Créer une mare : c’est pas sorcier !

L’été s’est bel et bien installé sur le Parc du Marquenterre : les jeunes oiseaux s’émancipent, les plantes produisent leurs fruits, les insectes foisonnent – et le doux chant des moustiques égaie vos nuits… À l’abord d’un marais, d’un plan d’eau, d’une rivière ou bien d’une mare, les batraciens nous offrent également leurs derniers concerts mélodieux, et les libellules, de magnifiques ballets aériens.

Envie d’être aux premières loges pour profiter de ce spectacle de la nature ? Pourquoi ne pas créer une mare dans votre jardin ? La mare est un véritable univers miniature qui grouille de vie et où les grands mécanismes écosystémiques sont à l’œuvre. Rien de tel pour comprendre le processus du vivant et piquer la curiosité des plus petits… et des plus grands !

Même si à première vue on peut penser que la création d’un trou d’eau n’est pas la mer à boire, on s’aperçoit assez rapidement qu’avoir une mare pleine de vie n’est pas chose aisée. Un certain nombre de facteurs entrent en jeu et il est donc très important de bien réfléchir au projet avant de se lancer dans la bataille.

La toute première chose à faire avant de réaliser des travaux est de vérifier si votre projet est compatible avec la réglementation en vigueur (réglementation communale, réglementation sanitaire départementale, réglementation espaces protégés…). Pour les aménagements de plus de 1000m2, une déclaration ou demande d’autorisation doit être réalisée auprès de l’administration (DDT) en charge de la police de l’eau. Dans tous les cas, une demande d’autorisation doit être formulée auprès de votre mairie qui vérifiera la compatibilité du projet avec les documents d’urbanisme.

Une fois le côté administratif validé, il est temps de passer aux choses sérieuses et de s’attaquer à la création de notre oasis de vie. Il est important de savoir que le niveau de la mare fluctue naturellement au cours des saisons et c’est tout à fait normal. Il faut néanmoins s’assurer que le niveau d’eau reste suffisamment longtemps pour permettre aux espèces aquatiques d’accomplir leur cycle de vie. Il est donc préférable d’implanter sa mare sur des sols plutôt imperméables naturellement, comme des sols argileux… Mais si vous ne disposez pas de ça chez vous, pas de panique ! Des solutions d’étanchéification existent si votre sol est trop drainant, comme la pose d’une bâche synthétique (caoutchouc EPDM de préférence) ou le dépôt d’argile dans le fond de la mare pour l’étanchéifier. La destination des matériaux issus du creusement de la mare est à prévoir en amont du projet. Vous pouvez conserver une partie de la terre pour recouvrir l’argile ou la bâche et ainsi permettre un meilleur développement de la végétation.

Pour le choix de l’emplacement, la mare doit être réalisée sur un terrain plat, de préférence sur la partie basse de la parcelle où la zone de captage des eaux pluviales est la plus importante. Le remplissage va se faire naturellement par la pluie et le ruissellement. Si vous êtes pressé, vous pouvez envisager de remplir la mare grâce à des collecteurs d’eau pluviale. Pour augmenter la fonctionnalité de la mare et faciliter le déplacement de la faune, le mieux est d’implanter sa mare proche de milieux intéressants pour la biodiversité comme des cours d’eau, des haies, des bois ou d’autres mares. L’ensoleillement de la zone doit également être pris en compte pour favoriser le développement d’une végétation riche. Toutefois, l’ombrage peut être intéressant sur certaines zones (ne doit pas dépasser 1/3 de la mare) pour éviter les assèchements estivaux et créer des zones de refuges pour certaines espèces. Attention néanmoins à la végétation trop luxuriante et les feuilles qui pourrait entraîner l’envasement de la mare.

 

Privilégiez une mare aux contours sinueux ou de forme ovales ou rondes pour les plus petites avec des paliers de profondeurs variés et une pente douce, pour avoir une végétation diversifiée et faciliter les déplacements des animaux sur la berge. Vous pouvez également déposer des pierres et du bois mort le long des berges pour créer des zones de repos ou de refuge pour les animaux. Pour ce qui est de la profondeur maximale, elle doit être comprise entre 100 et 150 cm pour conserver des zones en eau l’été et à l’abri du gel en hiver.

Il est préférable de laisser la végétation apparaître naturellement et coloniser le milieu. Néanmoins, si la colonisation de la végétation ne s’opère pas dans les 2 ou 3 ans, il est possible de végétaliser la mare en introduisant uniquement des espèces locales des zones humides. Il est également important de ne pas introduire d’espèces animales et de ne pas introduire de poisson si vous ne voulez pas déséquilibrer le fonctionnement de la mare car se sont de véritables prédateurs pour les larves d’amphibiens et d’insectes !

La création d’une mare n’ayant plus (ou presque…) de secrets pour vous, c’est l’heure de la pratique ! À vos outils ! Pour aller plus loin sur le sujet je vous invite à consulter les documents “Recommandations pour la création et l’entretien d’une mare” de la DREAL ou la “Notice de création d’une mare” de la LPO.

Texte : Baptiste Mimaud / Illustrations : Baptiste Mimaud, Alexander Hiley

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