Étonnant Méloé violet

Au milieu des ficaires en bordure de berge dans le petit parcours, un coléoptère noir brillant se déplace bien tranquillement… pour ne pas dire lentement, broutant ces fleurs jaunes. En comparaison, question déplacement, le capricorne Lamie tisserand c’est Usain Bolt ! La forme boudinée de l’abdomen, ses courtes élytres sombres et lisses, la base du pronotum avec une dépression transversale en font un Méloé violacé (Meloe violaceus). Les femelles aux antennes droites et au “bedon” hypertrophié font jusqu’à 30 mm, contre 10 mm pour les mâles aux antennes coudées, un peu plus “slims”… mais tout aussi lents ! Sous ces élytres  réduites qui n’offrent aucune protection au reste du corps, deux vestiges d’ailes… mais le Méloé ne vole pas ! 

S’il se sent menacé, une saignée réflexe fait suinter des  articulations une goutte jaune orangé huileuse d’hémolymphe, l’équivalent de notre sang chez les insectes. Les coléoptères timarques, appelés populairement “crache-sang”, font de même. Ce liquide est toxique, contenant de la cantharidine. Il faut éviter de le manipuler, cette toxine pouvant provoquer des cloques sur la peau. 

Dans les campagnes d’autrefois, où l’on avait l’habitude d’observer ses voisins du vivant, on nommait le méloé “enfle-boeuf”, car les bovins pouvaient ingérer l’insecte dans l’herbe ou le foin et cela avait pour effet de créer des inflammations intestinales faisant gonfler le bétail ! Des intoxications mortelles sont connues sur les chevaux, les vétérinaires estimant qu’une dose de 5 grammes de cantharidine peut leur être mortelle, provoquant des cloques sur les voies gastro-intestinales et urinaires. Mais comme vous n’avez pas l’intention de faire un barbecue avec notre lourdaude rondouillarde, pas d’inquiétude !

Son cousin, le Méloé printanier (Meloe proscarabeus)

Outre sa morphologie, son cycle de reproduction fait de cette bestiole une créature des plus surprenantes. C’est un coléoptère parasite d’hyménoptères avec 6 stades larvaires s’étalant sur… un an ! Au départ, notre femelle pond dans le sol par paquets de 2500 à 4000 œufs (on comprend mieux maintenant son embonpoint !). 

La larve qui sort de l’oeuf n’a pas du tout l’aspect du tradionnel ver blanc boudiné (sans truffe !). Elle serait du genre speed, un aspect plutôt de perce-oreille avec trois grosses griffes plates lui permettant de grimper au sommet des fleurs, notamment les ombellifères. Et là, postée sur son donjon, elle attend son taxi en la personne d’une abeille solitaire – qui construit son propre nid, mais vit en société – de type osmie ou andrène. Elle peut attendre ainsi un mois en jeûnant que le bus passe ! Et quand l’abeille arrive enfin, la larve de méloé s’accroche sur son dos (merci les pinces plates) direction la cellule de reproduction de la conductrice volante. 

Tout d’abord l’auto-stoppeuse mange l’œuf de l’abeille puis se nourrit des réserves de nectar, pollen ou miel. Elle se transforme alors en une larve plus classique, pour devenir une nymphe qui passera ainsi l’hiver. 

Et pour terminer sur la vie surprenante et finalement trépidante de notre méloé, sachez qu’en 2014 des ornithologues espagnols ont publié une étude étonnante révélant que des mâles de Grande Outarde consomment de manière modérée des méloés. Cela serait bénéfique à leur état de santé, notamment comme vermifuge contre les parasites intestinaux. Cet état de santé favorable serait perçu par les femelles lors du choix des mâles lors de la parade !  

Si l’espèce est commune chez nous, elle est protégée en Belgique où elle devient plus rare, cet insecte ayant des tendances plutôt méridionales.

Texte : Philippe Carruette / Illustrations : Benjamin Blondel, Cécile Carbonnier

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