand qu’un Faucon crécerelle, celui que l’on observe couramment au bord des routes.

Originaire d’Afrique et de la péninsule arabique, il est en expansion en Europe, notamment en raison du changement climatique et de son adaptation aux milieux agricoles. Actuellement, il ne niche que dans la péninsule Ibérique et dans le grand Sud-Ouest de la France, avec près de deux mille couples. Son histoire en Europe : première nidification au Portugal en 1963, puis dans le sud de l’Espagne en 1973. En France, le premier cas de nidification est observé en Aquitaine en 1983, puis dans les Landes en 1990. L’expansion s’accélère à partir de 2005, avec des apparitions en Allemagne, au Danemark… En 2017, un premier cas de nidification est signalé dans l’Avesnois, une belle surprise pour le département du Nord.

Au parc du Marquenterre, trois observations ont été enregistrées : 1 en migration active (en cours de migration) vers le sud le 28 septembre, puis 1 le 28 octobre 2021, et 1 autre le 1er novembre 2024. Les données les plus récentes remontent au 19 septembre 2025, avec l’observation de deux individus.

Des cas de concurrence avec le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) commencent à être observés, car il fréquente les mêmes biotopes : milieux ouverts parsemés de haies bocagères et de bosquets isolés, comme en Brenne (cf. Daniel Gérard, guide en Brenne). Comme le Faucon crécerelle, l’Élanion chasse en vol stationnaire et se nourrit des mêmes proies, notamment de micromammifères, avec une nette préférence pour le Campagnol des champs. Les pullulations de campagnols peuvent l’amener à réaliser jusqu’à quatre pontes, bien que le taux d’échec reste élevé. Plutôt sédentaire, il forme même des dortoirs hivernaux, à l’instar du Héron garde-bœufs.

Texte et photo : Foucauld Bouriez

 

Une jeune Guifette leucoptère est observée les 18 et 19 septembre 2025 au poste 4, en compagnie de deux Guifettes noires. C’est un record en nombre d’individus pour le Parc de cette superbe sterne dont le corps sombre contraste avec le croupion et le bord d’attaque de l’aile blanc pur. 

La Guifette leucoptère niche dans l’est de l’Europe, surtout en Russie, Ukraine, Pologne, et dans l’est de l’Allemagne. Quelques couples nichent plus rarement aux Pays-Bas, qui étaient peut-être la destination de ces oiseaux ! 

C’est une nouvelle acquisition de l’avifaune nicheuse française avec un premier couple nicheur en Brière en 2008 et en 2011 au Lac de Grand Lieu. Cette espèce migre en boucle – souvent de nuit – pour l’Afrique de l’Ouest, avec un passage occidental au printemps, et plus oriental à l’automne. 

Elle reste rare sur le Parc, où elle est plutôt observée en migration prénuptiale, ce qui est la tendance nationale. Un record de 5 oiseaux a été noté le 5 mai 2016 et 3 le lendemain. Cela s’explique par des vents d’est persistants qui ont tendance à faire décaler le flux vers l’ouest. La migration printanière est très rapide avec des haltes courtes. La dernière observation de Guifette leucoptère au Parc remontait aux 25 et 26 mai 2020. 

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Foucauld Bouriez

Mardi 16 septembre, le vent continue de souffler, sans néanmoins atteindre l’intensité de la veille. Le Phalarope à bec large est toujours strictement à la même place, entre deux roselières au pied du poste 4, roulant sur le flot de vagues comme un jouet aquatique mécanique. Mais un nouveau est arrivé sur le début du parcours, bien en évidence au bord du chemin sans aucune crainte des visiteurs. Cette fois c’est un Phalarope à bec étroit !

