Maîtres Corvus, pas si idiots ni monotones qu’ils n’y paraissent…! 

Le genre1 Corvus est inclus dans la famille des Corvidés, eux-mêmes appartenant à l’ordre des Passereaux. Corvus désigne les Corneilles noires et Corneilles mantelées, les Corbeaux freux et Grands Corbeaux ou encore les Choucas des tours, et exclut les geais, pies ou chocards qui sont d’autres Corvidés. Partons à la découverte de ce genre fascinant…

Arc-en-ciel noir

Les Corvidés sont nombreux à posséder des plumes aux couleurs iridescentes2. Ces couleurs, dites structurelles, changent en fonction de la position de la source lumineuse, de l’observateur et de l’observé. Ainsi les pies et les chocards renvoient du bleu, d’autres oiseaux encore renvoient du mauve ou du vert, tels les Vanneaux huppés ou certains canards.

Et bien sachez que les oiseaux du genre Corvus ne sont pas en reste ! Admirez simplement les reflets sur ce Choucas des tours.

Grands Corbeaux, Choucas des tours, même Corneilles noires et Corbeaux freux possèdent aussi un plumage à la couleur structurelle, qui n’apparaît donc que dans certaines conditions. Cela dit, ces couleurs sont exacerbées par la vision des oiseaux eux-mêmes, qui ont une perception du spectre lumineux plus large que la nôtre.

Toutes les nuances de noir ne sont pas équivalentes : le noir mate des merles et des pics est fait pour se camoufler dans les forêts et sous-bois ; le noir brillant et irisé, notamment des Corvus, est fait pour être vu et reconnu de loin, idéal lorsque l’on est un être sociable et coopératif.

Des êtres sociaux

Société et coopération sont les clefs de la résilience des Corvus ! C’est un caractère convergent de l’évolution que nous avons en commun avec eux. D’ailleurs, s’ils supportent si bien les changements que nous leur imposons, c’est en partie grâce à leur grande coopérativité. Ils communiquent et s’entraident pour la recherche de nourriture, d’habitats ou même d’autres congénères. 

Mieux encore, chez les Grands Corbeaux notamment, toutes les relations ne se valent pas. Bien sûr, les partenaires d’un couple entretiennent un lien particulier. Ils ont aussi des congénères avec qui ils ont plus ou moins d’affinités, et se rappellent de la qualité de leurs relations passées. C’est à bien des égards semblable à des amitiés comme les nôtres.

Leur manière de communiquer est elle aussi riche et complexe. La variété de leurs vocalises dépasse encore notre capacité de compréhension. Nous avons aujourd’hui quelques preuves de leurs « phrases », déjà surprenantes malgré notre ignorance à ce sujet. En effet, les Grands Corbeaux – encore eux ! – sont capables d’assigner un son particulier pour désigner un individu de leur entourage, ce que nous pourrions presque qualifier de « prénom » de notre point de vue d’humains.

Des groupes de corneilles ont été testées sur la reconnaissance des visages. Pour cela, un scientifique portait un masque et adoptait un comportement agressif avec elles. Eh bien dès son retour, les corneilles lançaient des cris d’alerte. Plus surprenant encore, d’autres individus non concernés ont suivi le mouvement. En définitive, les Corvus sont en capacité de désigner des individus, y compris d’espèces différentes. Ils sont également capables de reconnaître les subtils détails d’un visage et surtout ils savent communiquer des informations complexes, notamment grâce à leurs cris. Ils méritent donc bien leur place parmi les passereaux, oiseaux à l’organe vocal très développé.

Parfois casaniers, parfois voyageurs 

Une fois bien installés, ils peuvent rester sur le même territoire dès lors qu’ils y trouvent tout ce dont ils ont besoin : nourriture, abris, relations… Mais parfois, une instabilité perturbe l’équilibre : froid extrême, concurrence alimentaire, prédation ou chasse. À la suite de quoi, même adultes, ils peuvent entreprendre une migration erratique3 à la recherche d’un territoire plus accueillant. Ainsi, le froid et la faim peuvent parfois motiver le départ de nicheurs du nord ou de l’est de l’Europe, qui fuient temporairement vers le sud-ouest.

Un autre cas existe du côté des corneilles par exemple. Elles qui habituellement vivent seulement en couple ou en famille, peuvent occasionnellement se rassembler pour chercher de la nourriture en équipe, tels des choucas. Elles peuvent aussi faire des centaines de kilomètres avant de s’installer. Cela démontre par ailleurs l’inefficacité des campagnes de destruction de l’espèce, car une place vacante sera très vite occupée de nouveau par des erratiques.

Finalement il est bon d’admirer de nouveau des oiseaux jugés parfois peu esthétiques, parfois communs. Ils dissimulent en eux, sous un plumage terne et des cris rauques, leur biologie passionnante et leurs personnalités hautes en couleurs. 

Texte et illustrations : Fabian Many

  1. Genre : groupe d’espèces proches qui ont des ressemblances (un peu comme le nom de « famille »). Les Corvus sont communément des oiseaux noirs intelligents, omnivores et sociables, adaptés à tous les milieux. ↩︎
  2. Iridescent : qui semblent changer de couleur selon l’angle de vue ↩︎
  3. Migration erratique : Déplacements irréguliers et imprévisibles d’un oiseau, sans trajet ni période fixe. ↩︎
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