Où l’on gazouille, piaille et babille sur la vie de nos chers oiseaux

Gel à 80% du Parc pendant quelques jours cet hiver, tempête et vents forts créant du clapot à la surface de l’eau ne facilitant pas le repérage des proies : les Martins-pêcheurs ont passé une période bien délicate. Heureusement des eaux libres et calmes sans mouvement ont toujours été préservées.

Le Martin-pêcheur a toujours été la star des photographes et bien entendu aussi de tous les visiteurs. Au moins trois, peut être quatre individus (deux adultes, et un ou deux juvéniles) fréquentent cet hiver tous les postes et le début du parcours, se posant sur les supports mis spécialement à leur disposition, mais aussi les clôtures (poste 1) ou les saulaies aux branches en bordure de plan d’eau. 

En période de basses eaux, ils cherchent à pêcher sur les zones les plus profondes (et donc pas au plus près des postes) pour pouvoir capturer les petits poissons… sans risquer de toucher le fond lors de la plongée ! L’”aquadynamisme” à ses limites ! Les poissons cherchent aussi ces zones aux eaux moins chaudes et encore chargées en oxygène. C’est pour cela qu’on le voit souvent varier et changer de poste de pêche pour apprécier la profondeur et la disponibilité des proies. 

Et quand, notamment en hiver, rien n’est vraiment favorable, on utilise une autre technique : celle du vol sur place. Notre flèche bleue se transforme alors en colibri ou en Faucon crécerelle pour faire un “vol en Saint-Esprit” au milieu du plan d’eau tête, yeux et bec en poignard tourné vers le bas. La descente est rapide, mais le succès n’est pas toujours au rendez-vous par rapport à la pêche en poste fixe, plus précise et efficace, et surtout moins énergivore… 

Car cette technique est épuisante, avec ces rapides battements des ailes courtes, peu adaptées pour la pêche… Et au prix où est l’énergie, il vaut mieux trouver un bon piquet bien stable ! Et puis il faut bien faire comme les “grands” quand au poste 1 au premier plan un martin fait du sur-place au milieu du plan d’eau salé, au pied d’une Grande aigrette, ou lors d’une pêche collective de Grands cormorans… Petit, coloré, mais aussi finaud…! 

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Les prairies humides de l’ouest du Parc ont été bien animées cet hiver. Un maximum de 2320 Pluviers dorés y ont été comptés le 10 décembre 2025, et 1300 le 2 février. Les jours de fort gel de début janvier ont fait varier les effectifs quotidiennement de 615 à 300. 

Ces petits limicoles rondouillards au magnifique dos mordoré (surtout quand il y a un rayon de soleil !) nous viennent aussi bien de Scandinavie que du nord- ouest de la Russie pour hiverner chez nous. Ils sont souvent en compagnie des Vanneaux huppés en stationnement au sol, même si en vol ils restent généralement entre eux. Il faut dire que leurs ailes longues et étroites leur donnent un vol bien plus direct et rapide que celui de leur cousin huppé. Au loin, ils font alors penser à des déplacements aériens d’Etourneaux sansonnets. Lors des attaques du Faucon pèlerin, ils augmentent les arabesques et resserrent les rangs pour désorienter le prédateur dans sa capacité de déceler visuellement la proie idéale. On retrouve ce phénomène chez les petits poissons avec la tactique du banc face à la prédation du thon, dauphin ou requin…

Avec ces chiffres importants pour le site on revient aux stationnements dans ces mêmes prairies dans les années 2006 à 2011 : maximum de 2950 le 23 décembre 2006 et 2344 le 21 janvier 2007. A partir de 2012, on constate une baisse croissante des effectifs voire une totale absence de l’espèce. Cela est lié certaines années probablement aux absences de coups de froid plus au nord, l’espèce étant sensible au gel et à la neige, se déplaçant encore plus que le vanneau en plein hiver au gré des conditions atmosphériques. 

Avec entre 740.000 et 1.300.000 oiseaux, la France accueille, surtout sur les grandes terres agricoles intérieures au nord de la Loire, plus de la moitié de la population européenne hivernante de Pluviers dorés ! Un vrai enjeu et défi naturaliste pour notre pays. Mais sachons profiter de ces superbes grands migrateurs qui vont nous quitter bientôt, la majorité de la migration prénuptiale se faisant de fin février à mi-mars chez cette espèce.

