Baguage à la mangeoire
Le baguage des espèces communes à la mangeoire peut paraître bien inutile. On connaît tout, bien entendu, sur ces espèces que l’on voit tous les jours, notamment dans le jardin. Ce sont toujours les mêmes, qui ne méritent pas (plus) un regard ! Combien de fois avons-nous entendu ces propos lors de nos visites…
Et pourtant, bien des Mésanges bleues nous viennent de très loin. En octobre 2025 a eu lieu une irruption exceptionnelle : plus de 70.000 oiseaux (record national !) ont été comptés en migration par les ornithologues du Groupe ornithologique Nord sur les dunes de Lornel en baie de Canche en quatre semaines de véritable exode. Plus de 600 ont été baguées dans un jardin de Rue à la mangeoire du 15 octobre au 17 novembre. Grâce au baguage, on sait que ces oiseaux viennent des pays baltes, de Russie et de Biélorussie. Les contrôles d’oiseaux bagués sur leur trajet migratoire montrent qu’une partie de ces fuyardes en manque de nourriture longe la côte, quand d’autres traversent par le centre de l’Europe.
Les Troglodytes mignons bien gras – oiseaux dits hautement sédentaires vu leur « look » – capturés sur les stations de baguage en novembre, peuvent quant à eux venir de Suède ou de Finlande !
Une Mésange charbonnière baguée comme femelle d’un an le 23 octobre 2021 au Parc du Marquenterre est contrôlée par un bagueur balte le 20 mars 2025 sur la grande station de baguage de Ventes Ragas sur la côte lituanienne, soit à 1442 kilomètres en ligne droite. Le biologiste hollandais Kluijver a montré que 87% des individus de cette espèce n’atteignent pas l’âge d’un an et que par la suite 49% des adultes meurent chaque année. Ce constat est le même dans un jardin de Rue où 53% des adultes ne sont pas recontactés chaque année, et les mâles semblent avoir une espérance de vie plus importante que les femelles (ça change d’une autre espèce !). Le record en Europe est tout de même de 15 ans et 5 mois et de 11 ans et 3 mois pour un oiseau « français ». C’est chez les populations baltes et russes que la population est la plus migratrice, effectuant notamment des irruptions lors des périodes de disette et de fortes densités d’effectifs, à l’instar de la Mésange bleue, mais en moins spectaculaire et plus irrégulier.
Depuis 2018 sur la mangeoire du Parc, de novembre à mars, nous avons bagué 1417 oiseaux de 32 espèces et fait 482 contrôles – en très grande majorité des auto-contrôles. L’espèce la plus baguée est de loin la Mésange bleue (452 individus) suivie de la Mésange charbonnière et du Verdier d’Europe. Mais des surprises ont lieu chaque année comme un Épervier, un Sizerin flammé, une Grive mauvis ou un Martin pêcheur…
En février 2026, Chardonnerets élégants – originaires d’Angleterre et d’Ecosse : changement climatique oblige, ces oiseaux descendent moins jusqu’à la péninsule ibérique – et Verdiers sont nombreux, ainsi que dans une moindre mesure des Pinsons du Nord originaires de Norvège.
Alors prenons le temps d’observer toutes les espèces : chaque individu est différent, les comportements ne sont pas seulement innés, et nous avons tant encore à apprendre !
Si vous pensez encore que ces Mésanges sont vraiment bien trop « banales »… lisez le remarquable et très pédagogique livre du chercheur Jean-Marc Blondel : La Mésange et la chenille aux éditions Actes Sud. Il a consacré sa vie à cette espèce étonnante dans ses comportements et sa capacité évolutive.
Texte et illustrations : Philippe Carruette


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