Les derniers migrateurs…
En cette fin mai début juin, profitons des derniers passages d’oiseaux de la migration printanière prénuptiale. Au poste 2, on se délecte du petit peuple des vasières des deux continents…. Au plus fort du passage, ce sont plus de 500 Chevaliers gambettes, 230 Grands gravelots et nombre de Chevaliers aboyeurs, Bécasseaux cocorlis et minutes ou encore Pluviers argentés qui font halte. La plupart nous arrivent des côtes d’Afrique de l’ouest ou du vaste delta intérieur du fleuve Niger.
Mais pourquoi passer si tard alors que bien des individus sont arrivés en Europe en mars avril ? Ce sont peut-être des immatures de deux ans qui vont estiver en Europe sans nicher. Mais la majorité va remonter très au nord de la Scandinavie et de la Russie pour se reproduire dans l’immensité de la toundra boréale. Arriver trop tôt, c’est risquer d’y trouver de la neige et du gel !
Et puis il y a les forcenés du voyage à l’extrême malgré le prix des carburants, les nomades des trois continents. Ces Grands gravelots de 70 grammes, regardez-les bien : la majorité fait partie de la population de la sous-espèce psammodroma qui hiverne en Europe de l’ouest jusqu’en Afrique du Sud, et va nicher dans l’Arctique canadien et américain, en baie d’Hudson voire au-delà, en passant par l’Angleterre, l’Ecosse, l’Islande, le Groenland ! Là-bas, ils profiteront de 20 heures de jour sur 24 heures !
Mais finalement, pourquoi accumuler tant de kilomètres par l’Europe… et ne pas aller au plus court comme le font bien des limicoles du Nouveau Monde qui partent hiverner en Amérique du sud ou centrale ? Quelques rares populations d’oiseaux au vol puissant font aussi de même, comme le Tournepierre à collier, le Bécasseau sanderling (qui court innocemment à vos pieds sur les plages de Quend en hiver) ou le Bécasseau maubèche ; et même un petit passereau, le Traquet motteux de la sous-espèce leucorhoa nichant au Groenland et au Canada. On pense que ces espèces ont gardé la mémoire des lieux de passage “directs” vers l’Europe datant de l’époque où les continents étaient rattachés, et donc plus proches. De là à penser qu’un président connu souhaite acheter le Groenland pour protéger une halte migratoire majeure de ces oiseaux nicheurs américains… Nos collègues des parcs nationaux d’outre-Atlantique ont actuellement légitimement des doutes…!
Alors posons vite un œil émerveillé dans le télescope des guides sur ces petits limicoles aux prouesses kilométriques magiques… Leur halte au Marquenterre sera de très courte durée. Déjà début juillet, avec la baisse de la durée du jour, il leur faudra penser à repartir, en laissant les poussins à peine volants divaguer seuls dans ces vastes terres du Grand Nord…
Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Alexander Hiley


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