Texte : Philippe Carruette / Illustration : Jean Bail

Les premiers Garrots à œil d’or sont de retour en hivernage sur le Parc à une date très tardive : le 6 décembre 2025 avec deux femelles adultes. Le « record de précocité » de retour en hivernage depuis 1973 est récent : le 2 octobre 2023 avec un immature. Les mâles adultes arrivent plus tard, attachés à leur territoire de nidification. 

Cette année, malgré le coup de froid, un maximum de 5 mâles, 3 femelles et 1 immature ont commencé leur hivernage, et 12 sont présents en février.  Alors que généralement les mâles adultes étaient nettement minoritaires voire rares, cela n’est plus vraiment le cas ces dernières années. Le faible nombre de jeunes oiseaux immatures s’accentue aussi, du fait peut-être d’une faible reproduction plus au nord certaines années, mais surtout d’un stationnement plus de plus en plus nordique pour ces jeunes oiseaux. Les oiseaux adultes étant alors probablement dans ce cas des individus ayant mémorisé au fil des années l’hivernage sur le site du Parc. Ce qui risque d’impliquer qu’à la disparition de ces oiseaux fidèles, les stationnements sont appelés à diminuer dans les prochaines années. 

Ce canard plongeur niche surtout en Russie, au bord de la Baltique avec de petites populations en Allemagne et en Ecosse. Il a la particularité de nicher dans les arbres notamment dans les anciennes loges de Pic noir. A l’éclosion, les canetons se jettent dans le vide pour rejoindre la cane au sol qui les amène en zone humide. Costauds les canetons ! Leur petit corps, véritable boule de duvet très élastique amortissant l’atterrissage, et leurs moignons d’ailes en action ralentissent aussi leur chute sur le sol forestier spongieux. Ces populations nordiques sont en lente extension vers le sud, et depuis 1999 quelques rares couples nichent dans l’est de la France, dont récemment des cas dans l’Oise.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Jean Bail

Et si le secret d’une vie plus longue, plus heureuse et plus connectée se cachait juste derrière votre fenêtre ? Un mois pour observer, dessiner, s’émerveiller… et en ressortir transformé. Prêt à lancer le mouvement ? 

Des études le suggèrent : . Mais au-delà des chiffres, c’est une évidence du quotidien :

Hélas non, le « Bird January » n’existe pas… encore  😳 mais rien de plus simple pour faire « tout comme » ! Il suffit d’installer votre mangeoire d’hiver, et c’est parti ! Côté pratique, il y a foule d’articles pratiques sur les sujet.


Observer les oiseaux du jardin procure de la joie  !

Nos réveils commencent souvent avec l’allumage du smartphone… et son armée de notifications ! Cela nous plombe parfois le moral ! L’éveil avec les oiseaux nous rattache au vivant, au réel : commencer par observer votre jardin, les allers-retours des oiseaux, leurs interactions… Dans un second temps, focalisez votre attention sur un oiseau, même si vous ne connaissez pas son nom, notez ses couleurs, sa singularité, ses comportements…

Chaque oiseau a ses habitudes !

  • La mésange bleue : Toujours pressée, elle attrape une graine et s’envole pour la manger à l’abri. Elle a une casquette bleue.
  • Le rouge-gorge : C’est le plus courageux ! Il s’approche très près, comme s’il voulait vous parler mais ne s’intéresse pas trop aux graines de tournesols…
  • Le moineau domestique : Toujours en bande, il chipote les graines et se chamaille avec ses copains.
  • Le chardonneret : Avec ses couleurs jaunes et noires, c’est le plus élégant. Il adore les graines de tournesols.

Dessiner les oiseaux tisse l’attachement

Dessiner et noter ses observations dans un carnet de terrain, c’est transformer une simple observation en album du vivant : on retient mieux, on développe son œil et on crée un trésor de souvenirs à feuilleter plus tard !

Pas besoin d’être artiste ! Des formes géométriques « à la Picasso » seront parfait !

Pour cela, équipez-vous d’un carnet, d’un crayon et d’une paire de jumelles.

  1. Observez bien : Quelle est la forme de son bec ? De sa queue ? Ses couleurs ?
  2. Dessinez les contours : Un rond pour la tête, un ovale pour le corps, un trait pour le bec.
  3. Ajoutez les détails : Une tache ici, une rayure là… Hop, votre oiseau prend vie !
  4. Notez ce que vous voyez : « Aujourd’hui, la mésange a volé avec 3 graines dans le bec ! »

Voici quelques exemples improvisés :

 

 

 

Contempler les oiseaux, ça rend aussi plus patient, plus attentif ! Attendre qu’un oiseau se pose, observer ses mouvements… C’est comme une méditation, mais en plus amusant ! Cela créé aussi des souvenirs en famille ! Et aussi…

Observer les oiseaux donne envie de protéger la nature !