Ce petit échassier niche en Scandinavie et en Russie, avec quelques rares couples en Ecosse. Puis il part en migration en haute mer, pour finalement traverser l’Europe par les terres en direction de la mer Noire et de la mer Caspienne, et aller hiverner en groupe le long des côtes du  Golfe persique (Mer d’Oman, golfe arabique…) et dans l’Océan indien… Un sacré et étrange périple migratoire en boucle ! Quant à ceux qui nichent en Islande, ils traversent l’océan atlantique puis longent les côtes américaines, pour filer hiverner au large du Pérou ! Un exploit finalement pour un limicole du genre minus – 25 à 50 grammes, un Moineau domestique pèse 30 grammes ! Les Chevaliers guignettes qui passent à côté de lui paraissent presque  obèses, et les Bergeronnettes grises se sentent valorisées  !

Comme tous les membres de sa famille, il a aussi la particularité rare que le mâle est moins coloré que la femelle, puisque celle-ci parade et est polyandre, laissant à monsieur le soin de s’occuper seul de la couvée et de l’élevage rapide des poussins. Attention, en bon pélagique, il n’est présent qu’à marée haute et quand il y a un bon coup de vent !  

Notre globe-trotteur  a aussi une autre particularité, celle de nager activement en rond comme une toupie, en provoquant des tourbillons pour faire remonter les micro invertébrés en surface ; c’est un hyperactif ! Il a tout finalement pour être parfait, efficace et moderne !

Observé sur le Parc tous les ans et demi de 1973 à 1993, ce phalarope est vu quasiment chaque année depuis 1994. Comme au niveau national, la majorité des données concerne la migration postnuptiale. Mais les observations de printemps augmentent aussi (8) s’étalant du 28 avril (en 1986) à la mi-juin. Avec le réchauffement climatique, les périodes de forts vents augmentent, obligeant les oiseaux à fréquenter de plus en plus le site comme zone refuge. Le Parc du Marquenterre est devenu un des lieux les plus réguliers en France – où seulement une cinquantaine d’oiseaux sont observés par an ! – pour ce petit limicole. Deux phalaropes d’espèces différentes la même journée, ce n’est vraiment pas fréquent… mais on avait vraiment un temps de phalarope !

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Philippe Poiré 

Un coup de vent brusque nous accueille en cette matinée du 15 septembre. Les Guifettes noires virevoltent au ras de l’eau avec les Hirondelles rustiques, ignorant les rafales à 90 km/heure. Dans une anse du poste 4 le long des roselières, un minuscule limicole épouse le roule, et tangue comme un petit bateau jouet d’enfant ! Il y a le temps de chien, le temps à décorner les bœufs, et pour nous… c’est un temps à Phalarope ! 

Pas manqué, c’est un adulte en mue de Phalarope à bec large qui navigue sur nos eaux saumâtres, se nourrissant de zooplancton à la surface de l’eau ! Cette espèce nous vient des côtes de l’Arctique, allant de l’Alaska à la Sibérie ; les populations européennes sont localisées en Islande, au Spitzberg et au Groenland, où il niche dans les tourbières et la toundra humide. 

Et notre petit navire n’a pas fini son périple puisqu’il peut soit hiverner le long des côtes d’Afrique de l’Ouest, soit aller jusqu’en Namibie voire en Afrique du sud. Quelques centaines d’individus peuvent hiverner au large des côtes atlantiques françaises, notamment dans le golfe de Gascogne. 

Comme tous les membres de sa famille, le Phalarope à bec large a un plumage inversé. En période de reproduction, les femelles polyandres sont nettement plus colorées que les mâles : elles paradent et se battent pour un mâle qui couve et élève seul la nichée,  alors que ces dames partent en migration dès fin juillet pour retrouver le soleil et la richesse des eaux côtières africaines. 

Le Phalarope à bec large est observé depuis 1980 sur le Parc en moyenne tous les deux ans environ (la dernière observation date du 20 janvier 2023) avec l’observation la plus précoce le 21 août 1980. Huit observations ont été faites en hiver, montrant un réel hivernage au large de nos côtes. Il est le plus souvent isolé, avec un maximum de 3 individus lors de la période très venteuse de novembre 2009.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Philippe Poiré