Il est de ces êtres qui ne font pas tout comme les autres. Il est né trois bonnes semaines plus tard que les autres, de jeunes parents non bagués installés sur la plateforme délaissée près du poste 12. L’un des parents, le mâle, a certainement hiverné en Afrique vu son plumage couvert de latérite, la femelle a un plumage blanc immaculé. « Il » s’est le jeune cigogneau qui n’a pas encore pris son envol et dont on a déjà évoqué la vie sur le blog. En effet, des photographes ont saisit le moment où il a failli être éjecté du nid par le mâle qui s’est rendu compte au dernier moment que le poussin était juste endormi et bien vivant ! A l’origine, la couvée comporte trois jeunes dont deux meurent, faute de nourriture du fait du printemps froid. Dans ce cas, en effet, les jeunes morts sont mangés ou éjectés du nid.

Lors de son baguage, on constate que ce jeune de 6 à 7 semaines est particulièrement chétif avec un bec très court et il est décidé de lui déposer tous les deux jours un complément de nourriture.

Le dimanche 26 juillet il quitte le nid brusquement alors qu’il ne sait encore absolument pas voler. Les vols incessants des nombreux autres juvéniles prêts à partir en migration ont peut être provoqué ce comportement prématuré. Face au danger au sol il prend vite l’habitude de se diriger vers l’eau. Instinctivement comme tout juvénile de cigogne il sait se nourrir seul mais il est très vulnérable sans cette faculté de voler. Il est récupéré autour de sa plateforme deux jours plus tard et remis dans le nid pour qu’il termine sa croissance. Le soir même un des parents est avec lui.

L’inquiétude pour son avenir reste fort puisque l’on constate les jours suivants qu’il se muscle très peu les ailes et que les adultes semblent peu le nourrir !  Comme souvent chez les espèces ayant plusieurs poussins, le fait qu’il n’en reste plus qu’un « démotive » les adultes ! De plus fin juillet la météo est particulièrement mauvaise avec de fortes pluies et du vent. On peut dire qu’il cumule les difficultés.  Il prend son envol le 31 juillet sans s’être pratiquement jamais entraîné sur le nid comme le font habituellement les jeunes cigognes. Le vol est malhabile, et les ailes ne sont pas maintenus assez tendus. Et personne chez les guides à son brevet de pilote pour lui donner des cours ! Au bout de quelques jours cela va mieux mais il ne maîtrise pas le vol plané en altitude et la prise des thermiques indispensable au départ plein sud. Mais cela va se faire avec le temps. Ce soir il revient au nid mais il semble que les adultes (non bagués) soient déjà partis vers d’autres cieux !

Avec toutes ces mésaventures, et ce départ dans la vie bien difficile, on espère maintenant que Junior (comme l’on baptisait les guides) va tracer une longue et belle route…