Lorsque l’on commence à observer les oiseaux, notre regard sur la nature se transforme profondément.

Au début, on parle de « la nature » comme d’un tout un peu flou, un décor lointain ou une idée générale. Puis, petit à petit, les détails s’imposent : on ne voit plus seulement des « oiseaux », mais des espèces bien précises – une mésange huppée, un rouge-gorge familier, un moineau domestique –, chacune avec ses couleurs, ses chants, ses préférences.

Verdier d’Europe

Et très vite, c’est encore plus fascinant : on distingue l’individu, celui qui revient chaque matin à la même mangeoire, celui qui a une petite tache blanche sur l’aile ou une façon bien à lui de pencher la tête. On remarque leurs comportements – les disputes pour une graine. On s’attache à leurs petites manies, comme si on suivait les épisodes d’une série passionnante, mais en vrai, juste devant chez soi. La nature n’est plus un paysage, elle devient une histoire vivante, pleine de personnages et de surprises.

A vos jumelles et bonnes obs !

Quelles espèces observez-vous cet hiver ? Déposez-nous un commentaire 😉

Ancien nom de notre Castor d’Europe, bièvre baptise aussi trois communes françaises et, plus surprenant, sert de patronyme à un drôle de canard… dont le nom québécois ancien est significatif : « Grand bec-scie«  ! Une expression qui, comme on dit là-bas, donne envie de s’exclamer « Attache ta tuque ! » 😆

Et pour cause : son bec dentelé, bien que dépourvu de vraies dents, évoque irrésistiblement une scie. D’ailleurs, les Néerlandais (Grote zaagbek) et les Italiens (Smergo maggiore) ne s’y sont pas trompés : tous deux soulignent cette particularité dans leur nom.

Jugez-en par la photo !

Un 31 décembre, ambiance patinoire

Ce matin, en ce dernier jour de l’année, le parc offrait un spectacle rare : un couple de ce fameux carnassier, le Harle bièvre (Mergus merganser) était présent depuis quelques jours, observable depuis le poste chauffé du 6.

Nos deux stars barbottaient au milieu des Garrots à œil d’or, d’autres canards aussi étranges qu’insolites, se croyant en patinoire à moitié décongelée, ambiance boite de nuit, version nature en paradant !

Qui dit scie, dit arbre ?

Grâce à son bec en forme de scie, le Harle bièvre capture principalement des poissons de taille petite à moyenne, qu’il capture dans les eaux vives ou près des barrages. En hiver, on peut aussi le surprendre sur le littoral, où il s’adapte aux conditions plus rudes.

Autre particularité de ce canard plongeur : il niche dans les arbres, parfois jusqu’à 18 mètres de haut, en bon voisinage avec les pics ! Un même arbre peut abriter de 4 à 12 nids.

 

 ➡ Cette fin d’année 2025 nous rappelle que la nature est imprévisible… pleine de vie et de surprises ! Bonne fin d’année, et merci pour votre bonne compagnie !

Source : Oiseau bec-scie / Nidification

Comme chaque année depuis 2018 sur le Parc du Marquenterre, nous avons la chance d’observer le grand, le majestueux, le maître… Pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla). Il s’agit du cousin européen de l’emblème des Etats-Unis, le pygargue à tête blanche. Il est néanmoins plus petit (et moins beau 😆 ). En effet cet aigle pêcheur peut atteindre une envergure de 2,40 m pour un poids de 7 Kg. Mais comme pour la majorité des rapaces, la femelle est généralement plus grande et peut peser jusqu’à 8 kg kilogrammes pour une envergure maximale de 2,90 m. Rappelons que le Guiness des records attribue 2,51 m au plus grand homme jamais mesuré !

Quelques généralités

Un pygargue adulte est brun clair avec le bec jaune et sa queue courte et cunéiforme (en forme de coin) est blanche. Sur le parc depuis 1973, nous observons que de jeunes oiseaux. Ce qui signifie que leur plumage est brun-sombre. Ce grand rapace entame sa migration à partir d’octobre pour l’achever en mars. C’est le moment où il regagne ses quartiers de nidification vers les pays nordiques comme la Belgique, la Norvège. Seuls les jeunes oiseaux migrent jusqu’à cinq-six ans. L’adulte est plutôt sédentaire, fidèle à ses milieux aquatiques. Mais cela suppose de grands plans d’eau d’où également sa présence le long des côtes. Cet oiseau est un « super-prédateur » (tout en haut de la chaîne) ! Il se nourrit aussi bien de poissons, que d’oiseaux d’eau (oies, canards, foulque, limicole blessés), éventuellement un animal mort.

