Pygargue de printemps !

Le 18 mars 2026, la météo printanière nous offre une vue dégagée sur le Parc du Marquenterre ; des vents d’Est ont soufflé et voilà que le sol se réchauffe, rendant la migration plus facile pour les oiseaux. Il est 11h quand l’ensemble des oiseaux du Parc se met à fuir dans un fracas d’ailes et de cris d’alerte. Ce comportement ne trompe aucun guide : un prédateur a fait son entrée. Cependant cette fois, c’est différent, les cigognes, les hérons et les spatules cessent leurs parades nuptiales et les cormorans quittent leur colonie. Le prédateur est donc plus gros qu’une buse variable, qu’un busard des roseaux ou un faucon pèlerin.

Soudain le talkie-walkie retentit : « Pygargue à queue blanche ! Très haut au-dessus de la plaine centrale !»

L’oiseau prend de la hauteur et disparaît. Tout est revenu à la normale quand 10 minutes plus tard, le bal des oiseaux recommence. Le pygargue a fait son entrée sur le plan d’eau des postes 7, 8 et 10. C’est un immature : plumage foncé, queue avec quelques tâches blanches et le bec jaune gris présente une tache foncée sur la pointe, bien caractéristique d’un jeune de 2 ans. Il va tenter de pêcher pendant plusieurs minutes, sans succès, avant de poursuivre sa route.

Le 19 mars, mêmes conditions et mêmes scènes de fuites : le Pygargue est revenu ! Dans les pins en face du poste 7, il observe à l’abri des regards, caché des corneilles et des pies, l’ensemble du plan d’eau. Il faudra s’armer de patience et attendre 1 heure avant qu’il ne se mette à pêcher à nouveau. Cependant cet individu semble plus clair. Le blanc de la queue est bien visible mais toujours liseré de marron, une envergue plus grande : une buse passe et semble faire la moitié de sa taille. 

Ce n’est pas le même oiseau que la veille. Il tend ses serres vers l’eau en vol stationnaire et nous dévoile des pattes puissantes sur lesquelles se trouvent 2 bagues : la première sur le tarse gauche est noire et gravée WN79, la seconde à droite est orange.

Très vite nous cherchons son CV sur CR-Birding et trouvons une correspondance : il s’agit d’une femelle (chez les rapaces le dimorphisme est marqué, les femelles sont plus imposantes) baguée en 2023 aux Pays-Bas. Ce qui explique pourquoi elle semblait plus grande et plus claire que le premier individu du 18 mars.

Cette combinaison a fait remonter un souvenir de 2024 : un pygargue mâle bagué WN69 a été lui aussi observé au Parc, mais il s’agit bien de la même série de combinaisons. Sont-ils apparentés ou de nids différents ? C’est ce que nous allons tâcher de savoir.

WN79 se distingue donc du premier observé car pas de bagues apparentes et les 20 et 21 un pygargue (les mêmes ou différents) seront observés. Ce record de passage (4 observations) pour le Parc en ce début de printemps est un spectacle nous rappelant les juvéniles (3 individus différents) passés cet automne.

Les populations de pygargues se portent bien dans le Nord (Suède, Norvège, Danemark et Pays-Bas) et l’Est (Allemagne) de l’Europe, ce qui pousse les jeunes à explorer d’autres territoires. Avec 3 couples reproducteurs en France en 2020 (LPO), estimé à 10 aujourd’hui, nous espérons voir son retour après un siècle d’absence sur notre territoire : victime de la chasse, des empoisonnements, des pesticides, de la pollution des eaux, des prélèvements d’œufs et de poussins, de la disparition des zones humides et du dérangement humain. (MNHN)

La fréquence croissante des observations est un signe encourageant, et nous espérons désormais à ces jeunes oiseaux un succès reproducteur dans les années à venir pour ces jeunes aigles pêcheurs qui seront matures sexuellement dès leur 5ème année de vie.

Le Parc du Marquenterre sera peut-être un site de nidification ? Seul l’avenir nous le dira.

Texte : Maurine Lebeau / Illustrations : Stephen Larooze

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