Premier phalarope, sans vent ni tempête
Lundi 10 août, à marée haute, avec un temps d’un calme royal et un petit vent contraire de nord-est, le premier juvénile de Phalarope à bec étroit est repéré par Lucie Gavois, brillante alternante en BTS Gestion et Protection de la Nature. D’habitude ce petit limicole (18 centimètres) est coutumier du Parc quand il y a de gros coups de vent en mer. On ne pensait vraiment pas à lui ce jour !
Le Phalarope à bec étroit est un petit échassier nichant en Scandinavie et en Russie, avec quelques rares couples en Ecosse. Il migre en haute mer, pour ensuite traverser l’Europe par les terres en direction de la mer Noire et de la mer Caspienne et aller hiverner en groupe le long des côtes du Golfe persique (Mer d’Oman, Golfe arabique…) et dans l’Océan indien… Un sacré et bien étrange périple migratoire en boucle ! Quant à ceux qui nichent en Islande, ils traversent l’océan atlantique puis longent les côtes américaines, pour hiverner au large du Pérou ! Une vraie gageure au prix du carburant ! Mais quel exploit pour ce limicole du genre minus – il ne pèse que 25 à 50 grammes, soit à peu de choses près le poids d’un Moineau domestique (30 g) ! Les Chevaliers guignette qui passent à côté de lui paraissent presque “obèses”, et les Bergeronnettes grises se sentent valorisées !
Comme tous les membres de sa famille, il a aussi une autre particularité rare : le mâle est moins coloré que la femelle, puisque celle-ci parade et est polyandre, laissant à monsieur le soin de s’occuper seul de la couvée et de l’élevage rapide des poussins.
Notre globe-trotteur a aussi une autre particularité, celle de nager activement en rond comme une toupie en provoquant des tourbillons pour faire remonter les micro-invertébrés en surface. Un vrai hyperactif ! Il a tout finalement pour être parfait, efficace et moderne à l’image de notre société…
Celui présent devant le poste 2 toute la journée – pour le plaisir des nombreux visiteurs estivants – était particulièrement cabotin, faisant de continuels allers et retours à la nage entre deux points dont seuls lui connaissait les limites précises, pour se gaver des foules d’invertébrés à la surface de l’eau.
Observé tous les ans et demi de 1973 à 1993 sur le Parc, ce phalarope est vu maintenant quasiment chaque année de 1994 à 2025. Comme au niveau national, la majorité des données concerne la migration postnuptiale. Mais les observations de printemps augmentent aussi (8) s’étalant du 28 avril (1986) à la mi-juin. Avec le réchauffement climatique, les périodes de forts vents augmentent, obligeant les oiseaux à fréquenter de plus en plus le Parc comme zone refuge. Le Marquenterre est devenu un des lieux les plus réguliers en France (où seuls une cinquantaine d’oiseaux sont observés par an) pour voir ce joli petit limicole.
Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Antoine Hennion



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