4 couples au niveau national

A l’échelle nationale seuls quatre couples sont notés « nicheurs » (il s’y reproduit). Ce faible chiffre révèle le fait qu’il ait frôlé l’extinction en 1956. Depuis trois ans un couple est présent sur le lac du Der en Champagne, une trentain de Km de Troyes. Suivant la latitude, la saison de nidification démarre très tôt, dès janvier dans son aire la plus au sud, et seulement à partir d’avril pour les oiseaux nichant plus au nord, en arctique. Les couples sont très fidèles à leur zone de nidification ainsi qu’à leur partenaire. L’aire est souvent construite proche de grands plans d’eau riches en proies. La femelle pond généralement deux œufs à deux ou trois jours d’intervalles pendant environ trente-huit jours.

Des observations récurrentes au parc

C’est la 14ème observation de ce grand rapace sur le Parc du Marquenterre depuis 52 ans. Mais depuis 2018, il nous fait la surprise de plusieurs apparitions entre octobre et mars.

L’année dernière un oiseau bagué est apparu à partir du 4 au 18 octobre. Il est resté quinze jours et un second individu plus clair quelques jours entre le 4 et le 5 février. Un passage furtif au-dessus du Hourdel et une observation au-dessus du parc le 18 mars 2022 sont les données les plus récentes.

Cet automne 2025, 2 individus juvéniles ont été observés dans la réserve du jeudi 2 octobre au mardi 7. L’individu présent en ce moment serait un troisième individu, visiblement plus clair de plumage, mais sans affirmation ! Il fait parler de lui depuis plus de 30 jours… les oiseaux d’eau sont en panique chaque jour, tandis que les visiteurs bipèdes, ébahis !

Pour voir d’autres images, rendez-vous ici : Groupe Facebook « Carnet naturaliste du Parc du Marquenterre »

Texte et photo : Foucauld Bouriez, guide naturaliste saison 2025

« Où sont les oiseaux ? » Cette question, logique et récurrente au sein du Parc, témoigne du caractère invisible de certains oiseaux. Si beaucoup d’entre eux se dissimulent en dormant la nuit ou en se cachant dans les roselières, d’autres sont difficiles à distinguer même devant nos yeux.

Comment et quand échappent-ils à notre vue ? Les facteurs en jeu sont la protection contre les prédateurs, la saison, l’âge, et même notre culture. Voici une sélection de trois des oiseaux les plus discrets du Marquenterre…

Le canard colvert : quand les mâles s’éclipsent

À la fin de l’été, les canards muent. Toutes leurs plumes de vol tombent (les rémiges) et ils sont alors vulnérables à la prédation et à la mauvaise météo. Pour se protéger, ils se rassemblent sur de vastes plans d’eau où la nourriture est abondante. Mais il est risqué de conserver une couleur tape-à-l’œil. Les mâles perdent donc leur couleur verte au profit de plumes marron. Cela les fait alors ressembler aux femelles, qui se camouflent pour couver leurs œufs.

« Il n’y a que des canes ici. » Pour les non-connaisseurs, on croirait qu’à la fin de l’été seules des femelles sont présentes. Mais plusieurs détails trahissent les mâles : leur tête est grisâtre avec une calotte sombre, et le bec reste jaune (il est orange chez la femelle).

Les poussins de limicoles : les gringalets aux grains de galets

Dans le Parc, les limicoles (oiseaux se nourrissant dans les vasières) font leur nid à même le sol. Le nid est une petite dépression, à peine garnie de matériaux (brindilles, coquillages, algues…). Les petits sont nidifuges, c’est-à-dire qu’ils naissent couverts de duvet et suivent leurs parents hors du nid quelques heures après la naissance du dernier poussin. Ces poussins de petite taille sont des proies faciles pour de nombreux prédateurs. 

Pour se protéger, les poussins peuvent foncer dans les herbes hautes, ou bien s’allonger sur le sol nu. Ils couvrent alors leur ventre blanc, et seule leur face dorsale est visible… si l’on peut dire. Ce camouflage est redoutablement efficace, à distance on peine à voir les jeunes à côté de leurs parents. Le mélange de marron, gris et noir les fond dans le décor, que ce soit sur du sable, de la terre ou des galets.

