Lors d’une opération de baguage le 10 septembre, un jeune mâle de Fauvette à tête noire est pesé sur la balance électronique à 24,8 grammes. Une masse remarquable puisque la littérature donne comme limite normal 25 grammes (mais des oiseaux ont pu atteindre 35 g !). La graisse est localisée sur la poche claviculaire sous la gorge et dans ce cas déborde largement sur la poitrine. Des études sur l’adiposité ont montré que en halte migratoire sur des sites particulièrement riche en nourriture (et mémorisé en tant que tels sur la voie de migration) un passereau dans la nature pouvait prendre au maximum plus d’un gramme par jour et un jour de vol (400 km environ pour un passereau) va demander 3 à 5 jours de halte pour recharger les « batteries ».

L’abondance des mûres très sucrées cette année (les fruits ont un rapport graisses/protéines bien plus élevé que celui des insectes) est bien venue pour prendre du poids. L’apport direct des acides gras vers les muscles est beaucoup plus facile chez les oiseaux que chez les mammifères permettant de « brûler » de manière très rentable les graisses. Cela a bien entendu un vif intérêt auprès des chercheurs en médecine humaine ! D’autant plus qu’avant le départ, pour accompagner cette hyperphagie, l’intestin s’allonge, le foie s’accroît pour se réduire de nouveau au moment du départ sur de longue distances ! En main lors du relâcher l’oiseau avait la forme d’un ballon de rugby bien rebondi, et son envol fut plutôt rectiligne à ras du sol !

Texte et photo : Philippe Carruette.