Dimanche 10 mars, le parc subit la tempête comme tout le nord de la France, avec des vents de 110 km/h. Les oiseaux s’abritent dans les roselières, on ne voit que la tête des garrots au milieu des vagues et les foulques pâturent sur les prairies pour ne pas avoir “le mal de mer”…

Malgré cette météo dantesque, les visiteurs sont là. Michel Goin, adhérent photographe passionné, est au poste 8 et sitôt que j’entre dans l’abri, il me montre une superbe femelle de Faucon pèlerin en train de plumer une Foulque macroule.

Or lui a vu la sublime scène de chasse unique, et me la raconte : “Face au vent le rapace arrive en vol bas au ras des prairies à la manière de l’épervier. Les foulques sont trop occupées à manger au sol et le faucon en surprend une par derrière. Le combat s’engage”. La foulque adulte est un oiseau agressif et ne se laisse pas faire – mes doigts en sang s’en souviennent quand j’en bague ! Elle se met aussitôt sur le dos pour tenter de donner de violents coups de ses pattes griffues. Les oiseaux ont globalement la même masse, autour de 800 à 900 grammes, et roulent sur le sol. Les photos parlent d’elles-mêmes, et apportent tant d’informations éthologiques. Cette femelle de pèlerin a de l’expérience, elle sait maintenir les grosses pattes dangereuses de la proie dans ses serres, jusqu’à ce qu’une de celles-ci parvienne à percer la poitrine…

Elle va manger pendant une heure, commençant par plumer le cou où le plumage est moins dense. On sent, on comprend, que l’oiseau a faim et que le jabot vide met du temps à se remplir. C’est la même femelle que l’on a vu lors des jours venteux précédents, à subir des échecs lors de chasses sur la colonie de mouettes ou sur les Vanneaux huppés. Mais c’est souvent la règle chez le pèlerin, il faut souvent entre 7 et 10 “passes” du rapace pour une capture réussie !

Enfin elle essaie alors de s’envoler avec la proie… trop lourde… trop de prise au vent…

Que de belles images, d’émotions, de souvenirs de l’oiseau mythique qu’enfant je rêvais tant de voir “hors des livres reçus à Noël” ! Il a fallu attendre bien longtemps, trop longtemps. Mais heureusement l’animal ignore tout cela, que les Egyptiens en ont même fait un dieu (Horus, le Lointain) et l’ornithologue un symbole de protection gagnée… Il a juste tué librement pour vivre : il est la vie devant nous, avec nous, mais pas pour nous…

Merci Michel pour ces bons moments dans une belle ambiance de partages !

Texte : Philippe Carruette

Illustrations : Michel Goin

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