Le pigeon ramier : même en sa présence on ne voit pas l’ombre d’une palombe

Souvent péjoratif dans la culture populaire (animal stupide dans les dessins animés pour enfants, l’insulte être un pigeon qui vient de « se faire pigeonner »), le pigeon ramier – aussi appelé palombe – est un oiseau peu farouche, facile à voir dans les espaces naturels comme en ville, pourvu qu’on y trouve quelques arbres. C’est le plus gros pigeon de France. Son épithète « ramier » vient de ramure car il niche au sommet des arbres, parfois à plus de 40 mètres d’altitude. Il est à distinguer du Pigeon biset, installé depuis plus longtemps en ville et nichant sur les falaises et façades de bâtiments.

Le pigeon est souvent synonyme de désintérêt pour la plupart des profils : ornithologues, amateurs de nature, habitants des milieux urbains ou ruraux, quel que soit l’âge… Comme s’il était un élément quelconque du paysage et sans intérêt. Très peu de gens le remarquent, s’intéressent à lui… C’est un symbole de désintérêt de la nature commune, dite aussi « ordinaire ». C’est pourtant un animal remarquable, avec une grande capacité d’adaptation à son environnement.

Ses plumes tombent souvent pour se renouveler. Cela lui permet de mieux résister aux conditions rudes de l’altitude (soleil, vent, pluie…), et est un moyen d’échapper aux serres des prédateurs.

Son régime est principalement granivore mais il mange aussi des herbes, des feuilles, des bourgeons… Et il s’adapte aux changements causés par l’homme car les espèces de plantes ornementales exotiques représentent parfois plus de 50% de son alimentation.

Concernant l’élevage des jeunes oiseaux, il est vivement déconseillé de laisser des graines dans les mangeoires aux beaux jours afin que les parents nourrissent leurs jeunes avec des insectes. Les protéines animales sont bénéfiques voire essentielles à la bonne croissance des oisillons. 

Là encore le pigeon se distingue. Les protéines animales sont une infime fraction de son alimentation même en période de reproduction. Malgré cela, les pigeonneaux ont une des croissances les plus rapides pour un oiseau de 500 grammes : 1 mois avant l’envol. Ceux-ci sont nourris par les deux parents avec du « lait » de jabot, un liquide nutritif sécrété dans le jabot et que le jeune vient chercher dans la gorge de son parent.

Si banal le pigeon ?

Texte : Thibaud Lami / Illustrations : Alexander Hiley, Foucauld Bouriez

Lors des récentes surprises en matière d’espèces rares au Parc du Marquenterre, l’Élanion blanc (Elanus caeruleus), au grand bonheur des observateurs, a fait son apparition. Cet élégant rapace, blanc et gris comme une mouette, avec le dessous des rémiges (plumes de vol) noir, se distingue par son œil rouge vif et ses pattes jaunes à orangées. Par la taille, il est un peu plus grand qu’un Faucon crécerelle, celui que l’on observe couramment au bord des routes.

Originaire d’Afrique et de la péninsule arabique, il est en expansion en Europe, notamment en raison du changement climatique et de son adaptation aux milieux agricoles. Actuellement, il ne niche que dans la péninsule Ibérique et dans le grand Sud-Ouest de la France, avec près de deux mille couples. Son histoire en Europe : première nidification au Portugal en 1963, puis dans le sud de l’Espagne en 1973. En France, le premier cas de nidification est observé en Aquitaine en 1983, puis dans les Landes en 1990. L’expansion s’accélère à partir de 2005, avec des apparitions en Allemagne, au Danemark… En 2017, un premier cas de nidification est signalé dans l’Avesnois, une belle surprise pour le département du Nord.

Au parc du Marquenterre, trois observations ont été enregistrées : 1 en migration active (en cours de migration) vers le sud le 28 septembre, puis 1 le 28 octobre 2021, et 1 autre le 1er novembre 2024. Les données les plus récentes remontent au 19 septembre 2025, avec l’observation de deux individus.

Des cas de concurrence avec le Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) commencent à être observés, car il fréquente les mêmes biotopes : milieux ouverts parsemés de haies bocagères et de bosquets isolés, comme en Brenne (cf. Daniel Gérard, guide en Brenne). Comme le Faucon crécerelle, l’Élanion chasse en vol stationnaire et se nourrit des mêmes proies, notamment de micromammifères, avec une nette préférence pour le Campagnol des champs. Les pullulations de campagnols peuvent l’amener à réaliser jusqu’à quatre pontes, bien que le taux d’échec reste élevé. Plutôt sédentaire, il forme même des dortoirs hivernaux, à l’instar du Héron garde-bœufs.

Texte et photo : Foucauld Bouriez